Akira - Edition Originale Vol.1 - Actualité manga

Akira - Edition Originale Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 28 October 2020

En 1982, une bombe nouvelle explosa dans le Kanto, laissant derrière elle un gigantesque cratère. S’en suivit une guerre à échelle mondiale qui laissa Tokyo à l’état de bidonville, la survie étant devenue le quotidien de ses habitants. C’est dans ce contexte qu’évoluent Kaneda et Tetsuo, deux adolescents sans limites ni repères fuyant la monotonie de la vie à coup de courses de motos et prises de substances en tous genres. Au cours d’une de leurs escapades, un enfant blanc aux allures de vieillard apparaît et provoque un accident, blessant Tetsuo qui se voit pris en charge par un mystérieux institut. Ce dernier nourrit d’étranges projets, ce qui va de pair avec les pouvoirs surnaturels obtenus par Tetsuo à son réveil. Quant à Kaneda, il croise la route de contestataires à l’armée, souhaitant les empêcher de mettre au point le projet Akira…

Initialement publié dans le magazine Young Animal de l’éditeur Kôdansha, Akira est l’œuvre qui a propulsé Katsuhiro Otomo au panthéon des mangaka, lui valant même le Grand-Prix du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême en 2015. Si en France nous adulons surtout l’œuvre pour son film d’animation, la version papier constitue un incontournable de la BD nippone, raison pour laquelle Glénat a profité du sacre d’Otomo à Angoulême pour mettre en chantier l’édition ultime de la série, fidèle à la monture finale japonaise, mais aussi dirigée et validée par l’auteur lui-même. Pour les fans, il était donc question d’avoir en sa possession la meilleure version possible de la série (selon l'éditeur) en six tomes tout en permettant à Akira de bénéficier d’une petite mise à jour pour les néophytes. Voilà l’occasion de se replonger dans ce mythe, toujours aussi captivant et puissant tant scénaristiquement que visuellement, même si cette nouvelle édition trahit quelque peu ses objectifs initiaux. Mais ça, nous y reviendrons plus tard…

Dans un premier temps, celles et ceux qui ont connu Akira par le prisme de son film pourront être surpris à la lecture ou relecture de ce premier ouvrage. Si la trame reste très similaire, narrant les péripéties de Kaneda dans ce Tokyo post-apocalyptique tandis que Tetsuo gagne des pouvoirs psychiques suite à des expériences menées sur lui, l'agencement de l'ensemble apporte son lot de différences, tandis que quelques traitements s'avèrent différents et que des segments nouveaux se greffent au scénario. Ou plutôt, c'est Katsuhiro Otomo qui, dans son long-métrage, a choisi de recomposer son histoire et la raconter différemment. Quand on a le film en tête, parcourir ce premier tome apporte son lot de surprises, mais suscite aussi une certaine curiosité. Pour un nouveau lecteur qui n'était passé que par la version audiovisuelle jusqu'à présent, c'est une redécouverte d'Akira qui a lieu.

Et si l'intrigue de Katsuhiro Otomo se révèle un peu différente du film dans le manga d'origine, elle se révèle toujours aussi envoûtante. Plongeant Tokyo dans une ère post-apocalyptique, elle ne perd jamais de temps à planter son décor et son intrigue, allant toujours à l’essentiel pour poser les clefs importantes du scénario. C’est alors un récit particulièrement complexe que l’on découvre ou redécouvre tant les mystères liés au projet Akira et aux événements entourant Tetsuo et Kaneda sont forts. Et alors que la série pouvait nous perdre, les talents de narrateur de Katsuhiro Otomo font des merveilles, permettant de faire évoluer les personnages dans cette grande machination tout en écartant un maximum possible la confusion. Bien sûr, au terme de ce premier tome Akira est loin d’avoir livré tous ses secrets, mais le tout s’avère suffisamment bien construit pour présenter bon nombre d’avancées narratives tout en laissant une multitude de possibilités au scénario.
La lecture est donc prenante à plus d’un titre, d’abord parce que l’intrigue est passionnante, mais aussi parce que l’auteur réussit à développer son scénario tout en garantissant un dynamisme permanent. Les séquences d’action sont donc nombreuses, mais apportent perpétuellement quelque chose à l’intrigue. Le fait que l’édition ne dispose d’aucun chapitrage n’est pas tant un problème étant donné qu’il est difficile de se détacher de l’ouvrage jusqu’à la dernière page.

Et au-delà d'un scénario captivant raconté avec une certaine maestria, c'est tous les thèmes sous-jacents présentés dans ce premier tome qui viennent apporter une complexité supplémentaire à ce début de récit. L'intrigue repose essentiellement sur les séquelles laissées par la Seconde Guerre Mondiale dans les mentalités japonaise, Katsuhiro Otomo puisant dans cette terreur (souvent exprimée dans les fictions du Japon) afin de créer un univers post-apocalyptique où les horreurs d'autrefois continuent de marquer les esprits. Car derrière le groupe d'opposition à l'armée, on retrouve cette idée de contestataires qui ne souhaitent plus revivre les horreurs d'antan. L'armée gouvernementale, et ses diverses manipulations scientifiques, est une condamnation directe de la course à l'armement, et une volonté militaire de ne jamais perdre la main face au reste du monde. Et au milieu de cette opposition, il y a cette jeunesse, insouciante à première vue, symbolisée par un Kaneda en quête d'escapades sur sa moto et un Tetsuo victime de l'oppression que les adultes lui feront subir. De manière différente, chacun des deux amis d'enfance est une victime du monde et de la société qui les ont engendré, ce qui rendra leur opposition encore plus percutante dans un climax de volume intense à souhait.

Autre gros point fort de l’œuvre : le travail graphique du mangaka qui, s’il reflète le style des années 80, se révèle abouti et difficilement égalable. Il y a bien de quoi être ébahi devant la composition des cases, toutes élaborées minutieusement dans les environnements représentés, permettant une immersion efficace dans ce monde post-apocalyptique. Aussi, l’art d’Otomo se dépeindre le dynamisme est saisissant, que ce soit dans le découpage de l’action ou la représentation des personnages qui s’avère très vivants sur le papier, comme s’ils s’apprêtaient à bouger devant nous.

Vient alors le point qui fâche : l’édition. Celle-ci n’aurait pas été mauvaise s’il s’agissait d’une monture grand format ordinaire, le souci étant qu’elle est présentée comme une monture « ultime », censée être irréprochable dans la forme. Si la traduction est aux petits oignons, la fabrication du volume déçoit forcément quand on sait que Glénat a bâti d’excellentes éditions Deluxe comme Dragon Ball ou Kenshin. Pour la version ultime d’Akira, un papier extrêmement fin et un collage qui rend le tout assez fragile. Cerise sur le gâteau concernant le papier : Un peu plus de quatre années après la parution de l'opus, les volumes ont déjà commencé à sérieusement jaunir, preuve d'un matériau de piètre qualité. Venant de l'éditeur historique de la série (et du Manga d'une manière générale), voilà un manque de sérieux qui ne peut que frustrer. A plus de 15 euros l’édition et sachant qu’on devait avoir la version suprême du chef d’œuvre d’Otomo, difficile de cacher son mécontentement.

Au final, se replonger dans cette œuvre passionnante et visuellement riche reste un plaisir, d’autant plus que remettre aux goûts le titre pour les néophytes fut une excellente initiative. Le récit de Katsuhiro Otomo est aussi intense que malin, et n'a pas perdu de sa superbe au fil du temps, qu'il s'agisse de ses intrigues ou de son propos. Néanmoins, on attendait plus de cette « édition ultime », notamment un rendu plus luxueux pour faire honneur à l’œuvre. La note de cette chronique récompense surtout la qualité du récit, mais bien moins celle de l'édition.
  


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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