Assassins Vol.1 - Actualité manga

Assassins Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 26 August 2016

Tout commence par de brèves pages en couleurs, vives et belles, mettant en scène une famille a priori simple et heureuse. Une famille unie et insouciante, avec le père, la mère Hitomi, et le fils Jinsuke. Une famille qui, comme le laisse comprendre la dernière page en couleurs beaucoup plus terne,  a connu un drame. Cela se confirme rapidement : les moments heureux sont loin, le père est mort il y a plusieurs mois dans des circonstances obscures à cause d'une sombre affaire, et désormais, pour subvenir aux besoins de son enfant, Hitomi est obligée de vendre son corps. La mère et le fils vivent seuls dans un petit appartement miteux. Elle est souvent absente à cause de son travail, mais elle fait de son mieux pour rendre son enfant heureux, elle essaie de jouer avec lui aux jeux vidéo même si elle est nulle, et tâche de cuisiner pour lui le plus souvent possible. Et Jinsuke se rend très bien compte de tous ses efforts.
Bientôt, Hitomi est décidée à mettre les bouchées doubles pour marquer les dix ans de son fils. Ils ont beau vivre modestement, elle lui achète un appareil-photo, et la première photo que le petit garçon prend est un selfie avec sa mère en arrière-plan. Ce sera la première et dernière photo de sa maman qu'il prendra : quelques secondes plus tard, elle est brutalement abattue dans le dos, d'une balle dans la tête. Jinsuke n'a pas vraiment le temps de comprendre : il semble tout désigné pour être la victime suivante. Et s'il échappe à la mort, c'est uniquement grâce à l'intervention de la voisine, Mlle Suzuki, une jeune femme qui est en réalité une tueuse professionnelle.
Prise malgré elle dans cette affaire qui ne semble pas banale, Suzuki aimerait se débarrasser le plus vite possible de Jinsuke... mais c'est plus facile à dire qu'à faire, car le garçon est désormais seul au monde, et est encore traumatisé par ce qu'il vient de subir. Pour la jeune tueuse et l'enfant, la cavale commence, et s'ils veulent survivre il leur faudra non seulement éviter d'être attrapés, mais aussi mettre hors d'état de nuire leurs ennemis, des policiers corrompus bien décidés à effacer les traces d'une ancienne affaire...

Si le pitch d'Assassins vous rappelle fortement celui de Léon, c'est tout à fait normal, car on est pile dans le même schéma, avec une cavale d'une tueuse et d'un enfant face à des flics corrompus (il y a juste une inversion des sexes), cavale durant laquelle les deux personnages principaux se rapprocheront forcément. Hirohisa Sato, un auteur qui signe là son tout premier manga, semble tout à fait assumer la filiation, tout comme les éditions Komikku qui dans leur promotion de la série évoquent clairement le film de Luc Besson.

Sato parvient à proposer d'emblée un récit immersif, en prenant le temps de dépeindre quelque peu la relation de Jinsuke et de sa mère, deux êtres qui n'ont pas été épargnés par la vie et par les pourris, qui sont désormais tout l'un pour l'autre... mais qui restent encore traqués par les assassins du père, simplement parce qu'ils ont eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Malgré une situation précaire (appartement miteux, prostitution), les petites scènes de bonheur comme les jeux vidéo ou l'anniversaire font chaud au coeur de par leur simplicité, et le malheur qui s'abat soudainement sur ce bonheur n'en est alors que plus dur, et renforce le côté attachant de Jinsuke, gamin de tout juste dix ans décidément malmené par les enjeux de quelques adultes pourris. Dès lors, on comprend facilement l'attachement qu'il tente de trouver en Suzuki, et il n'apparaît que plus touchant encore dans sa manière d'appréhender la mort brutale de sa mère : dans les premiers temps il reste dans le déni, a du mal à réaliser, puis se rattache beaucoup à l'appareil-photo et à la dernière image qu'il lui reste de Hitomi, finit par pleurer et se jeter dans les bras d'une Suzuki bien embêtée... Vraiment, Sato gère très bien toute cette introduction, assez forte en émotion sans avoir besoin d'aller dans le pathos.

Et la suite n'est pas en reste, en trouvant un bon équilibre entre suspense et évolution du lien entre les deux jeunes gens en cavale.
Fuite et traque par des méchants policiers obligent, la tension reste assez constante. Étonnamment, les scènes d'action ne sont pas trop nombreuses et restent brèves, mais elles arrivent souvent au bon moment pour entretenir le parfum de danger, et s'avèrent suffisamment brutales pour animer les choses comme il se doit.
L'essentiel reste toutefois du côté du lien qui se construit entre les deux personnages principaux, un pauvre gosse qui n'a plus de famille, et une tueuse jusque là solitaire et qui a forcément du mal à appréhender sa nouvelle situation. Du haut de ses dix ans, Jinsuke fait forcément quelques bêtises (il sort sans la permission de Suzuki alors qu'ils sont traqués...) et émet quelques caprices compréhensibles (il veut le curry de sa mère qu'il aimait tant). Des situations auxquelles Suzuki va devoir s'adapter... au point de s'y attacher. Ainsi, par exemple, montrera-t-elle de vrais instants d'affection pour le gamin, et ira-t-elle jusqu'à apprendre à cuisiner un minimum pour lui. Petit à petit, la jeune tueuse solitaire se laisse attendrir, et des indices sont déjà là pour nous laisser comprendre que c'est sûrement parce qu'elle-même, par le passé, n'avait jamais connu de vie de famille heureuse ni de chaleur humaine. Mais attention à ne pas se laisser trop attendrir et endormir, car le danger, lui, est toujours bien là...

Il y a quelques points qui pourront faire tiquer un peu durant la lecture : le physique somme toute très jeune de Suzuki (elle semble encore adolescente... Est-elle bien une adulte ?), et quelques petits éléments étonnants pour une tueuse professionnelle (par exemple, au début elle entend du bruit dans l'appartement voisin, mais son ouïe ne capte pas que c'est un coup de feu : étonnant pour une pro). On peut supposer que des explications sur tout cela arriveront par la suite, puisque le deuxième tome devrait visiblement dévoiler le passé de la jeune fille.

Bouclé en 3 tomes, Assassins a été publié au Japon dans le magazine Comic Zenon, un magazine qui nous a habitués à une certaine rigueur graphique avec des titres comme Arte, Dodoma ou Angel Heart II. Hirohisa Sato confirme cela : son dessin est d'une redoutable efficacité. Les design sont précis et assez profonds, certains visages faisant d'ailleurs un peu penser à un auteur comme Masakazu Katsura. Le dynamisme des moments plus vifs est bien là, et la forte présence des décors contribue grandement à l'immersion. En effet, Sato s'applique beaucoup à rendre ses cadres assez riches et utiles, que ce soit les intérieurs ou les extérieurs, la grande ville ou le bourg plus modeste près de la mer.

On se laisse donc facilement happer par Assassins, une oeuvre qui le temps de trois tomes devrait proposer un très bon divertissement. En tout cas, cela commence très bien avec un contexte, des événements et des personnages bien posés, et une forte envie de découvrir la suite de la cavale de Jinsuke et Suzuki, deux personnages d'ores et déjà attachants dans leur genre.

Komikku livre une édition dans ses standards, avec une excellente qualité d'impression sur un papier assez souple et sans transparence, et une traduction très soignée de Thibaud Desbief. Si l'oeuvre vous attire, n'hésitez pas trop longtemps : les 6 premières pages en couleurs sont limitées au premier tirage, et elles s'avèrent plaisantes et vraiment efficaces pour poser l'ambiance.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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