WATSUKI Nobuhiro - Actualité manga

WATSUKI Nobuhiro 和月伸宏

Interview de l'auteur

On ne présente plus Nobuhiro Watsuki, mondialement connu pour son manga Kenshin, le vagabond. Réputé pour faire très peu d’apparitions aux festivals ou en dédicaces, il a malgré tout accepté l’invitation des organisateurs du Made in Asia 3, qui se tenait à Bruxelles. Il est ainsi venu en Belgique avec son épouse, Kaworu Kurosaki (co-scénariste sur Embalming, une autre histoire de Frankenstein), pour des séances de dédicaces, une conférence et une interview, tout cela en exclusivité !
 
Respectant le souhait de M. Watsuki de ne pas être photographié et de ne pas voir de photos de lui publiées sur le net, il n’y aura donc aucune photo de lui ou de son épouse.
  


Tout d’abord, un petit mot sur les séances de dédicaces. Il y avait deux séances chaque jour (samedi et dimanche), une le matin et une l’après-midi, chacune d’une durée d’une heure. Pas de tirage au sort ou quoique ce soit, il suffisait de faire la file pour avoir la chance d’obtenir une dédicace de Nobuhiro Watsuki.
Des ex-libris exclusifs, numérotés et limités à 85 exemplaires, étaient disponibles à l’achat (5 euros) pour ceux qui le souhaitaient (et vu leur beauté, un fan du maître aurait été bête de s’en priver). Chacun était cependant libre d’amener son exemplaire de Kenshin, d’Embalming ou de Buso Renkin pour recevoir la signature. En d’autres termes, aucune obligation d’achat pour repartir avec la signature de son mangaka préféré.

Cependant, pour les trois premiers chanceux, ou plutôt les trois plus acharnés (de ceux qui ont fait la file depuis deux heures du matin, voire 23h30 la veille), Maître Watsuki leur dessinait en direct un personnage de leur choix !

Étant entré tranquillement avant l’ouverture, votre serviteur n’a évidemment pas eu le droit de profiter de cet avantage stratégique et complètement injuste par rapport à ceux ayant dormi dans le froid pour obtenir un dessin exclusif, mais est plus que satisfait de son magnifique ex-libris dédicacé. Bref, un système qui sait satisfaire tout un chacun et donner sa chance à tous.



Nobuhiro Watsuki a également donné une conférence publique durant une heure. Celle-ci devait être encadrée par un journaliste professionnel, qui a malheureusement eu un empêchement. Aucun mal de fait cependant, la personne qui l’a remplacé au pied levé s’en est très bien tirée pour animer l’événement.
Petit tour d’horizon rapide, mais exhaustif, des différentes questions posées lors de cette conférence:

- Interrogé sur les événements tragiques que traverse actuellement le Japon, il s’est dit heureux que des personnes de toutes nations s’intéressent au sort de son pays.

- Sur sa vocation de mangaka, il a dit avoir réalisé ses premières ébauches à six ans, et d’avoir réellement arrêté son choix de devenir auteur au lycée.

- La cicatrice de Kenshin était au départ pour lui l’expression de la souffrance intérieure de son personnage, sans plus de précision sur son origine.

- Concernant les adaptations animées de Kenshin, il dit qu’il voit ses mangas comme ses enfants, et les adaptations animées comme ses petits-enfants. Il considère donc qu’il a peu à y redire, et préfère ne pas y toucher. Il se dit néanmoins satisfait du résultat des différentes adaptations, et a trouvé l’OAV Le chapitre du souvenir (Tsuioku Hen) très intéressant.

- Sur la signification du Oyoo de Kenshin, il dit que cela n’a aucun sens propre, qu’il sert juste à rendre le personnage sympathique.

- Dans ses références mangas, il cite One Piece et Jojo’s Bizarre Adventure. Dans ses auteurs préférés, il cite évidemment Takeshi Obata, pour qui il a travaillé comme assistant.

- Une question pour Kaworu Kurosaki portait sur sa participation à Kenshin. Elle dit ne pas y avoir participé, elle a juste donné un conseil de temps en temps à cette époque. Elle a notamment conseillé Nobuhiro Watsuki concernant le Zanbato de Sanosuke.
Concernant l’évolution contemporaine de certains genres de manga (notamment le moe), il dit ne pas avoir vraiment d’avis, et préfère laisser ce genre de choses à ceux qui savent le faire. Néanmoins, il affirme que le manga a une base historique solide bien établie, et qu’elle a toujours de l’avenir.

- Il terminera cette session de questions en donnant un conseil sur l’écriture d’un titre, soit dessiner avant tout ce qu’on a envie de dessiner et lui donner une forme qui permettra aux autres de la lire confortablement. Il parlera aussi de ses heures de travail. Il travaille toute la journée, et il lui arrive de ne pas rentrer chez lui pendant plusieurs jours. Kaworu Kurosaki affirme d’ailleurs qu’il s’absente parfois tellement longtemps pour travailler dans son atelier que même son chat ne le reconnaît plus quand il rentre !
 
 
 
 
Et maintenant, voici notre interview!


Manga-news: Bonjour Maître Watsuki ! Votre œuvre est déjà bien connue en francophonie, étant donné que tout vos titres ou presque ont été traduits et sont disponibles en français. On connaît cependant beaucoup moins votre épouse, qui travaille avec vous sur Embalming.
Maître Kurosaki, bonjour ! Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Kaworu Kurosaki: Bonjour, mon nom est Kaworu Kurosaki. Je suis romancière de profession, ce qui constitue la base de mon travail. Et depuis 2002, je travaille en collaboration avec Maître Watsuki sur ses titres et lui prodigue mes conseils et mon aide.

M. Hosono (représentant de Jump Square, le magazine de publication d’Embalming): En fait, on pourrait dire que leur relation professionnelle est similaire à celle des frères Coen, les réalisateurs de cinéma (No Country for Old Men, The Big Lebowsky, etc).

Kaworu Kurosaki: Tout à fait, oui.
   
 
Merci beaucoup ! Maintenant, passons à Embalming, le titre sur lequel vous travaillez tout les deux actuellement. Qui est à l’origine du projet, et comment vous répartissez-vous le travail ?
NW: C’est moi qui ai eu l’idée du projet. Nous discutons ensemble du scénario, et Maître Kurosaki m’aide beaucoup pour les nombreuses recherches nécessaires au titre.
 
   
 
Avez-vous lu Frankenstein ou le Prométhée Moderne, le roman de Mary Shelley ?
NW: Oui, oui, bien sûr. Plusieurs fois, plein de fois, même.


Vous aviez l’habitude de travailler pour un hebdomadaire pour vos précédentes œuvres, et vous travaillez aujourd’hui pour un mensuel. Lequel des deux rythmes préférez-vous ?
NW: Hmm, en tant que mangaka, je trouve que le rythme de parution hebdomadaire est plus encourageant, plus motivant. Mais j’ai plus de 35 ans aujourd’hui, et je ne me sens plus l’énergie nécessaire ou la force physique pour tenir un tel rythme. Le rythme mensuel me laisse plus de temps libre, et me convient donc mieux, je m’y sens plus à l’aise.


Au début de Kenshin, vous disiez ne pas connaître très bien la période Meiji, dans lequel évoluait le héros. Aviez-vous, au départ, plus de connaissances sur l’Angleterre du XIXème siècle, où prend place Embalming ?
NW: Il est vrai qu’au début de Kenshin, je n’étais pas spécialiste de cette période, même si j’en appréciais beaucoup de nombreux aspects, surtout celle du Bakufu en fait. C’est vraiment en dessinant l’histoire que je suis devenu plus connaisseur. À l’époque, internet n’était pas aussi développé que maintenant, et j’ai dû donc me renseigner à travers de vieux ouvrages pour approfondir mes connaissances.
Pour Embalming, je connaissais moins bien encore évidemment l’Angleterre du XIXème siècle. Mais avec l’internet de nos jours, il est plus facile de se documenter. C’est Maître Kurosaki qui s’occupe essentiellement de cette tâche.




Avez-vous visité l’Angleterre, pour un voyage de repérage ?
NW: Oui, effectivement, nous sommes partis une semaine en Angleterre et en Écosse pour récolter des informations. C’était d’ailleurs notre premier voyage en Europe.
Ce que nous avons surtout retenu de ce voyage, c’est l’atmosphère particulière, surtout celle des bâtiments, que nous n’aurions pas pu percevoir à travers les livres ou la littérature.
 

Oui, cela se ressent assez bien dans votre œuvre. Les informations sur cette période sont assez précises, informatives et intéressantes.
NW: Juste une chose importante : nous n’essayons évidemment pas de faire un ouvrage historique précis. Nous utilisons seulement des éléments du passé pour en faire une histoire. C’est de la fiction, le but est de divertir.



Cela va de soi. Maintenant, une question sur le héros principal de Embalming, Fury. Dans le manga, il se bat avec un couteau dans la bouche. Est-ce un clin d’œil à Zoro, le sabreur bien connu de One Piece ? Je me pose la question, étant donné qu’Eiichiro Oda est un de vos anciens assistants.
NW: (Grand éclat de rire) Non, non, ce n’est pas l’influence de One Piece. Pour Fury, je voulais en fait qu’une certaine force, une certaine tension apparaisse dans sa mâchoire. Un couteau dans la bouche pendant le combat permet de lui donner l’expression souhaitée.
 


Un événement assez dur et tragique prend place à la fin du premier volume d’Embalming. Avez-vous reçu du courrier de lecteurs qui se sont « plaints » à ce sujet ?
NW: À la base, Embalming est une histoire assez dure, assez violente. La fin du premier volume reste dans cette logique, et donc non, aucun lecteur ne s’est plaint de cet événement.


Votre style a énormément évolué entre le début et la fin de Kenshin, et toujours maintenant. Avez-vous aujourd’hui trouvé votre style « idéal » ?
NW: Non, je ne suis évidemment toujours pas satisfait. Si je l’étais, je devrais arrêter le métier de mangaka. C’est pourquoi j’essaye en permanence de faire évoluer mon style graphique, en toute occasion.
 


Vous êtes un habitué du shônen manga depuis de nombreuses années maintenant. À une époque, vous disiez pourtant préférer le shôjo. Ne souhaitez-vous pas un jour partir sur un autre style de narration, comme le seinen ou le shôjo ?
NW: Non. Il est clair qu’il existe de nombreux styles de manga, mais la frontière reste assez mince dans le fond, et difficile à définir réellement. Je ne ressens donc pas le besoin d’adapter mon style à un genre bien déterminé. Mon but premier est de divertir mes lecteurs, de leur apporter quelque chose, d’écrire une bonne histoire, pas d’être fidèle à un style.


Vous êtes un fan de héros de comics. Avez-vous déjà envisagé de dessiner un récit mettant en place un héros semblable à ceux décrits dans les comics?
NW: J’adore en effet les comics américains. Mais je les adore justement tellement que je n’arriverais pas, je pense, à écrire moi-même une histoire de ce type. Les apprécier à la lecture me satisfait déjà amplement. Il est vrai que j’y ai déjà réfléchi, mais cela reste uniquement à l’état de projet pour le moment.


Vous travaillez pour l’instant sur Embalming. Avez-vous d’autres projets en cours ?
NW: Non, je préfère prendre le temps de faire les choses, notamment pour l’écriture. C’est pourquoi je préfère me concentrer sur un seul projet à la fois, bien que je réfléchisse en même temps, il est vrai, à des projets futurs.


Et enfin, une dernière question. Maître Watsuki, vous avez créé maintenant une galerie impressionnante de personnages. Parmi ceux-ci, quel est votre préféré ?
NW: Ooh, c’est très difficile… Je ne peux en choisir qu’un seul ?


Allez, disons trois !
NW: (Rires)… Alors… Kenshin, oui… Makoto Shishio (le grand méchant de la première partie de Kenshin)… Et Tokiko Tsumura (l’héroïne de Buso Renkin).



Merci beaucoup, Maître Watsuki ! Arigato Gozaimashita !
NW: Je vous en prie !

KK: Est-ce que je peux moi aussi vous poser une question, et publier votre réponse sur mon blog ?


Euh, oui, pas de soucis !
KK: Dans les mangas, il y a des samouraïs, des ninjas, de l’action, ce genre de choses. Est-ce que c’est ce que vous voulez voir dans un manga, est-ce ce que vous recherchez en lisant un manga ?


Non, pas particulièrement. J’aime autant l’action que les histoires de vie plus quotidiennes, ainsi qu’une certaine dose d’originalité que l’on ne trouve pas toujours dans notre culture. Une certaine forme de rêve et d’émerveillement aussi. Tout simplement, quelque chose qui manque à notre culture en bien des occasions.
KK: Merci beaucoup pour votre réponse !


Merci à vous !




Interview réalisée par Sorrow et Shado. Remerciements à Nobuhiro Watsuki et Kaworu Kurosaki, à leur interprète, à M. Hosono et à l’équipe de Made In Asia.

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