SASSINE Saïd - Actualité manga

SASSINE Saïd

Interview de l'auteur

Publiée le Lundi, 08 June 2015

Interview de Saïd Sassine et Carole Bartier, à l'occasion de la sortie de Shôchû on the Rocks.
  
Carole, Shōchū est ton premier manga. Qu’est-ce qui t’a décidée à te lancer ?
Carole Bartier : J'ai toujours aimé les mots. Les lire, comme les écrire. Lorsque j'ai rencontré Saïd, on a longuement échangé sur nos passions respectives : lui le dessin, et moi l'écriture. C'est dans la logique des choses que l'envie nous soit venue de mener un projet ensemble.
   
   
Et toi Saïd, quel est ton parcours ?
Saïd Sassine : Ma première BD influencée manga était sortie chez Bamboo dans la collection Grand Angle Vacances Virtuelles. Puis, quelques années plus tard, est paru aux éditions Tournon Cassius, qui était un manga dans sa forme la plus courante. Actuellement je suis en charge du manga WAKFU, et mon nouveau manga Shōchū On The Rocks est en court de publication.

   
Vous êtes ensemble pour cette oeuvre, mais aussi dans la vie. Quels sont les avantages et les inconvénients à travailler en couple ?
C : Effectivement, ce projet est né en même temps que notre histoire. Et on ne voit aucun inconvénient à travailler l’un avec l'autre ! Bien au contraire, cela nous permet encore plus d'échanges, de discussions, d'idées et de complicité. Du coup, on est complémentaires à la fois dans notre vie sentimentale et dans notre vie professionnelle. C'est une chance. Shōchū nous a permis de ne faire plus qu'un dans l'expression de notre créativité, et c'est quelque chose dont nous sommes particulièrement heureux. On est très fiers l'un de l'autre.
  
  
Quelles ont été vos influences pour ce manga ?
C : J'aime les ambiances sombres, intrigantes, et teintées de psychologie. Mes influences viennent principalement d'auteurs comme Stephen King, Franz Kafka, ou encore Agatha Christie, qui maîtrise totalement l'art des dénouements inattendus pour ses intrigues. Pour ce qui est du titre, l'alcool est la marque de notre univers. Les créatures en produisent, les humains et les adaptés en consomment. Aussi, on a choisi d'incarner cet alcool par le shōchū, qui est un alcool extrêmement populaire au Japon, mais peu connu chez nous. Une des manières de boire le shōchū est "on the rocks", soit pur et avec des glaçons. Et puis avec Saïd, on trouvait que ce titre sonnait bien !
 
S : Le dessin est très old school. Je suis très influencé par Gō Nagai. Je pense que les lecteurs de ma génération y retrouveront sans problème mes influences.

  
Quels thèmes ce manga explore-t-il ?
C : SOTR est une intrigue policière et psychologique, ancrée dans un monde fantastique peuplé de créatures. À côté de l'intrigue principale, plusieurs thèmes sont abordés, par exemple l'éthique médicale, la corruption, les relations parents / enfants, le racisme (incarné par les différences entre humains et adaptés), la recherche de vérité, la quête de soi... Certains thèmes découlent de l'histoire, d'autres, plus personnels, se sont imposés d’eux-mêmes.
  
  
Silène semble torturé, il triche, boit et fuit. Était-ce une volonté de le rendre différent des héros de mangas traditionnels ?
C : Non. Mais vous avez raison de dire qu'il est différent ! Silène est quelqu’un qu'on peut a priori tous comprendre dans ses faiblesses. Je sais pourquoi il semble torturé et je sais pourquoi il boit. Ma volonté était uniquement de raconter son histoire le mieux possible. Et peut être qu'un "héros" ressemble toujours un peu à son auteur...
  
  
Comment a démarré votre collaboration avec Ankama ?
C : Saïd travaillait déjà chez Ankama quand on s'est connus. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il a eu l'envie et la gentillesse de lire ce que j'écrivais. Je lui dois beaucoup. Mes écrits lui ont plu, et on a alors décidé de monter un projet ensemble. C'est tout naturellement qu'on a présenté ledit projet à Ankama. Au bout de plusieurs mois de travail, de recherches et de réajustements, on a eu l'immense joie d'apprendre que Shōchū allait être signé. J'en profite pour remercier une nouvelle fois toute l'équipe d'Ankama qui nous a fait confiance et nous a permis de réaliser et de vivre quelque chose de fantastique.
  
   
Saïd, quel matériel utilises-tu pour le dessin ?
S : Pour faire de beaux dessins, plusieurs méthodes existent. Pour ma part, j'utilise du papier 160 grammes, qui me permet un bon encrage. Je me sers d'une table lumineuse ainsi que des feutres Uni-Pin pour encrer. Je scanne le tout et je fais mon montage à l'aide de Photoshop, y compris pour les bulles et les textes.

  
  
Il est difficile de se faire une place dans le monde du manga en tant que français. Selon vous, quelles sont les clefs de la réussite ?
C : Pour en avoir souvent débattu avec Saïd, je pense qu'une des choses essentielles est justement de "rester français". Les mangas japonais ont leurs propres codes. Les récupérer et les utiliser tels quels n'apporterait aucune originalité supplémentaire. Dans SOTR, le sens de lecture est occidental, tout comme les noms des personnages, et je pense l'humour également. On a élaboré notre projet en utilisant des références, des influences et des idées qui nous tenaient à cœur, et pas en faisant des copier-coller d'autres mangas déjà existants. Pour ce qui est de se faire une place, ce sont les lecteurs qui décideront. On espère en tout cas que SOTR leur plaira autant qu'à nous, et qu'ils prendront plaisir à nous lire.
 
S : Il faut éviter de refaire éternellement ce que les Japonais font. Leurs scénarios, sauf certaines exceptions qui ont largement fait leurs preuves, se ressemblent tous et font en réalité preuve de très peu d'originalité. Certains mangas créés par des Français reprennent des codes culturels qui ne sont pas les leurs. L’intérêt pour moi dans le manga, au-delà de son aspect graphique, est la narration, son format pratique, le noir et blanc... Mon intention a été de fusionner cela avec nos propres influences et notre culture occidentale. Refaire un Naruto ou un One Piece bis ne m'intéresse pas et ne fera en rien évoluer le manga en France. Les Japonais le font très bien sans nous.
  
  
Shōchū est prévu en 4 tomes, mais avez-vous déjà d’autres projets en tête ?
C : J'ai un autre projet largement abouti mais pour lequel je ne parviens malheureusement pas à trouver de dessinateur ! Il s'agit d'un thriller plutôt sombre (voire un peu trash par moment), saupoudré d'un zeste de fantastique. J'espère pouvoir trouver un dessinateur prochainement car c'est une autre belle histoire qui me tient vraiment à cœur.
 
S : J'ai un autre projet que je souhaiterais mener avec Ankama. Il s'agit d'un space opera avec un côté "survival"... Je n'en dis pas plus pour le moment.
   
   
  

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