Père Fouettard Corporation Vol.1 - Actualité manga

Père Fouettard Corporation Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 07 Décembre 2017

Quand il était enfant, Miharu Hino était fasciné par Noël et par la figure du Père-Noël, ce gros bonhomme tout de rouge vêtu et distribuant des cadeaux aux enfants. A présent, il a bien grandi ! Et à 22 ans, Noël, il est sur le point de le passer seul, sans copine ou amis, dans la supérette miteuse où il travaille. Sans diplôme, il supporte ce travail depuis déjà 3 ans en enchaînant les CDD, et en supportant un patron incompétent, un collègue (Kaisen) qui profite de lui, et des clients aux allures de cas sociaux. Et comme si ça ne suffisait pas, en cette soirée où il n'est pas loin de péter un câble, il va devoir payer les pots cassés de ses collègues à cause d'un tout petit vol de gâteau qui allait être jeté, énième imbécilité de la société de consommation moderne. Et celui qui va le punir n'est autre que... le Père Fouettard ?! Mais plus que le punir, le bonhomme va lui proposer une étrange aubaine. Avalé de force par le (gourmand) sac du Père Fouettard, Miharu, quand il en ressort, se voit proposer, pour la première fois de sa vie, un CDI ! Il y fait vite la connaissance de ses nouveaux collègues dont une jeune fille absolument ravissante, et quand la nouvelle de son nouvel emploi se répand il fait enfin la fierté de sa mère adorée qui a toujours cru en lui, et épate ses connaissances. Seuls petits hics : son nouveau job se trouve dans les locaux de la compagnie du Père-Noël, au fin fond du Groënland, et la "magie de Noël" s'apparente beaucoup plus à une usine multinationale sans scrupules qu'à autre chose...

Si l'on excepte Jeeg et Saitô le guerrier divin qui sortiront un peu plus tard aux éditions Black Box à plus petite échelle, Père Fouettard Corporation est la toute dernière nouveauté manga de l'année 2017, et on peut dire qu'elle arrive au bon moment puisqu'elle a pour point de départ la fête de Noël ! En France, on connaît déjà la mangaka Hikaru Nakamura depuis quelques années pour son grand succès Les vacances de Jésus et Bouddha, et ici l'autrice part un peu sur les mêmes bases : elle remplace les personnages religieux de Jésus et Bouddha par les figures plus magiques du Père-Noël, du Père Fouettard ou des lutins, pour au final toujours offrir un récit bien inscrit dans la modernité réaliste de notre époque, qui va jouer sur plein de petits vices de la société pour offrir une comédie aux petits oignons.

Imaginez plutôt : ici, la féérique entreprise du Père-Noël, tombée exclusivement aux mains du Père Fouettard pour certaines raisons que l'on vous laisse découvrir, n'a plus rien de féérique : il s'agit d'une bonne grosse multinationale, avec tout ce qui s'ensuit. Une mascotte de Noël qui est une statue du colonel de KFC (quand même un parfait symbole de réussite de la société capitaliste), des salariés bien payés mais ne vivant que pour l'entreprise (ils y dorment, se réveillent Noël, s'habillent Noël...), la fabrication des jouets qui a des allures d'usine avec travail à la chaîne où les lutins ont une manière bien à eux de construire les cadeaux, le système d'observation des enfants (pour voir s'ils sont sages ou non) qui a surtout des allures d'espionnage de la vie privée... Le véritable visage de Noël n'est pas franchement mignon, et la manière dont la mangaka l'a pensé fait très facilement sourire, voire un peu grincer des dents parfois !

Autour de ces idées, Nakamura accumule alors des choses qui renforcent bien le comique de son oeuvre. On pense en premier lieu au fait que le tout soit géré par le Père Fouettard, ce qui amène un petit lot de situations presque sadiques. Il suffit de voir le système de "témoin test vaurien", servant à analyser si les enfants pas sages seront suffisamment dégoûtés par leur "cadeau". Mais l'ensemble tire également bien partie de ce qui faisait déjà la grande force des Vacances de Jésus et Bouddha : une palette de personnages qui s'annonce assez savoureuse. Il y a bien sûr Knecht (le Père fouettard) lui-même, mais il est presque (malheureusement) discret par rapport à plusieurs autres. La mignonne collègue Shino, qui régale avec son double caractère (ne vous fiez vraiment pas totalement à son joli minois...) et son problème de poids, et dont on découvre déjà le passé. Teppei, l'autre collègue, beau gosse qui semble avoir toutes les qualités du monde. Le Père Bonnet, supérieur de notre héros qui cache un homme pas du tout aimable, aigri et à l'humour de vieux. Les lutins, absolument choupinous... sans oublier Miharu lui-même, assez savoureux dans son rôle. Il a beau trouver l'entreprise un peu malsaine, s'en prendre parfois plein la face et se faire exploiter de façon amusante, il ne peut se résoudre à en partir quand il voit que grâce à elle il fait enfin la fierté de sa mère et épate son entourage. D'autant plus que son rôle au sein de cette multinationale pourrait être promis à une place encore plus grande...

Visuellement, ça fonctionne bien. Nakamura tâtonne un peu au départ, pour finalement trouver ses marques assez vite. On retrouve un trait similaire aux Vacances de Jésus et Bouddha, qui joue surtout sur les personnages, leur design et leurs expressions régulièrement décalées (entre autres, les yeux souvent "ébahis" de Miharu).

En somme, la nouvelle comédie de Hikaru Nakamura, petit à petit, parvient à conquérir, à souvent faire sourire, grâce aux nombreuses idées d'une mangaka qui ne manque pas d'imagination. Il faudra peut-être être patient pour découvrir la suite (on semble partir sur un rythme d'un tome par an au Japon, sachant que le volume 2 est sorti en novembre dernier, et que la série vient de partir en pause jusque février 2018), mais pour une comédie de ce genre ça ne pose pas de problème.

Concernant l'édition française, le choix du titre (la série s'appelle Black Night Parade au Japon) peut d'abord sembler bizarre, surtout parce qu'il est étrange à prononcer, mais avec le recul il colle bien au contenu. L'éditeur a imaginé un joli logo-titre, qui s'intègre bien à la jaquette et qui s'avère bien moins envahissant que celui de la jaquette nippone. A l'intérieur, rien à redire concernant la qualité du papier et de l'impression en France chez Aubin, ni sur les choix de lettrage et le travail sur les onomatopées. Malgré quelques coquilles d'inattention qui auraient pu être évitées avec une relecture attentive, la traduction de Sarah Provost s'avère très plaisante, dans la mesure où elle adopte un langage qui fait suffisamment "parlé" et assez jeune sans en faire trop. Voila qui accompagne bien l'humour.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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