Rêveries d'Emanon - Actualité manga

Rêveries d'Emanon

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 20 January 2021

Chronique 2 :

Voici déjà quasiment trois ans, depuis fin janvier 2018, que les éditions Ki-oon ont entrepris de nous faire découvrir Emanon, série de romans aussi fascinante que culte de Shinji Kajio mais inédite en France, à travers sont adaptation manga par l'illustrateur de grand talent Kenji Tsuruta. Ce dernier étant passionné par ces romans et en ayant parfaitement cerné l'essence. Et après Souvenirs d'Emanon (sorti au Japon en 2008), Errances d'Emanon (2010) et Mirages d'Emanon (2013), l'éditeur français a donc proposé dans notre langue, en octobre 2020, le quatrième volet de cette série de one-shot... qui n'en est plus vraiment une, puisque Rêveries d'Emanon, sorti au Japon en avril 2018, ne peut être lu plus ou moins indépendamment contrairement aux trois premiers opus: il s'agit effectivement d'une sorte de suite directe de Mirages d'Emanon, au fil de laquelle le mangaka, comme il l'explique dans sa postface, s'applique à piocher aussi bien qu'il le peut dans les romans d'origine pour raconter l'histoire de manière chronologique (les romans d'origine ne l'étant pas).

Ainsi, ce quatrième opus nous invite à la découverte plus approfondie d'une héroïne plus ou moins nouvelle. "Plus ou moins" car, bien sûr, Eiko tout juste apparue dans la dernière partie de Mirages d'Emanon, a, comme le veut l'héritage de sa lignée, reçu à sa naissance tous les souvenirs du monde de sa mère, Emma, celle qui était jusque-là l'"Emanon" que nous suivions dans les précédents volumes. A l'instar de ses aïeules, Emma, en donnant naissance à sa fille, aurait dû perdre tous ses souvenirs et devenir une totale coquille vide... mais à force d'obstination, de persévérance, d'amour, son époux Ryozo a pu partiellement empêcher cela.

Rêveries d'Emanon nous propose donc de suivre les "jeunes années" d'Eiko, notre nouvelle Emanon, de 1980 quand elle est enfant, à 1990 quand elle est jeune adulte, en passant par l'adolescence en 1988. Keni Tsuruta ne change pas de cap dans son adaptation, en livrant encore et toujours le lecteur à une contemplation profonde, à travers des planches très poétiques, contemplatives, faisant ressortir le temps et la fascination suscitée par son héroïne via un dessin très fin, riche, photographique, et une atmosphère un brin éthérée et, justement, hors du temps. Les cases du dessinateur sont souvent grandes, voire très grandes, en pleines pages ou doubles-pages si nécessaires, et les textes se font régulièrement très discrets voire totalement absents. Mais ce n'est pas pour autant que la lecture défile forcément très vite: il faut observer en détails les dessins de l'artiste, prendre le temps de s'y égarer, car son langage est très visuel.

Quant à l'histoire elle-même, suivre Eiko, la nouvelle Emanon, dans ses jeunes années est vraiment intéressant. On découvre une enfant déjà à part, forcément, et loin d'être une élève normale à l'école où elle semble presque s'ennuyer, vu qu'elle a déjà en elle la mémoire du monde à travers toutes ses aïeules. Pour autant, quand bien même elle sait qu'elle devra vite quitter le nid, elle retarde l'échéance de ce départ inévitable, de cette séparation avec Emma et Ryozo. On entrevoit ensuite une adolescente bousculée par la soudaine irruption devant elle de Choichiro Kozuki, un garçon étonnant sur plus d'un point: il cicatrise instantanément, connaît les "choses", et se présente même comme le futur époux de notre héroïne, dans un futur qu'elle ne peut visiblement pas éviter. Et puisque l'on parle de futur, l'arrivée en 1990 marque des retrouvailles forcément captivantes entre deux êtres dont l'amitié dure depuis des milliards d'années. Et à présent, l'heure est venue pour Emanon de tenir une promesse faite il y a très, très longtemps...

Tsuruta gère vraiment bien les choses, car tout en raccordant certains éléments à des points entrevus dans les précédents volumes (ce qui donne facilement envie de tout relire), le parcours d'Emanon dans le présent opus permet de questionner encore bien des choses, notamment sur le temps, les liens entre passé et futur, le fait que l'avenir de notre héroïne semble déjà tout tracé... Car Emanon semble devoir, encore et toujours, parcourir le monde en en portant toute l'Histoire, toute la conscience.

"J'ai tellement de souvenirs de toi dans le futur..."

La lecture séduit donc beaucoup, une nouvelle fois... et sa plus grande limite réside alors dans une cruelle constatation: l'arrêt de cette adaptation au Japon. En effet, comme l'avoue Tsuruta dans sa longue postface, il a dû stopper sa lente mais appliquée version manga après 12 années de travail, pour des raisons qui ne sont pas précisées. Il est donc difficile, actuellement, de dire si Emanon reviendra un jour nous charmer en manga... Et si une part de frustration est forcément là, on se console en se disant que le mangaka a tout de même conclu une petite boucle avec ce volume, quand bien même pas mal de pistes restent plus ou moins en suspens.


Chronique 1 :

La saga Emanon est une œuvre de la littérature SF japonaise reconnue, mais nous ne pouvons en profita que pas l'excellente version manga de Kenji Tsuruta en France. Avec les trois premiers chapitres que furent "Souvenirs d'Emanon", "Errances d'Emanon" et "Mirages d'Emanon", c'est au tour du quatrième opus de nous être proposé aux éditions Ki-oon... Et peut-être le dernier. Après plusieurs années d'absence, le mangaka a dessiné ce qui pourrait être l'ultime volet de sa version manga puisque la parution a tout bonnement été interrompu. Difficile alors de dire si une suite nous sera ultérieurement proposée.

Au Japon, Rêveries d'Emanon a été prépublié dans la revue Comic Ryû de l'éditeur Tokuma Shoten, comme ce fut le cas pour les précédents épisodes. Chose étonnante, ce quatrième tome n'agit pas vraiment en stand-alone, comme ce fut le cas pour les volets précédents, mais est la digne suite de Mirages d'Emanon. Ainsi, nous découvrons Eiko, qui n'est autre que la fille d'Emma et de Ryozo, le couple qui s'est formé dans l'opus précédent. L'Emanon que nous avons toujours connue n'est plus, et sa conscience est passé en Eiko qui doit assumer son héritage et poursuivre le périple de ses ancêtres sur cette planète.

Rêveries est donc la suite directe de Mirages, aussi on peut être d'abord surpris de voir ce fil directeur s'être installé dans la série. Et ce n'est pas le seul puisque chaque petit arc du one-shot va finalement établir, plus ou moins, un lien avec les opus précédents. Kenji Tsuruta explique qu'il a puisé dans différentes histoires des romans pour en rétablir la chronologie au sein du manga, chose intéressante à savoir pour nous qui n'avons pas accès à l’œuvre d'origine. Ainsi, avoir en mémoire les événements des trois premiers opus est un plus puisque certaines pistes vont se croiser, et de menus détails de certains chapitres seront même développés. En somme, le mangaka livre ici le moins indépendant des volumes. Si jusqu'ici Emanon pouvait être lu sans prêter attention à une quelconque chronologie, c'est ici tout le contraire : Kenji Tsuruta semble vouloir remercier son lectorat et livre une sorte de point final, ou du moins cherche à boucler une certaine boucle en menant à termes quelques pistes. Tout n'est pas achevé, notamment la piste du frère qui reste teintée de mystères, tandis que l'auteur aborde même certains nouveaux concepts pour élargir davantage la vision de l'univers pensé par Shinji Kajio.

A travers le parcours d'Eiko, cette nouvelle Emanon déjà aperçue en tout fin de premier opus, certains épisodes précédents prennent une consistance nouvelle, ce qui donnera alors envie de reparcourir les volets précédents. Mais Rêveries ne se contente pas que de faire de l'intrigue puisqu'il reste fidèle aux orientations déjà dépeintes dans la saga. Emanon reste une œuvre contemplative, sublime grâce à quelques pages couleur, et concilie toujours les aventures solitaires de l'héroïne avec une certaine innocence pleine de poésie. Mais des intrigues plus soutenues viennent garnir le tout, chose qui donne une couleur particulière à ce quatrième tome. Il n'y a donc pas trop de scénario ici, Kenji Tsuruta ne tombant pas dans ce piège et créant une lecture toujours aussi envoutante qu'à l'accoutumée, mais aussi poignante tant elle est teintée à chaque chapitre de la mélodie des adieux.

Les mots de Kenji Tsuruta en toute fin de tome sont donc déprimants, peut-être même déchirants. Difficile de dire si nous pourront encore lire Emanon à l'avenir mais, pour un lecteur non préparé, le message nous sonne. Reste que le mangaka parvient à boucler une sorte de boucle avec ce quatrième épisode, aussi nous relirons la tétralogie en profitant d'un envoutement qui reste intact, ce grâce à un auteur qui a su mettre en dessin un voyage unique, celui d'une conscience qui ne disparaîtra jamais.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17 20
Note de la rédaction






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