ETERNAL-S - Actualité manga

ETERNAL-S

Interview de l'auteur

Cette année à Japan Expo, les éditions Asuka lançaient le premier manga d'une jeune artiste française pleine de promesses : Sweet Desire, boy's love signé Eternal S, dessinatrice bien connue des amateurs de Deviantart.
Pour l'occasion, nous avons pu rencontrer Eternal S lors d'une entrevue où elle fut accompagnée de sa coscénariste Lou, pour une série de questions-réponses détendues. Voici aujourd'hui notre compte-rendu de cette rencontre avec une jeune artiste aussi simple qu'adorable.

 
 
Eternal S, merci beaucoup d'avoir accepté cette entrevue. D'où te vient ta passion pour le dessin et le manga ?
Eternal S: Quand j'étais petite, comme beaucoup de monde je regardais Sailor Moon et Dragon Ball Z, et c'est à cette époque que j'ai commencé à faire du fanart, même si j'étais jeune. A l'école, le fait de faire du fanart attirait l'attention sur moi, et du coup j'en faisais pour mes amis. Par la suite, j'ai découvert de plus en plus de manga au fil des années, et je suis tout naturellement tombée dedans.


De fil en aiguille, tu as ensuite travaillé dans le milieu amateur, en concevant notamment des doujinshi sur Black Butler, puis est arrivé le projet Sweet Desire. Comment est né ce projet ? Comment s'est faite la collaboration avec les éditions Asuka ?
Pendant quelques mois, j'ai été stagiaire aux éditions Kazé en tant que comptable, et pendant toutes mes pauses j'allais faire un tour dans la section manga et je parlais avec un peu tous les employés. Un jour je leur ai donné un exemplaire de mes doujinshi, et c'est à partir de là que le responsable éditorial de l'époque, Raphael Pennes, m'a proposé de me lancer directement dans un vrai manga. J'ai accepté, j'ai ensuite fini mon stage, puis ils n'ont pas eu de mes nouvelles pendant un an. C'est à la Japan Expo de l'année suivante, en recroisant Raphael, qu'il m'a dit qu'il attendait toujours mon manga (rires). C'est là qu'on a réellement signé un contrat et que j'ai commencé.


Lou, puisque tu es présente avec nous, peux-tu nous dire en quoi a consisté exactement ton rôle de coscénariste sur Sweet Desire ?
Lou: Je suis responsable de la collection boy's love, chez Asuka, et mon rôle ici était principalement l'équivalent de celui de tantô au Japon. Ce qui signifie que j'étais en étroite communication avec Eternal S pour échanger des idées, regarder au fur et à mesure les planches, observer le découpage... Je pense que ça nous a enrichies toutes les deux. D'autant que pour moi aussi, un tel rôle était une première (rires). Et sur la fin j'ai un peu plus participé à l'élaboration du scénario.

 
 
Revenons à toi, Eternal S. A l'origine, qu'est-ce qui t'a attiré vers le boy's love ?
Eternal S: Le doujinshi que j'ai présenté au tout début dans les locaux de Kazé était un boy's love,. On m'a donc demandé de commencer par faire un boy's love, d'autant qu'à l'époque c'était vraiment la vague boy's love en France.
De plus, on s'est dit qu'il valait mieux que je commence par me faire connaître dans un genre assez restreint, assez ciblé, plutôt que dans des genres aussi larges que le shônen ou le shôjo, où des auteurs français se sont déjà essayés.
Et puis tout simplement, j'adore le boy's love ! (rires)


D'ailleurs, quels sont tes auteurs de boy's love préférés ?
Il y a tout d'abord Rihito Takarai. Je me suis beaucoup inspirée de cette auteure, car j'adore son style de dessins, épuré et élancé.
Il y a également Hinako Takanaga, Kou Yoneda... Et mon auteure préférée, je pense que c'est Miyuki Abe.


Tout à l'heure, sur le stand des éditions nobi nobi, on m'a également soufflé que tu aimes beaucoup le travail d'Ein Lee...
C'est une amie ! On se connaît depuis 5 ou 6 ans, on s'est rencontrées via Deviantart, où j'adorais ses illustrations, et s'est comme ça qu'on a commencé à se parler.


Tes dessins sont très proches du style japonais, on ressent bien l'influence d'auteures comme Rihito Takarai, avec notamment des nuques très fines. Quels outils utilises-tu pour dessiner et pour si bien intégrer les codes du manga ?
Pour les 4 premiers chapitres, j'ai vraiment travaillé à la manière japonaise, avec des feuilles blanches, de l'encre et une plume. Et je tramais le tout par ordinateur, parce que les trames que l'on trouve en magasin sont trop chères pour moi.
Pour les 2 dernier chapitres, j'avais moins de temps, alors pour essayer d'en gagner j'ai directement travaillé sur ordinateur.


Et en ce qui concerne l'élaboration des pages couleur, comment as-tu procédé pour la colorisation ?
Directement sur ordinateur, avec les logiciels Photoshop et Paint Tool Sai. Ce dernier est un logiciel japonais qui prend moins de place que Photoshop et qui permet de faire des dégradés de façon plus simple.



Sur Sweet Desire, ton style est plutôt soft, puisqu'il n'y a guère que dans le dernier chapitre où il y a une scène de sexe un petit plus osée, que ton trait est assez doux, que le ton général est plutôt posé... C'est plutôt ce genre-là que tu aimes ?
Pas nécessairement, j'aime un peu tous les styles de boy's love. Mais il faut quand même qu'il y ait une histoire. Des boy's love comme ceux de Piyoko Chitose, où il n'y a pas d'histoire, où ça part directement dans le sexe et où il n'y a finalement que ça, ça ne m'intéresse pas.


Il y a aussi un vrai travail sur le look vestimentaire de tes personnages, notamment sur le personnage d'Akemi qui a beaucoup de vêtements différents...
On va dire que je suis un peu une fashion victim (rires). J'aime beaucoup tout ce qui est vêtements de style coréen ou japonais, et je m'en suis inspirés, ainsi que des vêtements que je porte moi-même.


L'histoire de Sweet Desire présente Kohaku, un franco-japonais qui revient au Japon après avoir vécu plusieurs années en France. Par la suite, on ressent une sorte de pont entre France au Japon à travers ce personnage puis via plusieurs scènes. Faire ce petit pont entre les deux pays te tenait à cœur ?
Au début je ne voulais pas faire un héros japonais, comme c'est un manga français je voulais que ça reste proche de la France, mais après je ne voulais pas trop le montrer non plus, sinon ça aurait peut-être été trop français, justement. Donc le meilleur compromis, c'était un peu des deux (rires).


On a aussi dans Sweet Desire toutes sortes de fantasmes féminins typiques du boy's love, comme les beaux corps élancés, le fantasme du serveur, de l'ami d'enfance, du collègue de travail avec le personnage de Sen...
Ce sont des choses qui me sont venues automatiquement. J'ai lu tellement de boy's love que j'ai naturellement assimilé des éléments récurrents de ce genre.


Il y a aussi le grand classique du blond qui est plutôt le dominé, et du brun dominant.
Ca, je ne l'ai vraiment pas fait exprès (rires). C'est vrai que c'est quelque chose qu'on retrouve énormément dans les boy's love, et de mon côté c'est quand j'avais terminé les deux premiers chapitres qu'on m'a fait remarquer que j'avais fait la même chose (rires).


A ton avis, pourquoi ce stéréotype persiste-t-il ?
Je pense que pour des japonaises, les petits blonds sont plutôt mignons et renvoient une certaine pureté. Du coup, ce sont toujours eux qui se retrouvent dans le rôle du chat (rires).
 
 
 
Attention, question difficile ! A ton avis, qu'est-ce qui plaît tant aux lectrices dans le boy's love ?
Eternal S se met alors à réfléchir longuement.
Eternal S: Hmmm, ça, c'est très difficile à dire !
Lou: C'est l'une des grandes énigmes de la vie ! (rires)


Il y a deux ans, quand Toko Kawai était venue à Japan Expo, on lui avait posé la même question, et selon elle ce qui plaisait beaucoup dans le boy's love était peut-être l'absence de personnages féminins...
Eternal S: Pour ma part, j'ai choisi d'inclure dans Sweet Desire un personnage comme Akemi justement parce que je trouvais que beaucoup de boy's love manquent de présence féminine...


Parfait, je voulais justement en venir au personnage d'Akemi (rires). Ce qui personnellement m'a beaucoup marqué dans Sweet Desire, c'est elle. C'est une présence féminine très forte, et très ambivalente. Elle est très jolie, pas foncièrement méchante, mais en même temps elle a un petit côté peste avec un caractère prononcé. Elle est très éloignée des filles habituelles des boy's love, souvent plus effacées ou qui ne sont qu'un simple obstacle vite rembarré...
Lou: Hé bien merci de nous dire ça, parce que c'est totalement ce qu'on voulait faire avec ce personnage ! (rires) Dans les boy's love, à chaque fois qu'il y a une femme, elle se fait reléguer assez méchamment et sans grande considération. Avec Akemi, on a voulu faire le contraire : une femme qui a du caractère, beaucoup de présence, et qui quitte la scène en beauté, sans se laisser marcher dessus, la tête haute. C'est un obstacle entre les deux héros, mais elle n'est pas méchante, elle reste touchante car elle ne fait que se raccrocher à son amour, tout en restant forte et consciente des choses.
Eternal S: Après tout, on est nous-mêmes des femmes, alors on en avait assez de voir les femmes de boy's love se faire piétiner ! (rires)


On a aussi le thème de l'amour persistant, qui reste malgré les années qui passent. Quelque chose d'assez idéalisé, de romantique...
Les relations à distance sont souvent compliquées, et je voulais montrer que c'est possible de les maintenir, que l'amour ne disparaît pas forcément quand on est éloignés.


Quel personnage as-tu pris le plus plaisir à dessiner ?
Eternal S: Les expressions de Kohaku. Je pense qu'il était simple à dessiner, alors qu'avec Masami j'avais un peu plus de difficultés. En fait, j'avais plus de mal à rester dans le personnage de Masami, à tel point qu'à un moment on ne savait plus trop quel caractère il avait (rires).
Lou: A ce moment-là, on a recadré un peu les choses. On a veillé à ne pas lui attribuer des comportements ne collant pas à sa personnalité.


Le dernier chapitre est une sorte de chapitre bonus, un peu à part, et qui comporte la seule scène de sexe un peu explicite. Par rapport aux autres chapitres, comment est né ce chapitre-là ?
Lou: C'est un petit chapitre bonus qui vient rassurer les lectrices pour conclure joliment les choses. Ca concrétise l'amour qui est né. Et puis ne pas rester totalement dans le soft, c'était aussi un petit cadeau pour les fans, afin que l’œuvre soit bien un yaoi et pas un shônen-ai.
Eternal S: Oui, parce qu'au départ, moi j'étais partie pour faire un shônen-ai (rires).


As-tu déjà en tête d'autres projets professionnels, que ce soit une suite pour Sweet Desire, un autre boy's love ou quelque chose dans un autre genre ?
Eternal S: On a beaucoup d'idées pour une éventuelle suite, mais on attend d'abord de voir l'accueil réservé par le public à Sweet Desire.
On espère que ça va marcher, parce qu'on a un peu l'impression qu'une partie du public boude systématiquement les mangas français en pensant que ça va forcément être nul, et on a d'ailleurs vu plusieurs fois des commentaires sur Internet allant dans ce sens. Mais c'est une mentalité qui commence à changer.
Lou: On croise les doigts !


Et aimerais-tu t'essayer à d'autres genres plus tard ?
Oui ! J'aimerais faire du shônen, le shôjo ne m'intéresse pas. Je ne lis que du shônen et du boy's love. J'ai quelques idées de shônen que j'aimerais pouvoir dessiner, et il faut que je m’entraine à un style de dessin qui colle avec l'histoire.


Merci beaucoup pour cet entretien !
Merci à vous !




Remerciements à Eternal S et à Lou pour leurs réponses et leur gentillesse, à Jérôme Chelim de Kazé Manga pour la mise en place de l'interview, et au staff de Japan Expo.

MN Actus
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