A Journey beyond Heaven Vol.1 - Actualité manga

A Journey beyond Heaven Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 20 November 2020

Après quelques petits reports successifs alors qu'elle était initialement prévue début octobre, elle est finalement enfin sortie début novembre: série lauréate au Japon du prix 2019 Kono Manga ga Sugoi dans la catégorie "Mangas pour garçons" où elle a notamment succédé à The Promised Neverland (2018), Gloutons & Dragons (2016) et A Silent Voice (2015), Tengoku Daimakyô (que l'on pourrait littéralement traduire par "Le Royaume des Démons Célestes") débarque dans notre langue chez Pika Edition sous le titre A Journey Beyond Heaven, un nom complètement à la ramasse (d'où sort ce "Journey", sérieusement ? Et puis quitte à balancer un nom anglais, autant encore garder celui de l'édition anglaise "Heavenly Delusion" qui a un sens un peu plus en adéquation avec le contenu). Mais passons. Comptant actuellement 4 tomes dans son pays d'origine (le 5e volume y est attendu le 23 décembre), cette oeuvre est dessinée au Japon depuis mars 2018 pour le magazine Afternoon de Kôdansha par Masakazu Ishiguro, un mangaka jusque-là inédit en France, mais très actif dans son pays depuis ses débuts en 2001.

Tout commence dans un lieu clos, qui semble presque hors du temps et immaculé, de par la pointe d'épure du mangaka dans son trait. Un gros bâtiment, des dortoirs, une cantine, un jardin clos de toute part, des robots en guise de principales compagnies... C'est en ce lieu que vit un groupe d'enfants, en s'adonnant jour après jour à leurs activités habituelles, à leurs jeux ou à leurs cours et contrôles, sous la surveillance de la directrice et de ses assistants. Tokio, Mimihime, Tarao, Kona, Kuku, Shiro... sont quelques-uns des gosses vivant paisiblement en ce lieu, sans être jamais sorti de cet endroit, et sans même savoir qu'il existe un "dehors au-delà du dehors". Mais ça, c'est avant que Mimihime n'émette à Tokio son désir d'aller au-delà de cet endroit, de voir l'extérieur, après avoir connu une "prédiction" où elle est sortie de là par deux visiteurs dont un ressemble comme deux gouttes d'eau à Tokio.

Mais assez vite, place à un tout autre cadre, précisément en dehors de ces murs. Des paysages urbains dévastés, une nature qui a commencé à reprendre ses droits, une espèce humaine qui semble désormais se réduire à peau de chagrin et où chacun essaie de survivre à sa manière... Voici déjà un certains temps (on apprendre plus tard combien de temps exactement) qu'un mystérieux cataclysme à détruit le Japon. Et c'est dans les ruines de la civilisation disparue qu'erre un duo. Maru, un adolescent a priori comme les autres, et Kiruko, que le jeune garçon appelle sa "frangine". Tous deux parcourent ces paysages, au gré de rencontres tantôt amicales, tantôt plus dangereuses comme des bandits, car telle est la règle dans un monde où les lois n'ont plus cours. Mais ce dont ils doivent sûrement le plus se méfier, ce sont des hirukos ou dévoreurs, des créatures ayant fait leur apparition après le cataclysme, ressemblant un peu à des animaux mutés, dotés de capacités hors-normes, et n'hésitant pas à attaquer les humains pour les ingurgiter. Mais si Maru et Kiruko, semblent d'abord tous les deux errer sans but pour essayer de survivre, la vérité est tout autre car ils recherchent un endroit précis: le "Paradis"...

Mystérieux et captivant. Tels sont les mots qui collent peut-être le mieux à ce premier volume d'A Journey beyond Heaven, qui installe avec une efficacité redoutable un univers post-apocalyptique d'emblée addictif. La raison principale ? Sans aucun doute la manière dont Masakazu Ishiguro distille, page après page, nombre d'énigmes, d'éléments bizarres, de choses suscitant la curiosité. Cela passe bien sûr par des questions assez évidentes: quelle est l'origine du cataclysme ? Quel est cet endroit coupé du monde où vivent Tokio et les autres et pourquoi existe-t-il ? Quels sont les étranges pouvoirs, visions ou problèmes qu'ont certains de es gosses, entre une Mimihime dont les prévisions se vérifient toujours, une Kuku dont l'agilité semble inhumaine, un Tarao à l'étrange maladie de peau ou un Kona dont les dessins ne sont pas anodins ? Qu'y a-t-il derrière l'entrée des profs interdite aux enfants ? Qui sont réellement Maru et Kiruko à l'extérieur ? Quels sont leurs buts respectifs ? Qu'est ce "Paradis" qu'ils recherchent ? D'où provient l'étrange pistolet de la jeune fille ? Pourquoi a-t-elle des points de suture sur le crâne ? D'où viennent les hirukos et que sont-ils ? Mais il y a également des petits comportements bizarres, voire qui peuvent décontenancer tant ils semblent sur le coup déconnectés du reste (comme quand deux fillettes s'embrassent avant de partir en rigolant), mais qui semblent bien calculés par un mangaka qui, vraiment, profite de nombre de planches pour distiller nombre de petits indices stimulants, de manière quasiment anodine. Et pendant que certaines réponses arrivent déjà peu à peu (notamment autour de Maru et Kiruko), c'est bien la part mystérieuse qui est la plus accentuée, en ne nous lâchant jamais et en donnant irrémédiablement envie de connaître la suite.

En cela, la narration adoptée par l'auteur se veut assez originale et vraiment intrigante, car en plus de distiller ses nombreux mystères et ses petits indices à quasiment chaque page, il choisit avec efficacité d'alterne entre les passages où l'on suit Kiruko et Maru à l'extérieur, et ceux où l'on suit les enfants dans leur lieu coupé du monde. Deux endroits que l'on découvre donc en parallèle, que l'on cherche à relier au fil des différentes éléments à notre portée.

De plus, l'atmosphère énigmatique dans laquelle baigne le récit est très bien rendue par un style visuel intéressant et travaillé. Les designs de personnages sont un peu arrondis et presque naïfs/enfantins parfois, en contrebalançant l'univers post-apo, mais cela n'empêche pas Ishiguro de savoir faire dans le sombre, le malaisant voire le gore très soudain s'il le faut, l'impact étant alors assez fort. D'autant plus qu'il soigne énormément les designs de premiers dévoreurs qui apparaissent, ceux-ci étant assez originaux et ne manquant jamais de mettre mal à l'aise. Ajoutons à cela une certaine forme d'épure quand c'est nécessaire, ou au contraire des décors et cadres assez précis et très bien exposés dans des angles intelligents, l'ensemble étant en tout cas toujours limpide avec des trames fines et peu envahissantes mêlées de petits traits, hachures ou encrages plus "artisanaux".

Au bout du compte, la mission est parfaitement réussie pour ce premier volume, qui lance un récit SF/post-apo ayant une patte bien à lui et plus de capter en permanence l'attention. Il ne reste plus qu'à voir comment tout ça se développera sur la longueur, mais dans l'immédiat c'est un grand oui !

Quant à l'édition française, si l'on excepte le choix du titre dont on a déjà parler, elle s'offre une très bonne traduction de Yohan Leclerc, toujours claire et collant bien à l'image que l'on peut se faire des personnages (surtout Kiruko). Le lettrage est soigné, l'impression correcte malgré quelques légers moirages par moments, et le papier dépourvu de transparence.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.75 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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