A l'image de Mona Lisa Vol.1 - Actualité manga

A l'image de Mona Lisa Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 22 November 2022

Nouveauté du mois d'octobre des éditions Akata, À l’image de Mona Lisa… est la toute première publication française de Tsumuji Yoshimura, une mangaka active au Japon depuis une grosse dizaine d'année et ayant quelques titres à son actif dans différents genres. De son nom original Seibetsu "Mona Lisa" no Kimi he, cette série a été lancée en 2018 dans le magazine Gangan Online de Square Enix et est prévue pour se conclure en 10 tomes, les deux derniers opus étant annoncés dans leur pays d'origine simultanément pour le 12 décembre et étant voués à proposer chacun une fin différente.

Cette histoire nous plonge dans une réalité similaire à la nôtre, mais à ceci près que le genre n'est pas défini à la naissance. Les enfants naissent sans attributs sexuels, et ce n'est qu'à partir de l'âge de 12 ans, pendant leur puberté, qu'en fonction de leur ressenti ils décident de devenir femme ou homme, leur corps évoluant alors pendant leurs années d'adolescence. C'est la norme. une norme où notre personnage principal, Hinase, est l'exception: à 18 ans, iel n'a toujours pas du genre défini, et donc ni la carrure physique ni les attributs sexuels qui vont avec ces deux genres. Ce n'est pas forcément un choix délibéré de sa part: simplement, Hinase n'est à ce jour ni homme ni femme, et a même cessé d'attendre un quelconque signe qui pourrait faire pencher la balance. Oh, bien sûr, au fil de son adolescence, iel a connu quelques difficultés, entre brimades et interrogations personnelles, mais à présent tout ceci relève du passé et iel n'en fait pas grand cas, d'autant plus que ses deux ami(e)s d'enfance, Shiori et Ritsu, respectivement garçon et fille, n'ont jamais changé de comportement à son égard malgré sa situation quasiment unique. Que ses deux précieux êtres l'acceptent comme iel est, c'est tout ce qui compte pour Hinase. Mais avec l'adolescence qui bat son plein, les sentiments évoluent eux aussi, et ceux que Shiori et Ritsu ont désormais pour notre personnage principal vont plus loin que l'indéfectible amitié. Bientôt, ces deux-là finissent par déclarer leur flamme à Hinase, et entrent en quelque sorte en compétition pour conquérir son coeur, sans pour autant briser leur amitié. un triangle amoureux va alors se mettre en place, et celui-ci sera forcément particulier, en risquant peut-être d'influer sur le genre de Hinase.

Tsumuji Yoshimura nous immisce dans un univers facilement intrigant, grâce à un concept de base qui est évidemment l'occasion idéale pour aborder le cas d'une personne non-binaire dans un monde où tout le monde ou presque est soit homme soit femme. Les pressions exercées par les genres bien définis sont, bien sûr, abordées, et pas uniquement à travers Hinase d'ailleurs, comme le montrera l'enfance de Ritsu où elle fut confrontée à certains clichés sur les genres (elle a toujours été très sportive et hyper énergique, alors pas mal de monde l'imaginait déjà devenir un garçon). Egalement, à travers notamment les visites de Hinase chez son médecin traitant (Azusa, le grand frère de Shiori) qui suit le dossier de son cas unique, l'autrice évoque des hypothèses sur ce qui pourrait influencer le genre de Hinase, à l'heure où les déclarations d'amour de ses deux ami(e)s semblent peut-être avoir un impact sur ses hormones: si Hinase n'est ni homme ni femme, serait-ce parce qu'iel ne connaît pas et ne comprend pas les notions d'amour, de désir, de sexe ? Toutefois, même si Yoshimura évoque avec soin tout ceci en intriguant facilement pour la suite, sur ce premier tome elle se focalise avant tout sur l'introspection de son personnage principal, qui a forcément quelques doutes à l'heure où le confort qu'iel s'était trouvé, grâce à ses deux ami(e)s, pourrait être grandement bousculé. Forcément, dans l'idéal, Shiori aimerait qu'iel devienne une fille pour vivre son amour avec elle, alors que Ritsu préfèrerait qu'iel devienne un garçon. Mais on soulignera surtout qu'au-delà de leurs petits désirs personnels, aucun(e) des deux ne veut brusquer Hinase (malgré quelques paroles malheureuses par moments et que tous deux regrettent au point de naturellement s'excuser): c'est son corps, sa vie, et c'est donc à iel de décider la personne qu'iel désire être. Ce triangle amoureux dégage alors, globalement, quelque chose de positif... Mais pourra-t-il durer ? En effet, les toutes dernières pages de ce premier tome viennent glisser une donnée supplémentaire particulièrement inquiétante pour l'avenir de notre personnage principal.

Sur le plan artistique, Tsumuji Yoshimura délivre pas mal de bonnes choses, à commencer par une narration fine et précise, qui plus est accompagnée de quelques métaphores bien senties comme celle de la chrysalide et du papillon et, plus encore, celle autour de la Joconde, cette Mona Lisa offrant son nom au titre de la série et où l'autrice exploite intelligemment certaines théories autour de la relation de De Vinci avec son disciple Salai, de son goût pour les êtres androgynes (donc ni homme ni femme) qu'il considérait peut-être comme un forme de perfection, ou encore de la possibilité que le célèbre tableau soit moitié féminin moitié masculin. Sur le plan visuel, il faut noter en premier lieu le choix de la dessinatrice de faire ressortir certains éléments graphiques (en particulier les yeux de Hinase, mais pas que) avec l'utilisation d'un très beau vert pantone. Quelle symbolique cela a-t-il ? Pour ma part, j'avoue ne pas l'avoir compris pour l'instant, mais le rendu est très beau. A part ça, Tsumuji Yoshimura soigne bien les designs clairs et expressifs de ses personnages, et son trait fin contribue très bien à faire ressortir le côté ni masculin ni féminin de Hinase. Non sans une certaine épure des décors quand il le faut pour mieux mettre en lumière les protagonistes, les cadrage et les découpages sont eux aussi convaincants.

A l'ombre de Mona Lisa... démarre donc très bien, en mettant en place un concept de base efficacement pensé, et en esquissant les débuts d'un triangle amoureux pas comme les autres et qui permet surtout de commencer à aborder un petit paquet de sujets autour de la situation de son personnage principal. Avec en prime ces toutes dernières pages à la fois intrigantes et un peu inquiétantes, tout est en place pour une série ayant toutes les cartes en mains pour nous intéresser.

En ce qui concerne l'édition française, la copie livrée par Akata s'avère excellente, en premier lieu pour son papier suffisamment épais et qualitatif, qui permet de bien mettre à l'honneur cette impression vert pantone si particulière. On a également droit à deux premières pages en couleurs sur papier glacé, à un lettrage soigné de la part de CreaYamashita, à une traduction très convaincante où Victoria Seigneur respecte bien le sujet, et à une couverture de Clémence Aresu très proche de l'originale japonaise tout en bénéficiant d'un logo-titre élégant.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction






MN Actus
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