Rôdeurs de la nuit (les) Vol.1 - Actualité manga

Rôdeurs de la nuit (les) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 06 Febuary 2018

En cette rentrée, le catalogue des éditions Panini s'enrichit d'un nouveau manga issu du populaire magazine Shônen Jump. De son nom original Kimetsu no Yaiba, la série Les rôdeurs de la nuit a été lancée au Japon en 2016, et est la toute première série de la mangaka Koyoharu Gotouge, une femme qui a débuté sa carrière l'année précédente avec l'histoire courte Haeniwa no Zigzag.

Le récit nous plonge dans le Japon du début du XXè siècle, au début de l'ère Taisho (1912-1926), dans une campagne reculée où le jeune Tanjiro Kamado vit avec toute sa famille. Jour après jour, ce marchand de charbon effectue sa tâche, alternant entre virée au village voisin et quotidien avec ses proches. Une vie simple qui, soudainement et tragiquement, vole en éclats. La veille encore, un villageois l'a prévenu : dès que le soleil se couche, les ogres rôdent, alors mieux vaut éviter de traîner dehors la nuit, et bien verrouiller sa demeure, car ces dévoreurs d'humains y pénètrent volontiers. Bien qu'il n'ait jamais cru à l'existence de ces créatures, le jeune garçon accepte tout de même la proposition du villageois de rester dormir chez lui. Mais quand il rentre chez lui le lendemain, il retrouve toute sa famille massacrée. Seule rescapée : Nezuko, sa petite soeur si gentille, dont il ne tarde pas à découvrir qu'elle a été transformée en ogresse au contact de la bête ! La voici affublée de crocs et de griffes, le visage éteint, et capable de grandir en taille et en force... Seulement, la jeune fille ne semble pas être comme les ogres ordinaires : elle semble capable de résister à l'envie de manger des humains, comme en atteste sa réaction devant son frère qu'elle a failli croquer. Elle a gardé une sorte de conscience, qui laisse penser à Tanjiro qu'il existe sûrement un moyen de la guérir et de la sauver. Pour cela, le jeune garçon décide de s'engager sur la voie des pourfendeurs d'ogre...


Pour un premier volume, le récit suit un déroulement on ne peut plus classique : le malheur s'abat sur le jeune héros, dans l'espoir de sauver la seule famille qui lui reste il s'engage sur la voie qui lui permettra de remonter jusqu'à l'ennemi, mais avant d'en arriver là et de devenir un vrai pourfendeur d'ogre il devra suivre un entraînement très sévère aux côtés d'un maître... Cela dit, Koyoharu Gotouge semble clairement vouloir se débarrasser assez vite de cette étape aussi classique qu'inévitable, car l'essentiel de l'entraînement est déjà passé une fois arrivé au bout de ce premier tome, et il ne reste plus à Tanjiro qu'à accomplir l'ultime épreuve. Toujours concernant l'entraînement, on appréciera assez l'idée de l'autrice de l'aborder à la manière d'un journal où Tanjiro raconte lui-même les grandes étapes, qui lui occupent tout de même deux années de sa vie. C'est à la fois rapide et efficace : l'essentiel passe bien, sans traîner.


En revanche, l'un des gros problèmes, dans cette volonté de passer rapidement ces étapes d'introduction, c'est que la plupart des personnages restent terriblement creux et peu attachants. Bien sûr, on s'inquiète pour Tanjirô, et pour le sort de sa petite soeur, mais Gotouge évoque trop vite leur lien fort qui ne transparaît que par petites bribes par-ci par-là. Les autres personnages autour d'eux entrent en scène de manière trop machinale et un peu trop bien huilée, pile au bon moment, que ce soit le pourfendeur d'ogre du début ou le maître Sakonji Urokodaki. En revanche, la mangaka séduit un petit peu plus concernant deux autres personnages : Sabito et Makomo, deux jeunes gens venant en aide à Tanjiro pendant son entraînement, mais dont la réelle nature peut surprendre en annonçant un récit assez cruel et sombre.


Car cruelle et sombre, l'oeuvre le sera bel et bien, sans nul doute. On le comprend dès le départ avec le massacre de la famille de Tanjirô puis le sort dur de sa petite soeur, et par la suite Koyoharu Gotouge ne s'éloigne jamais de cette atmosphère un peu pesante : la situation est réellement dramatique, il n'y a jamais d'humour pour alléger un peu les choses, la présence de ces ogres se veut clairement inquiétante, et même s'il n'y a pas de gore (juste un peu de sang) les moments les plus violents ne sont pas occultés (y compris les cadavres croqués par les ogres ou des décapitations). Qui plus est, de par sa situation dans un Japon rural/montagneux/forestier du début de XXè siècle et la présence de ces créatures fantastiques inquiétantes que sont les ogres, le récit se pare d'une ambiance proche de celle d'un conte cruel et un peu horrifique, qui n'est pas du tout déplaisante. C'est d'autant plus étonnant pour une série sortie du Shônen Jump, un magazine qui n'était plus vraiment habitué à ce genre d'ambiance depuis plusieurs années (en attendant l'arrivée chez nous de The Promised Neverland chez Kazé Manga en 2018).


Il faut aussi dire que Gotouge a pour elle un style graphique intéressant. Pourtant, ses designs de personnages peuvent apparaître franchement laids sur le coup, notamment à cause de fronts assez grands parfois et d'expressions faciales un peu figées. Mais une fois qu'on s'y habitue, il y a beaucoup de qualités. Déjà, le trait s'éloigne pas mal des dessins du Jump qui sont souvent assez formatés pour ce magazine afin de plaire au plus grand nombre. Ici, il y a une réelle personnalité qui ne demande qu'à se bonifier, car des maladresses il y en a beaucoup (en plus des designs humains, on peut souligner des moments d'action qui ont besoin de gagner en limpidité côté mise en scène, et d'oser un peu plus côté découpage), mais derrière il y a surtout nombre de petites choses qui donnent envie de voir sur la longueur ce dont cette dessinatrice, dont la carrière n'en est encore qu'à ses balbutiements, est capable. On appréciera notamment ses décors très présents qui participent bien à l'ambiance,son choix d'utiliser très rarement des trames classiques sur les visages, ou l'originalité qu'elle s'ouvre pour le design des ogres, dont certaines capacités peuvent donne des choses étranges (l'un se fait pousser des bras sur sa tête séparée du corps, par exemple).


Enfin, en toile de fond, la mangaka parvient à distiller suffisamment d'éléments assez prometteurs sur les pourfendeurs d'ogres et sur leurs ennemis. On sait déjà qu'il n'existe que quelques centaines de pourfendeurs (tellement l'entraînement est dur, voire mortel), qu'ils ne sont pas reconnus officiellement par les autorités, et que nul ne sait qui est à leur tête, ce qui pourrait donner lieu à quelques intrigues plus tard. Côté ogres, on découvre par exemple que les seules façons de les tuer consistent à la décapiter de manière spéciale ou à les placer sous la lumière du jour qu'ils ne supportent pas (c'est bien pour ça qu'ils ne rôdent que la nuit...). Qui plus est, ils sont généralement beaucoup plus forts que les humains, leurs plaies guérissent presque instantanément, ils peuvent recoller leurs membres ou s'en faire pousser... Il y a donc quelques idées prometteuses aussi de ce côté-là, même si on sent que l'autrice tâtonne un peu au début via quelques incohérences (par exemple, étant donné que les ogres succombent sous la lumière du jour, pourquoi Nezuko ne meurt pas quand Tanjiro la retrouve au début ?)


L'édition française profite d'une traduction dans l'ensemble très honnête d'Arnaud Takahashi, d'une impression correcte et d'un papier assez souple. En revanche, la qualité de la reliure aurait pu être largement meilleure.


Au-delà de son déroulement très classique, de ses personnages pour l'instant un peu fades et de son style qui peut demander un petit temps d'adaptation, ce premier volume pose des bases intéressantes, que l'on espère voir se confirmer. En tout cas, il y a une ambiance, ainsi qu'une patte visuelle qui ne demande qu'à affirmer ses qualités, ce qui donne sans mal envie de donner une chance à l'oeuvre.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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