Ao Ashi - Playmaker Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 31 May 2021

Chronique 2 :

La crise sanitaire mondiale, ainsi que les différents confinements qui en ont découlé, n'ont aucunement empêché l'arrivée de nouveaux éditeurs dans le milieu du manga depuis le début d'année 2020, malgré le contexte difficile. Ces derniers mois, un certain nombre de nouveaux venus sont effectivement arrivés sur le marché, que ce soit modestement ou à échelle déjà plus grande. Sur ce deuxième créneau, Noeve Grafs, lancé fin 2020, promet déjà beaucoup en ayant acquis un petit lot de titres et d'auteurs très attendus. Et à partir de ce mois de mai 2021, il faudra également compter sur Mangetsu. Annoncé en janvier dernier, Mangetsu voit les éditions Bragelonne se lancer enfin réellement dans le manga, plusieurs années après un bref essai raté via la publication d'une très moyenne adaptation manga de Guin Saga sous le label Milady en 2010. Cette fois-ci, Bragelonne, via le label Mangetsu et son directeur de collection Sullivan Rouaud, semble vouloir voir les choses en grand, en ayant accumulé depuis janvier les annonces très prometteuses. Bien sûr, il y aura le retour en France de très grands noms du manga avec un paquet d'oeuvres à venir du maître de l'angoisse et de l'étrange Junji Itô (dont Mangetsu, à terme, deviendra l'éditeur principal, miam !) et certains titres de Tetsuo Hara (Keiji, Sôten no Ken, Ikusa no Kô). Mais il faudra également compter sur des oeuvres et auteurs moins célèbres et soigneusement dénichés, que l'on se fera un plaisir de découvrir, comme Chie Shimomoto avec le one-shot Le Mandala de Feu dès les premiers jours de juin, ou encore, en juillet août, l'autrice Pump Sawae avec Panda Detective Agency et Tout au bout du quartier (une artiste qui, personnellement, me faire mourir d'envie). Enfin, pour bien se lancer et afficher d'emblée certaines ambitions, Mangetsu compte également se faire une place sur un créneau d'oeuvres bien plus longues, ayant déjà leur petite réputation et qui assureront au label des parutions régulières. On pense à Chiruran qui sera lancé mi-juin... et, surtout, à la série qui inaugure le catalogue de Mangetsu en c emois de mai: Ao Ashi.

Si Ao Ashi, comme déjà dit, bénéficie déjà d'une réputation assez solide auprès des initié(e)s, sa publication en tant que première oeuvre de Mangetsu reste un vrai petit coup de poker, dans la mesure où il s'agit d'un manga de sport. Et que le manga de sport en France, ça peut autant être un succès que se ramasser la figure (snif, Dream Team chez Glénat...). Alors, sans doute Mangetsu, avec ce manga de football, et à l'instar d'autres éditeurs en ces mois de mai-juin (Pika avec Blue Lock, Glénat avec Captain Tsubasa Kids Dream), compte-t-il sur un effet Euro "2020" celui-ci ayant été reporté à juin 2021 suite à la Covid-19), voire à un effet Coupe du monde 2022 l'année prochaine. Sans oublier l'annonce toute fraîche d'une future adaptation animée prévue pour le printemps 2022 !

Ao Ashi est la première série véritablement longue de Yûgo Kobayashi, un mangaka jusqu'à présent inédit en France, et qui s'est d'abord fait la main en amateur sur des doujinshi de certaines grosses licences du Shônen Jump de Shûeisha, comme Bleach ou Prince of Tennis. L'auteur a débuté professionnellement il y a une grosse dizaine d'années sur des séries plutôt courtes: la romance Mizu no Mori (finie en 3 tomes) en 2010, puis la tranche de vie culinaire Tenman à la carte (bouclée en 4 volumes) en 2012. C'est en cette même année 2012 qu'il a démarré Ao Ashi. Ce qui ne l'a pas empêché, ensuite, de poursuivre d'autres travaux en parallèle, avec notamment la parution d'un recueil d'histoires courtes en 2017 (Short Peace), la publication d'autres histoires courtes en magazines, et le lancement en 2018 d'un autre manga culinaire du nom de Fermat no Ryouri. Pour cette oeuvre, Kobayashi a été épaulé au scénario, sur les 17 premiers volumes, par Naohiko Ueno, un journaliste sportif sorti diplômé en sciences du sport de la célèbre Université de Waseda. Notons qu'Ao Ashi n'est pas la première expérience d'Ueno dans le manga puisque, également en 2012, il avait aiguille le scénario de Nadeshiko no Kiseki, un one-shot consacré à la joueuse de fooball féminin japonaise Nahomi Kawasumi, alors lauréate de la Coupe du monde de football féminin 2011 puis Médaille d'argent aux Jeux Olympiques d'été de 2012 avec l'équipe nationale du Japon. Bien que Mangetsu ait choisi de classer Ao Ashi en collection shônen, au Japon l'oeuvre est prépubliée dans un magazine estampillé seinen: le fameux Big Comic Spirits de Shôgakukan, magazine culte vieux d'un peu plus de 40 ans, dans lequel sont passés un paquet de mangas incontournable, y compris dans le domaine du sport puisque c'est dans les pages de ce magazine qu'ont vu le jour Yawara! de Naoki Urasawa, Ping Pong et Zero de Taiyô Matsumoto, ou encore Subaru, danse vers les étoiles de Masahito Soda.

Ao Ashi nous immisce auprès d'Aoi Ashito, collégien de son état, et vivant près de la mer dans la préfecture d'Ehime avec sa mère Noriko et son grand frère Shun. Dans la vie, le jeune garçon a une passion claire et nette: le football, et c'est bien pour ça qu'il fait partie du club de son collège en tant qu'attaquant (autoproclamé) vedette ! Vu comme ça, l'adolescent semble effectivement très prometteur, car il enchaîne les buts... mais peut-être oublie-t-il un peu vite que le football est un sport collectif, et une cruelle déconvenue va rapidement le lui rappeler à l'issue d'un match de coupe inter-collèges, dont l'issue semble devoir lui dire qu'il peut faire une croix sur ses rêves d'avenir dans le foot. Et pourtant, c'est à l'occasion de cette rencontre qu'il attire l'oeil d'un homme a priori un peu bizarre, qui lui propose de prendre son avenir en mains. Peut-être est-ce là le début d'un parcours qui, une fois qu'il aura suffisamment évolué, amènera le jeune garçon jusqu'aux sommets...

Le premier constat à faire sur la série est d'ordre graphique et narratif, et ce sont deux points sur lesquels Kobayashi emballe d'emblée. Dès les premières pages mettant brièvement en scène le match inter-collèges, le mangaka en impose suffisamment en délivrant des planches denses, au trait assez épais impactant, avec un dynamisme certain que les quelques angles de vue importants font très bien ressortir. Ainsi, si les moments de football/matchs sont encore rares pour le moment, on a déjà la conviction qu'on aura ici un manga qui saura être emballant lors des rencontres à venir, et c'est un sentiment qui est renforcé par la narration particulièrement enlevée, rythmée, directe, allant droit au but à l'image de son personnage principal. Quant aux designs des personnages, de notre héros avec sa mine passionnée et sa coiffure unique à l'intrigant Tatsuya Fukuda, en passant par les possibles futurs coéquipiers comme Eisuke ou par la mignonne et maligne Hana, la plupart des personnages vus ou entrevus possèdent déjà une certaine allure bien à eux. Avec, en prime, des expressions faciales très variées, pouvant autant être très sérieuses que plus légères et humoristiques, pour un résultat qui rappelle un petit peu le manga Dream Team par moments. Mais comme l'avoue lui-même Kobayashi sur internet, sa plus grande influence est sans nul doute Giant Killing, monument du manga de football qui, avec ses quasiment 60 tomes en 14 ans de parution au Japon (à l'heure actuelle, car l'oeuvre est toujours en cours), semble malheureusement condamné à rester inédit en France.

C'est donc dans un style très efficace, emballant et direct que le mangaka nous immisce auprès d'un héros tout aussi franc, car dès les premières pages Aoi affiche clairement une authentique passion pour le football. une passion qui, dans les premières pages, pourrait même le faire apparaître faussement antipathique/arrogant: il semble beaucoup jouer perso, ne pense qu'à marquer des buts, se présente comme une vedette, et est si impulsif qu'il commettra un gros coup de sang très critique dès le début du volume... Prétentieux et agressif, le garçon ? On cernera bien vite d'autres choses en lui: la raison de son coup de sang en match est en réalité touchante et en dit déjà long sur sa famille, sa pauvreté et les efforts de sa mère qu'il défend ardemment. Et c'est bel et bien avec la même ardeur qu'il aime le football. Simplement, du haut de son statut de collégien et de sa méconnaissance de nombre de choses, il a forcément beaucoup de choses à apprendre, et il ne fait aucun doute que son évolution au fil des années sera l'une des clés de l'oeuvre, et que malgré tout il possède déjà une part de génie par certains aspects (comme sa façon d'analyser la position de chacun sur le terrain) et qu'il semble apte à pousser les autres joueurs vers l'avant. En prime, au vu du magazine prépublication de la série qui en termes de mangas sportifs a plutôt l'habitude de s'intéresser autant au sports qu'aux tourments des personnages (Ping Pong et Subaru, danse vers les étoiles en étant les plus magnifiques preuves), on peut avoir bon espoir de voir la série s'intéresser également à l'humain derrière le sportif, certains petits détails étant d'ailleurs déjà là pour ça (ne serait-ce que concernant Fukuda, son passé sportif brisé, ou la mystérieuse tombe qu'il vient fleurir au tout début).

Enfin, ce n'est pas parce que le récit est beaucoup porté par la passion et l'énergie de son héros qu'il en oublie d'évoquer le football en lui-même, bien sûr, et de ce côté-là aussi l'oeuvre est prometteuse. Loin des fantaisies d'un Captain Tsubasa, Ao Ashi semble vouloir s'engager dans une voie globalement plus réaliste, ne serait-ce qu'en évoquant dès ce tome 1 et les tests de détection certaines difficultés pour percer dans le milieu professionnel, dans un sport où il y a énormément de prétendants pour peu d'élus. De cette détection au système de formation, Kobayashi et Ueno distillent déjà des choses intéressantes, le tout sans oublier d'effectuer divers petits clins d'oeil qui devraient plaire aux férus de football (les références à la chevelure de Valderrama, ça fera décidément toujours son petit effet).

Mission pleinement accomplie, donc, pour ce premier volume d'Ao Ashi. Si l'on attendra de voir le potentiel se confirmer (heureusement, pour ça, le tome 2 est paru en même temps que le premier opus), les bases sont on ne peut mieux posées et on ne peut plus prometteuse, le tout dans un rythme très emballant qui fonce aussi vite qu'Aoi vers son rêve... Souhaitons-lui donc le meilleur !

Enfin, Ao Ashi, en tant que première publication de Mangetsu, est évidemment l'occasion de se faire un premier avis sur la qualité éditoriale qui sera proposée par le nouveau label manga de Bragelonne, et le bilan est dans l'ensemble très positif. La seule chose un peu regrettable, c'est la très forte souplesse de la couverture (sou la jaquette), si souple qu'elle paraît quasiment aussi fine que le papier intérieur. Mais à part ça, c'est du tout bon. Mangetsu a choisi de se fier à l'excellent imprimeur Aubin, permettant une très bonne qualité d'impression. Le travail de lettrage et d'adaptation graphique de Blackstudio est excellent, tout comme la traduction d'Anaïs Koechlin (toujours de Blackstudio) qui est très naturelle, très vive, très fluide, collant ainsi parfaitement au tempérament d'Aoi. Enfin, on appréciera la jaquette de spAde très proche de l'originale nippone jusque dans son logo-titre, ainsi que le logo Mangetsu de Flavien Guilbaud, fort bien intégré et ne jurant pas avec le reste.


Chronique 1 :

Le lancement d'un nouvel éditeur français de manga est un petit événement en soi. Noeve ouvra le bal en début d'année avec certains titres attendus et des petites prises de risques (sans parler de la polémique Tsugumomo dont l'issue semble maintenant statuée), et c'est le nouvel arrivé qu'est Mangetsu qui est à l'honneur en cette période qui n'a de printemps que le nom. Le catalogue de ce jeune acteur du marché du manga s'avère déjà prometteur, ne serait-ce par les rééditions des titres de Junji Itô ou le retour en grandes pompes de Tetsuo Hara dans son catalogue. Mais c'est aussi le premier manga proposé par Mangetsu qui avait de quoi attirer l'oeil : Ao Ashi.

Il faut dire que la période est propice pour parler de football puisque l'Euro 2020 sera lancé le mois prochain, après un report d'un an dû à la pandémie du covid-19, tandis que la prochaine Coupe du Monde se jouera en 2022 au Qatar. Mangetsu a donc visé juste en proposant un nouveau titre de foot, tout comme Pika a joué le bon timing en proposant le très attendu Blue Lock quasi en simultanée.

Pour en revenir à Ao Ashi, le titre est signé Yûgo Kobayashi, un mangaka actif depuis les années 2000 et qui s'est fait la mains sur des dôjinshi tirés d'œuvres du Jump telles que Bleach et Prince of Tennis, avant de se lancer dans ses propres œuvres. Le mangaka profite de l'appui de Naohiko Ueno, journaliste sportif et chercheur à l'Université de Waseda dans le domaine des sports. Le récit est en cours depuis 2015 dans le prestigieux Big Comic Spirits de l'éditeur Shôgakukan et verra son 24e publié en fin de mois au Japon, le 28 mai.

L'histoire d'Ao Ashi est celle d'Ashito Aoi, un collégien impulsif et débordant d'énergie, adorant le football par dessus tout et rêvant jouer dans la cour des professionnels. Seulement, le garçon joue de manière un peu trop personnelle, et c'est au cours d'une rencontre intercollèges qu'il provoque un certain tumulte. Pourtant, quelqu'un a remarqué son talent : Tatsuya Fukuda, un ancien joueur de renom qui rêve de monter son équipe en U18 et la mener vers les sommets. Ashito lui a tapé dans l'œil, aussi il l'invite à passer les épreuves de détection pour potentiellement rejoindre le banc des élus qui pourront briller mondialement. Après une telle déconvenue, le rêve de l'adolescent a une chance de se réaliser.

Le premier aspect d'Ao Ashi qui surprend indéniablement, c'est le style de Yûgo Kobayashi. L'artiste a plusieurs années d'expérience derrière lui, et son coup de crayon montre une inéniable patte fouillée et expressive, misant sur une épaisseur de trait qui donne à l'ensemble une certaine profondeur. Cette portée graphique joue directement dans l'expérience de ce début de série à la fois endiablé mais aussi direct dans sa manière d'aborder le propos, l'intrigue et les personnages. Car à l'esthétique s'ajoute un certain sens de la narration, toujours très vif et fluide, qui contribue à rendre ce premier opus saisissant de sa première à sa dernière page. Il y a déjà toute une aisance de l'auteur pour raconter son histoire, ce qui aide forcément à s'imprégner de l'aventure d'Ashito qui, malgré des airs très classiques, nous porte avec beaucoup de fraîcheur.

Alors, on ressent bien les influences d'un mangaka bercé par certains titres du Jump, des nekketsu aussi bien orienté action que sport, avec son lot de valeurs fortes telles que l'amitié et la persévérance. Dans ces grandes lignes, le premier tome d'Ao Ashi ne surprend pas spécialement puisqu'on y retrouver quelques ingrédients simples comme le héros tête-brûlée porteur d'un talent, une première chute qui mènera à sa probable ascension, et des personnages secondaires aux caractères très marqués mais qui trouveront déjà une belle petite place sur les derniers chapitres de l'opus. Pourtant, classicisme n'est pas synonyme de manque d'efficacité. Un manga jouant avec les codes peut se montrer impactant et innovant, des récits d'action/aventure comme My Hero Academia nous l'ont montré. Et c'est exactement ce que parvient à faire Yûgo Kobayashi avec ce premier tome : L'auteur réutilise des mécaniques de début d'intrigue qui l'ont marqué, mais avec beaucoup de fraîcheur et d'efficacité. Son héros semble condenser cette perspective puisque derrière un Ashito impulsif se cache un héros bourré de bonnes ondes, une vraie facette rapidement dévoilée et avec laquelle l'auteur semble jouer pour présenter une tête d'affiche beaucoup plus sympathique que ce que les premières pages laissent entendre. Et petit à petit, l'adrénaline de la passion se greffe à ce début d'aventure sportive tandis que cette amorce d'histoire s'éloigne du simple récit scolaire pour croquer le football à pleines dents, présentant le sport comme un milieu complexe et passionnant, au sein duquel il est particulièrement difficile de se faire une place.

Alors, quand bien même le début de la série narrerait une étape de qualification simple dans la forme, mais intense par les enjeux qu'elle fixe, tout ce que l'auteur amène nous plonge déjà dans une atmosphère forte, aux côtés de personnages qu'il parvient à rendre très attachant malgré des temps d'apparition assez courts pour le moment. Au terme de ce premier opus, on a déjà affaire à une poignée de personnages variés et attachants, qu'on aimerait voir progresser en tant qu'équipe sur le long terme. Est-ce que ce sera le cas ? Difficile à dire, tant le volume nous promet cette phase de qualification comme quasiment impossible, l'expression « beaucoup d'appelés, peu d'élus » prenant alors tout son sens. Il est possible que Yûgo Kobayashi entretienne ses valeurs fortes en contournant la difficulté... à moins qu'il impose déjà un sérieux revers à ses personnages, d'entrée de jeu. Pour cette raison, difficile de ne pas céder à la tentation du deuxième tome, après lecture du premier. Et fort heureusement pour nous : Mangetsu a publié les deux premiers opus en simultanée.

Du côté de l'ouvrage, on attendait la première fabrication de l'éditeur avec une petite curiosité. Mangetsu a fait un travail tout à fait honorable avec un livre souple mais au papier de qualité, et parfaitement mis en page par Blackstudio. Anaïs Koechlin signé une traduction au texte efficace et débordant d'énergie, à l'instar d'un Ashito à la vivacité sans limite.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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