Act-Age Vol.1 - Actualité manga

Act-Age Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 04 June 2020

Ki-oon semble être devenu l'un des éditeurs français des titres phares actuels du Shônen Jump. Après My Hero Academia et, plus récemment, Jujutsu Kaisen, c'est un autre manga du plus gros magazine shônen du Japon qui intègre le catalogue : Act-Age.

Derrière ce titre se cache une collaboration entre le scénariste Tatsuya Matsuki et la dessinatrice Shiro Usazaki, dont il s'agit de la première œuvre pour tous les deux. Né d'un one-shot, le manga naît en 2018, et est toujours en cours au Japon avec 13 volumes au compteur. Le pays du Soleil-Levant a une bonne avance sur nous, donc, ce qui permet aussi à l'éditeur français de proposer les deux premiers opus en simultanée. Initialement prévus pour le 2 avril, ces derniers ont été repoussés au 4 juin, à cause de la crise sanitaire mondiale que nous connaissons et la période de confinement qui en a découlé.

Kei Yonagi est une adolescente dont le quotidien n'est pas des plus épanouissant. Sa mère étant décédée et son père ayant quitté le foyer familial, elle s'occupe seule de son petit frère et de sa petite sœur, avec de maigres moyens qui les placent souvent dans le rouge.
Captivée par le cinéma, si bien qu'elle vit chacun de ses visionnages à corps et âme, la demoiselle tente sa chance en participant à une audition de la célèbre agence Stars. Manque de chance, elle n'est pas retenue pour la suite des sélections... Mais sa prestation a particulièrement marqué Sumiji Kuroyama, un réalisateur présent à ces auditions. Celui-ci a vite décelé le talent rare de Kei, celui de se projeter dans son rôle en faisant appel à des émotions autrefois vécues. Magré son éviction de l'audition, Kei est prise sous la coupe de l'excentrique Sumiji, point de départ de sa carrière d'actrice qui lui permettra tant de subvenir aux besoins de sa famille que de « découvrir celle qu'elle est vraiment »...

L'existence même d'Act-Age est assez étonnante, quand on parle d'un manga du Shônen Jump. Le célèbre magazine de prépublication a une certaine réputation, celle d'une revue qui a du mal à sortir de ses carcans dans les titres proposés. Alors, savoir qu'existe un manga sur le monde du cinéma qui n'utilise pas sa thématique comme prétexte à un genre classique du magazine (tel que la comédie sentimaletane), c'est une sacrée surprise, d'autant plus que le titre a dépassé la dizaine de tomes au Japon.

Avec ce premier opus, nous faisons connaissance avec Kei, l'héroïne du titre, et de ses premiers pas en tant qu'actrice. De sa première audition ratée à son intégration d'une agence jusqu'à ses premiers pas à la télévision... Le programme est plutôt dense, et nous permet de bien nous familiariser avec le ton de la série, et sa manière d'aborder la thématique centrale.

Ainsi, Act-age se présente actuellement comme un récit utilisant avec parcimonie les codes du nekketsu, pour narrer l'ascension de l'héroïne dans le monde du cinéma, de la télévision et de la comédie. Cette description, parlant d'un mélange des genres, peut surprendre, mais la formule est habilement utilisée par le scénariste du récit, Tatsuya Matsuki. C'est donc par des éléments classiques du shônen narrant un voyage initiatique que l'aventure semble se construire, chaque événement de ce tome étant un moyen pour Kei se progresser, découvrir son univers, se trouver un objectif, et commencer à utiliser son « don » qui fera d'elle la combattante idéale d'un champ de bataille particulier, celui des comédies. Beaucoup d'appelés mais peu d'élus, une formule qu'on peut attribuer à énormément de domaine, mais qui résume parfaitement l'un des enjeux plantés dans ce premier tome.

En tant qu'amorce, ce volume plante plutôt efficacement son décors, et ne se limite pas à un seul cadre. L'un des atout de ce début est d'avoir un rythme bien mené et de développer différents aspects du monde du show-business autour des comédiens, non sans humour d'ailleurs. La lecture se révèle donc prenante à chaque instant, tandis que les auteurs ont à cœur de présenter le milieu sous des angles différents. Le tout avec une certaine modestie, puisque le traitement des événements ne donne jamais l'impression que le récit a la prétention de dresser un portrait totalement réaliste et complet du milieu. Il ne faut (pour le moment, en tout cas) pas voir en Act-age un récit didactique du milieu qu'il explore, mais comme une épopée totalement divertissante qui s'ancre dans le monde de la comédie.

Il serait aussi difficile de parler des atouts du tome sans évoquer son héroïne, Kei Yonagi. Derrière un portrait classique, celui d'une figure centrale devant s'occuper seule de ses frères et sœurs, on découvre à chaque chapitre une protagoniste particulièrement dense, et même ambiguë d'une certaine manière. Kei n'a rien d'un personnage lisse, loin de là même, puisqu'on lui découvre une excentricité et une manière de percevoir la comédie qui la rende régulièrement imprévisible. Et malgré son talent, elle n'en reste pas moins une héroïne qui a encore tout à apprendre et qui devra améliorer ses performances au fil des volumes.

Enfin, le style de la dessinatrice Shiro Usazaki se prête particulièrement bien au récit. Son trait est un poil épais, mais surtout dense par le cachet qu'il dégage. Il est expressif tout en gardant quelques limites, et l'aure qu'il dégage rappelle parfois le style de Daruma Matsuura, autrice du manga Kasane qui traite... de théâtre et de comédie.

Alors, le premier tome d'Act-age n'aura pas de mal à convaincre. Son parti-pris, celui d'un shônen marqué par des codes connus développant un milieu rarement traité dans le genre, est aussi étonnant que réussi, donnant lieu à un début qui traite efficacement son univers, à travers une héroïne aussi attachante que complexe. Évidemment, le volume 2 (publié simultanément) est là pour confirmer cet avis, et peut-être l'enrichir. Une chose est certaine : par cet ersatz de tournoi qui démarre en fin de tome (un tournoi dans l'idée, évidemment), il y a de quoi avoir l'envie et la curiosité d'ouvrir immédiatement le prochain tome.

Côté édition, Ki-oon nous livre sa recette pour ses titres au format shônen : Un papier épais, un encrage de qualité, une maquette de tome extrêmement stylisée signée Clair Obscur, et une traduction vivante et en phase avec l'ambiance du titre que l'on doit à Fédoué Lamodière, qu'on ne présente plus. Une très bonne copie pour un excellent début d’œuvre !
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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