Zenkamono - Repris de justice Vol.1 - Actualité manga

Zenkamono - Repris de justice Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 22 November 2019

Dernière nouveauté de 2019 pour Le Lézard Noir, Zenkamono est une série lancée en 2017 dans le magazine Big Comic Original de Shôgakukan, et comptant à ce jour 4 volumes. Cette oeuvre nous permet de découvrir en France le scénariste Masahito Kagawa et le dessinateur Tôji Tsukishima, deux artistes officiant depuis les années 2000 et ayant déjà au Japon plusieurs oeuvres à leur actif. Ici, les deux auteurs nous immiscent sur la presqu'île japonaise d'Enoshima, située non loin de Tôkyô et de Kamakura, un recoin que l'éditeur poitevin avait déjà mis en avant via l'album Le chat d'Enoshima. Aux côtés de la dénommée Kayo Agawa, nous voici plongés au coeur d'un sujet bien nippon: le rôle aussi important que délicat des agents de probation au Japon.

Les agents de liberté conditionnelle et de probation sont des fonctionnaires d’état chargés d’aider à la réinsertion des repris de justice et des mineurs délinquants. Toutefois, loin d'être rémunérés, ces gens font cela bénévolement, par pur esprit civique. Kayo est donc l'une de ces personnes: tout en jonglant entre ses deux petits boulots éreintants de vendeuse de supérette et de livreuse de journaux afin de récupérer l'argent lui servant à rembourser ses dettes étudiantes et hospitalières, elle a fait le choix de s'adonner à cette lourde tâche, et nous la découvrons ici au fil d'un premier cas occupant l'ensemble de ce tome 1: celui de Jirô Ishikawa, un homme s'apprêtant à être libéré de prison, après quasiment 6 années de taule suite au meurtre de son frère Ichirô, qui avait violé sa fiancée de l'époque Aiko. S'étant rendu de lui-même après le meurtre, ayant témoigné sans réticence, ayant montré un comportement exemplaire en prison, cet homme apparaît doux, gentil, désireux de se réintégrer, et aucunement assoiffé de sang. Mais en recroisant la route d'une vieille connaissance du nom de Sakamoto, il apprend de la bouche de celui-ci une info qui pourrait le chambouler complètement: le défunt Ichiro ne serait pas fautif de ce qui s'est passé 6 ans auparavant, et c'est Aiko qui lui aurait fait du gringue... Cette femme a désormais quitté Enoshima, mais quelle sera la réaction de Jirô en la recroisant "par hasard" ?

Autant le dire tout de suite, l'affaire autour des relations Jirô/Aiko/Ichirô ne sont, en soi, pas ce qu'il y a de plus intéressant dans ce premier tome, les auteurs nous proposant un récit à base de relations sentimentales bafouées assez classique. En revanche, ce qu'elles ont à dire est assez efficace, dans la mesure où l'on découvre des personnages assez nuancés et humains, en particulier concernant Jirô bien sûr, celui-ci se retrouvant confronté à des rumeurs ou vérités menaçant de le chambouler de plus belle, mais aussi Aiko, une femme restant longtemps froide et nébuleuse pour certaines raisons.

Néanmoins, cette histoire proche du polar social et humain a surtout pour première vocation de servir un début de portrait efficace du travail d'agent de probation et d'une héroïne déjà passionnante à suivre dans tout ce qu'elle dégage. On découvre en Aiko une jeune femme qui a elle-même vécu ou vit encore quelques coups durs mettant en exergue certaines tares de société: ancienne entreprise exploitant ses employés jusqu'à les pousser dans leurs limites, sexisme d'un client et du patron de la supérette, tentative de viol, mépris de classe... Néanmoins, bien que devant s'éreinter dans deux petits boulots lui bouffant tout son temps, elle ne lâche jamais prise, ne baisse pas la tête, reste toujours sérieuse voire fière... tandis que le travail bénévole d'agent de probation est aussi un moyen pour elle de se sentir humaine, pour que sa vie ne se résume pas à travailler pour gagner de l'argent. On découvrira ici une sacrée femme dans son genre, une femme qui, même si elle a aussi ses moments de faiblesse et ses doutes, permet de bien véhiculer le portrait d'un travail mal connu par chez nous.

Ce travail d'agent de probation, on l'a déjà entrevu en France dans certains mangas, par exemple Fool's Paradise pour citer une série sortie récemment. Mais jamais il n' avait été le sujet premier, et les auteurs en éclairent plutôt bien les différents aspects, notamment l'aspect bénévole qui rend cette fonction d'autant plus impressionnante, et les aléas positifs et négatifs qu'elle peut engendrer, car il est évident qu'il faut être impliqué pour bien effectuer cette tâche loin d'être facile et où le doute peut vite s'instaurer. Dans une fin de tome d'ailleurs peu idéalisée, notre héroïne n'est pas loin de laisser tomber en se sentant quelque peu impuissante, mais c'est bien sur une note d'espoir que s'achève ce premier récit. C'est aussi un intéressant portrait de la condition de repris de justice qui nous est présentée, Jirô se voyant malmené, moqué, pris de haut par un certain personnage finalement largement plus détestable que lui. Enfin, au fil du volume, les auteurs poussent aussi à s'interroger sur la notion de justice et ses limites, que ce soit via le sexisme ordinaire que subit Kayo à la supérette, l'aspect pourri de la personne qui s'en prend à Jirô...

Visuellement, Tsukishima brille avant tout pour ses décors extrêmement présent, nous plongeant directement dans Enoshima, ses rues, son port, ses commerces, mais aussi au plus près des personnages et de petites choses du quotidien comme la préparation de repas, petites choses rapides mais dessinées et mises en scène avec méticulosité, si bien qu'on a facilement le sentiment d'être plongé dans un Japon authentique. Les personnages, eux, ont des traits tendant plutôt à l'épure, avec des trames venant renforcer sur leurs expressions. Il y a bien quelques petites irrégularités anatomiques ou des visages parfois un brin figés, mais rien de rédhibitoire, bien au contraire.

Du côté de l'édition, on trouve l'habituel grand format souple du Lézard Noir pour ce genre d'oeuvre récente. Le papier et l'impression sont excellents, et la traduction d'Aurélien Estager ne souffre d'aucune fausse note en nous immisçant bien dans le récit.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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