KOBAYASHI Daiki - Actualité manga

KOBAYASHI Daiki 小林大樹

Artists Authors

Interview de l'auteur

Publiée le Samedi, 26 October 2019

L'un des lancements manga importants des éditions Kana dans la première moitié de l'année 2019 a sûrement été Ragna Crimson, nouvelle série de fantasy issue du catalogue de Square Enix. Avec pas mal de publicité et une édition collector pour le premier volume en février dernier, l'éditeur a cherché à bien mettre en avant l'oeuvre, mais le point culminant de tout ceci était sûrement la venue de son auteur Daiki Kobayashi à Japan Expo. Jeune mangaka dont c'est la troisième série au Japon mais la première publication en France, l'artiste s'est révélé un peu timide pour certaines choses (il préférait éviter les photos), mais très disponible pour des interviews, et très bavard et passionné dès qu'il s'agissait de parler de sa série. Rencontre avec un jeune auteur qui avait pas mal de choses à dire !

  

Daiki Kobayashi, merci d'avoir accepté cette interview. Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a attiré vers le milieu du manga ? C'est-à-dire, quel fut ce qui vous a orienté vers cela plus jeune, quelles oeuvres vous ont marqué dans votre enfance...

Daiki Kobayashi : Depuis que je suis enfant j'aimais dessiner, je pratiquais beaucoup, et dès l'école primaire j'aimais bien associer des petites histoires à mes dessins .

Mais j'ai vraiment commencé à dessiner du manga à la fin du lycée. Au moment de faire mon choix d'avenir, j'ai pris conscience que je n'avais pas du tout envie d'étudier en vue d'intégrer une université, et que je voulais devenir mangaka. C'est là que j'ai créé un projet pour le présenter à des maisons d'édition. J'ai rapidement gagné un petit prix, qui m'a ensuite permis de faire mes débuts chez Square Enix.

A vrai dire, la motivation de base était plutôt de fuir un peu la réalité (rires).


Comment a germé en vous l'idée de l'univers de Ragna Crimson ? Dans quel ordre sont arrivées les idées dans votre esprit ?

Le concept de base existait depuis déjà plusieurs années. Je voulais déjà faire du manga de fantasy, et à cette période-là j'étais très influencé par deux mangas que je lisais : Hunter x Hunter et Drifters. En les lisant, je me suis dit que ça me botterait bien de faire des histoires avec de grosses créatures mangeant des humains, et des humais balèzes qui se battraient contre eux.

J'ai d'abord pensé à prendre pour thème les vampires, mais je me suis rendu compte que des mangas sur les vampires il y en avait déjà un paquet. J'ai continué à réfléchir, jusqu'à me rendre compte que dans l'étymologie du nom Dracula, il y a un élément se rapportant aux dragons (ndlr : le mot « Dracula » imaginé par l'écrivain Bram Stoker vient effectivement du mot roumain « dracul », signifiant « dragon »). En voyant ainsi cette relation entre vampires et dragons, je me suis dit qu'il serait amusant de créer des dragons ayant des faiblesses de vampires, comme la lumière du Soleil et l'argent.

A partir de là, j'ai pu commencer à créer mon univers, jusqu'à bloquer. Ca m'a finalement pris quelques années avant de parvenir à construire une histoire sur ce concept et de lancer Ragna Crimson.

  

Pour Ragna Crimson, vous avez créé  un duo de héros étonnant : au départ Ragna est loin d'être brillant, et il se contente surtout de servir avec ferveur sa maîtresse Leonica, qui n'a que 12 ans mais est la chasseuse n°1 des environs. Comment avez-vous imaginé ce duo ? Pourquoi avoir choisi de créer une fillette forte et un garçon plus âgé mais plus faible ?

Au départ, il y avait l'idée de base d'un héros affrontant tout, qui s'entraîne plusieurs années et qui donne le pouvoir qu'il a obtenu à force d'entraînement à un autre personnage faible.

J'ai ensuite dû réfléchir à la manière de mettre en scène ce personnage, et je me suis dit qu'au départ, vu qu'il est faible, ce serait logique qu'il soit protégé par quelqu'un de fort. A partir de là j'ai cherché à créer un personnage correspondant à ce profil, et en tâtonnant j'en suis arrivé à Leonica, cette petite fille super balèze faisant un bon tandem avec le héros.

Globalement, c'est donc d'abord l'idée qui est venue, puis les personnages.

Tout à l'heure, j'expliquais qu'après avoir créé le concept de base de Ragna Crimson, j'ai bloqué, je n'arrivais pas à créer une histoire qui tenait la route à partir de cette base. C'est parce que je ne savais pas qui serait le héros de cette histoire, sur qui mettre le focus. Puis à cette période là, j'ai regardé une rediffusion de l'anime Steins;Gate, et en voyant la conclusion, la façon dont cette série se terminait (on ne va pas spoiler!), j'ai eu le déclic : je devais faire ça, mais dès le premier chapitre de mon manga ! C'est comme ça que j'ai finalement réussi à monter l'histoire après avoir longtemps bloqué.


Dès le tome 1, parfois même avec humour, on sent qu'il y a un lien vraiment fort entre Ragna et Leonica. Comment avez-vous imaginé cette relation ?

Je dois avouer que je ne sais pas trop moi-même (rires).

Après coup, je me rends compte que la relation entre Ragna et Leonica, ce n'est pas de l'amour, ce n'est pas de la fraternité non plus... C'est quelque chose de différent.

Leonica n'est finalement pas une héroïne typique, comme on peut en voir ailleurs. J'ai dessiné cette relation sans trop savoir exactement quels en sont les tenants et aboutissants.

  

De même, le lien entre Ragna et Crimson promet forcément d'être détonnant. Comment l'avez-vous pensé ?

Comme je l'ai expliqué au départ, j'ai d'abord pensé à l'univers, avec cette histoire de dragons aux faiblesses de vampires, etc... Et comme j'ai créé cette partie-là en étant influencé notamment par Drifters, je me suis dit que j'aimerais avoir un personnage un peu « chef intello charismatique », dirigeant les opérations.

Là, assez naturellement, j'ai imaginé ce personnage de Crimson, qui est un intello, mais pas très gentil et qui mène un peu Ragna par le bout du nez.


Vous brillez dans certains designs de dragons assez denses et recherchés. Comment les imaginez-vous ? Y a-t-il des influences particulières ?

En premier lieu, pour voir un peu quel genre de design je pourrais faire, j'ai joué à Monster Hunter.

Puis, étant donné qu'à la base de mes dragons il y a des concepts de vampires, j'ai décidé de ne pas me limiter à des apparences de dragons. Sur ce point-là, il y a des révélations qui vont arriver dans le tome 4.

  

Vous avez aussi le mérite de ne pas négliger les décors et les fonds, qui sont très présents et assez travaillés. Là aussi, comment les concevez-vous ? Quelles sont vos influences pour les créer ?

Pour moi, il est très important qu'un titre de fantasy comporte des décors bien dessinés et bien détaillés, donc je fais très attention à ça. Personnellement je ne suis pas totalement satisfait du résultat, j'ai l'impression de ne pas pas pouvoir en faire autant que je le voudrais.

Pour la façon de faire les ombrages et de dessiner ces décors, je me suis beaucoup inspiré de Blue Exorcist, qui me semble être une vraie référence sur ce plan-là.


En France on vous connaît donc pour Ragna Crimson, mais avant cela vous avez signé deux autres séries au Japon, qui sont inédites dans notre langue : Sky Blue, en 5 tomes, et  Satsui no Senki, en 2 tomes. Pouvez-vous nous parler un peu de ces deux œuvres, et de ce que vous avez appris en les concevant ?

J'aurais bien du mal à dire exactement ce que j'ai appris du métier en dessinant ces deux séries, mais il y a une chose que je peux dire : ce sont deux séries qui se déroulent dans notre monde actuel, et c'est ce qui m'a encore plus poussé à vouloir faire de la fantasy avec mon manga suivant, Ragna Crimson.

Dans Satsui no Senki, je proposais un type d'histoire où les personnages ne se battaient pas directement mais faisaient se battre les créatures qui apparaissaient et qu'ils invoquaient. C'est une expérience qui m'a fait prendre conscience que je préfère dessiner des personnages qui se battent directement entre eux.

  

En France, les éditions Kana ont mis les bouchées doubles pour le lancement de Ragna Crimson, avec une édition collector du tome 1 contenant une illustration exclusive et un décorama. Qu'en avez-vous pensé ?

On m'avait prévenu qu'il y aurait une belle édition collector.

Je ne savais pas trop à quoi ça allait ressembler, et quand les éditions Kana m'ont envoyé un exemplaire chez moi ma première pensée a été « wow, on dirait un packaging de Blu-ray » (rires).

Ca m'a évidemment fait très plaisir de voir le résultat.

  

Interview réalisée par Koiwai. Un grand merci à Daiki Kobayashi, à son interprète, à Stéphanie Nunez des éditions Kana pour l'organisation de cette rencontre, et à Japan Expo pour les locaux.

MN Actus
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