Valente Tony - Actualité manga

Valente Tony

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Interview de l'auteur

Salut Tony ! Pour commencer pourrais-tu te présenter ?
Salut salut! Mon nom est Tony Valente, j'ai 11 ans et demi (dont 10 ans de carrière dans la bd), j'habite actuellement au Canada au milieu des ours, des écureuils et des sources naturelles de sirop d'érable. Un mensonge s'est glissé dans les informations ci-dessus, je vous laisse deviner quoi...


Radiant est donc ta première expérience manga, pourrais-tu nous parler de tes précédents projets ?
J'ai travaillé auparavant sur 3 autres séries: la première, une série d'heroic-fantasy, Les 4 princes de Ganahan en tant que dessinateur et coloriste (scénario de Raphaël Drommelschlager). La seconde,  une bd jeunesse dans un style très anime, Hana Attori en tant que scénariste, dessinateur, coloriste. La troisième, une série contemporaine avec des super héroïnes, S.P.E.E.D. Angels en tant que dessinateur (scénario de Didier Tarquin et couleurs de Pop).


De manière plus générale, qu’est ce qui t’as donné envie de tenter l’expérience manga ?
Avant tout, le fait d'en lire! Je suis venu à faire de la bd parce que j'aime ça, mais je pense que le manga correspond aux 3/4 (et plus) de ce que je lis... Il était normal à un moment donné que j'essaye! La pagination permet vraiment d'aborder l'histoire avec beaucoup de liberté, ça laisse énormément de place pour s'attarder sur les personnages et leurs actions, ça me manquait pas mal dans le format traditionnel franco-belge.
 


 
 
Pourrais-tu nous raconter la genèse de Radiant et comment vous avez décidé de vous lancer dans l’expérience global manga avec Ankama ?
Radiant est né d'une idée qui m'est venu pendant que je faisais Hana Attori... Je développais une histoire qui mettait en scène un groupe d'exclus, ce thème commençait alors à beaucoup m'intéresser. L'idée a fait son chemin pendant quelques années. Puis quand j'ai voulu créer un nouveau projet, le manga que j'attendais tant de faire, ce thème est revenu assez naturellement en s'imposant comme un élément principal. Tout ça s'est étoffé de pas mal d'éléments qui m'intéressent depuis longtemps: univers fantasy, sorcellerie et compagnie... Ca fait une histoire qui dans le fond est assez sérieuse, mais emballée dans une couche de conneries. Une bonne grosse couche de conneries.
J'ai ensuite présenté mon projet à plusieurs éditeurs, et par chance j'ai eu plusieurs oui! Il m'a fallu choisir l'éditeur avec lequel je voulais travailler, et Ankama s'est révélé être dans une optique assez proche de ce que je cherchais. De plus, ils pratiquaient une grosse ouverture vers le global Manga avec notamment quelques titres déjà publiés et City Hall qui était en chantier.


Pour toi, par rapport aux récits traditionnels qu’on trouve en BD, qu’est-ce qui différencie le shonen ?
Le shônen me semble être une caricature de la quête initiatique basique qu'on trouve dans à peu près toutes les histoires. En ça, il se rapproche beaucoup des autres types de récit... La différence se situe peut être au niveau du point de vue: dans le shônen tout passe par le prisme des personnages, on vit tout à travers leurs pensées et leurs émotions. On partage en quelque sorte l'expérience des personnages en temps réel. Le format y est certainement pour beaucoup, il nous laisse la place de développer les relations, les conflits, les questionnements...Il me semble qu'en bd on est plutôt spectateurs d'une histoire qui se déroule sous nos yeux. Il y a des bd très introspectives, mais la place d'un album classique (46 pages) ne permet pas vraiment de trop s'attarder sur les états d'âmes. Il faut faire avancer l'histoire et on se retrouve à mettre pas mal de choses dans chaque case, donc à entretenir une certaine distance entre nous et les personnages. Le talent va être alors de faire deviner aux lecteurs les intentions de l'auteur au travers de pas mal de non-dits...  Ceux qui y parviennent sont vraiment très forts!


Comment décrirais-tu Seth et comment t’es venu l’idée de ce personnage loufoque ?
Seth est en apparence un personnage assez classique dans le paysage du manga: un héros tête brulée, qui laisse souvent son cerveau en mode « off ».  J'ai clairement été inspiré par les personnages de mes shonens favoris (One Piece, Dragon Ball et tant d'autres...), mais en lui attribuant un but différent. Il ne veut pas être le « premier » en quelque chose, ou le meilleur chasseur de Némésis (les monstres de l'univers de Radiant). Son but est plus personnel: malgré ses cornes sur la tête il fait tout pour qu'on ne le regarde pas comme un monstre. C'est là le point de départ de tout son comportement! Il est un peu susceptible aussi, ça n'arrange pas vraiment sa situation...
 



On ressent bien dans Radiant le thème de l’exclusion, qu’est ce qui t’as poussé vers cette thématique ?
L'expérience de la vie peut être? J'ai grandi dans la cité du Mirail à Toulouse, un coin pas vraiment réputé pour sa tranquillité et sa joie de vivre... Il y en a pourtant, de la joie de vivre, mais ce n'est pas tellement ce qui passe dans les médias. Mes copains venaient du Mirail ou d'autres cités alentours et, sans rentrer dans les détails, j'ai subi en leur compagnie un peu du rejet dont ils étaient très souvent la cible. Je suis blanc, j'étais largement moins embêté qu'eux, mais il n'empêche que j'assistais à des trucs pas très sympas. Eux prenaient souvent ça avec pas mal de philosophie, mais ça m'a laissé quand même un gout amer! Pour ma part, je me souviens que lorsque j'ai quitté la cité pour emménager dans une petite ville assez tranquille, j'ai eu droit à une grosse engueulade préventive de la part de la directrice du collège. Elle m'a fait savoir qu'elle ne m'aimait pas, moi et ce que je représentais. Oui, parce que pour elle, j'étais le porte-parole des emmerdeurs des cités! « On n'est pas au Mirail ici, on n'est pas chez les sauvages! » Et bim, comment mettre bien à l'aise un ado qui a déjà du mal avec le changement de milieu! Je n'étais ni un cancre, ni un délinquant, je ne comprenais pas bien ce que j'avais fait de mal. J'étais très timide et un peu peureux à l'époque, elle m'a vraiment impressionné... Bref, l'expérience de chacun est ponctuée de ce genre d'incidents, quelques-uns m'ont amusés et me sont restés en mémoire. En vue du contexte actuel qui fait la part belle à toute sorte de rejets, l'idée d'en faire le thème d'une histoire me plaisait! Mes héros sont des sorciers, infectés qui plus est... Les gens ne les aiment pas beaucoup. Faut dire qu'ils ne les connaissent pas beaucoup non plus!
Mais bon tout ça dans la joie et la bonne humeur, avec des gros coups de tatane et des blagounettes! Ce n'est qu'un thème, un contexte qui flotte dans l'univers que je présente, ce n'est pas toute l'histoire que je raconte!


Les dernières pages du tome 1 nous montrent un scénario plutôt ambitieux, pourtant on peut dire que le tome 1 est très orienté « action », c’était une volonté de ta part ?
Le tome 1 sert surtout à présenter les personnages et les enjeux. J'ai voulu le faire au travers de pas mal d'action, même si je regrette qu'il n'y en ai pas encore plus! J'ai commencé à distiller des éléments qui seront développés tout au long des épisodes suivants. Mais je vais tenter de trouver un bon équilibre entre les confrontations, qui sont quand même une des bases du shonen (et que je kiffe comme un petit fou, disons le franchement), et les phases d'avancée dans l'histoire.


Niveau dessin, passer de ton dernier album SPEED ANGEL (grand format, couleurs) à Radiant (manga, noir et blanc) a-t-il nécessité un temps d’adaptation ?
Je continue à faire S.P.E.E.D. Angels (le troisième et dernier tome), je fais donc le grand écart assez fréquemment! Passer de l'un à l'autre ne demande pas vraiment de travail, surtout que les types de dessins ne sont pas si différents que ça... Mais j'ai toujours aimé développer des styles variés, mes tiroirs sont plein de choses qui empruntent des voies très différentes de ce que je publie. Peut-être que dans quelques années j'aurais réussi à multiplier les projets et les styles qui me font envie. Quand les journées feront cinquante douze heures.
 



Avec quel matériel travailles-tu ? (en traditionnel ?)
Un organe à cinq appendices placé tout au bout du bras: la main.
Je crayonne au crayon H sur de papier machine basique. Puis à l'aide d'une table lumineuse j'encre les pages à la plume et au feutre fin (plume G pour les personnages, feutre micron pour les décors et les speed lines). Et je passe sur l'ordi pour faire les trames et les textes. Lorsqu'il y a de la couleur, c'est numérique également, je ne les fait pas à la main (enfin, je me sers de ma main, mais sur une tablette graphique). 


Penses-tu que le lectorat manga est maintenant plus ouvert aux créations manga par rapport à quelques années de ça ?
C'est clair que mes camarades french mangakas ont déminé le terrain! Dreamland et Pink Diary ont semble-t-il ouvert la marche de ces créations françaises... Grâce à eux et aux autres qui ont suivi, les professionnels et les lecteurs ont fait beaucoup de chemin et acceptent à présent les créations françaises avec pas mal d'enthousiasme. City Hall en est un récent exemple!


Pourrais-tu bosser comme un vrai mangaka japonais avec des assistants,…ou préfères tu tout faire de A à Z sur Radiant ?
Je préfèrerais bosser avec des assistants, mais je préfèrerais avant tout pouvoir les payer! En l'état actuel des choses, avoir recours à d'autres bras me parait impossible, faute de moyens. Mais j'y pense fort et plusieurs personnes se sont déjà proposées!


Quel rythme de publication as-tu envisagé avec ton éditeur ?
Deux albums par an serait le rythme idéal, plus serait carrément foufou! Mais pour ça il faudrait que je fasse une looooongue nuit blanche de deux mois... Pour l'instant je tiens trois jours d'affilée de boulot sans dormir et sans mourir. Laissez-moi encore quelques années et peut être que ça marchera…ou pas !
 



Quel conseil pourrais-tu donner aux jeunes dessinateurs qui rêvent de créer leur propre manga ?
En parallèle du travail de dessin, essayez de soigner vos personnages et vos histoires! C'est encore ce qui pêche le plus lorsqu'on me montre des projets... Les personnages sont essentiels, apprenez à les dessiner, mais aussi à les connaitre et à les caractériser. Trouvez des choses pour les faire vivre, des tics, une manière de parler, de bouger, une attitude... Ensuite pensez à structurer votre histoire, à écrire et réécrire, à jeter des choses bien mais qui ne servent à rien. C'est ce que vous faites avec les dessins: des croquis, des essais, des tentatives que vous jetez... Faites de même avec une histoire: ne vous contentez pas de ce qui vient tout de suite! Il y en a qui en sont capables, mais ils sont très peu nombreux. Alors écrivez, dialoguez, jetez, réessayez, testez des choses nouvelles, trouvez de quoi caractériser vos persos au travers de l'écriture... Bref, apprenez à écrire en même temps que vous apprenez à dessiner!
Et apprenez à ne pas dormir beaucoup. Ou dormez, mais ne faites pas de manga. Ou alors, faites du manga, mais seulement par intérim. Ou à plusieurs. Ou pas.


Tu vas rencontrer tes premiers fans à Japan Expo ? Comment te sens-tu? Pressé ? Stressé ?
J'ai des fans moi? Envoyez les moi, je veux les voir!!
Je me sens un peu stressé, j'avoue. J'espère que les gens apprécieront le travail et que ça leur donnera l'envie de suivre la série et que Radiant atterrira entre beaucoup de mains!


Un petit mot pour terminer ?
Rhododendron!
Allez savoir pourquoi, c'est un mot que j'aime bien... Ca rebondit, c'est rigolo, c'est familier et en même temps on ne sait pas ce que c'est. Alors rhododendron les amis!


Entretien réalisé par les éditions Ankama.

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