Nos c(h)oeurs évanescents Vol.1 - Actualité manga

Nos c(h)oeurs évanescents Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 26 May 2020

Chronique 2

Ayant connu le succès dès sa première série Nabari, shônen d'action surnaturel paru en France chez Asuka il y a 10 ans et qui fut adapté en anime, Yuhki Kamatani a ensuite fait son retour en France dans un tout autre registre aux éditions Akata avec le superbe Eclat(s) d'âme, tranche de vie aux petits accents surnaturels qui abordait avec une infinie poésie visuelle et narrative une part de la vie de plusieurs personnages LGBT, pour ce qui fut probablement l'un des plus belles lectures manga de 2018. Deux ans plus tard, il n'est donc pas forcément étonnant de voir Kamatani revenir chez Akata avec Shonen Note, série renommée dans notre pays Nos C(h)oeurs évanescents. Cette oeuvre en 8 volumes a été publiée dans le magazine Morning Two des éditions Kôdansha de 2010 à 2014, et il s'agit donc de la série que Kamatani a dessinée après Nabari et avant Eclat(s) d'âme.

Tout commence ici par 4 superbes pages en couleurs, laissant déjà souffler une vague de poésie, entre l'atmosphère printanière, le chant d'une chorale adolescente qui se fait entendre, et un jeune garçon qui pleure. Ce jeune garçon, il s'appelle Yutaka Aoi, et il est sur le point d'entrer au collège. Enfant hyper-sensible concernant les sons, il vit chaque bruit comme une véritable émotion et adore chanter. Si bien que, quand il entend la chorale de son futur collège alors qu'il est en repérage, il a le coup de foudre instantané: lui aussi veut chanter avec ces adolescents qui, bientôt, seront ses camarades de classe. Yutaka ne tarde donc pas à se présenter à la chorale, avant même que les clubs ne commencent à recruter en ce début de nouvelle année scolaire. Et, d'emblée, sa voie cristalline, d'ue incroyable pureté et d'une sincérité sans faille, captive son entourage... même s'il s'agit là d'une voix aiguë, le jeune garçon n'ayant pas encore mué. Qu'à cela ne tienne, ce talent pur sera soprano, parmi les filles du club, et quand bien même la chorale manque cruellement de garçons à l'heure où elle veut se fixer pour objectif un prestigieux concours. Pour lui, c'est le début d'une vie adolescente qui, sans nul doute, sera marquée par bien des rencontres, bien des amitiés, et biens des épreuves dont éventuellement la puberté.

A l'instar d'un film comme le célèbre Les Choristes, Kamatani prend donc ici le cadre d'une chorale pour croquer des portraits d'adolescents qui promettent d'être variés, à commencer par celui du jeune Yutaka, garçon tout à fait "atypique" auprès des autres, de part la pureté totale de sa voix, une pureté qui n'est l'extériorisation de son être: lui-même est un jeune garçon extrêmement pur, ayant un amour très sincère du chant et de façon générale des sons qu'il entend avec tant de sensibilité, et prenant bien souvent les choses avec pureté et positivisme, sans arrière-pensée négative, à l'image des quelques passages où, alors que deux garçons de sa classe se moquent de lui à cause de sa voix, il leur répond le plus purement du monde en cassant sans en avoir conscience leurs moqueries pour les leur renvoyer.

Ce garçon, apparaissant instantanément attachant de par ce qu'il dégage, acquerra forcément une place à part dans la chorale, avec à la clé des réactions assez diverses qui sont autant d'occasions pour Kamatani de mettre en place une palette de personnages variée. Du bon pote Tomoya à la toute mignonne et timide Ise, en passant par le sérieux président Betsuyaku, la "grande gueule" sévère Takamine qui semble d'abord mal accepter ce nouveau venu, les deux larrons moqueurs Tadokoro et Shibayama qui dévoileront une étonnant qualité, ou l'un peu lunaire et assez captivante Machiya, on se retrouve avec des jeunes à première vue assez classiques, mais qui ont tous un petit quelque chose, et que l'on se plaît à tous découvrir un petit peu, sans jugement, à travers ce héros positif.

On pardonne donc largement le côté assez classiques de ces différents personnages à la base, d'autant plus que sur la longueur ils devraient véhiculer pas mal de choses intéressantes sur la période adolescente et son côté formateur. D'ailleurs, c'est déjà un peu le cas, entre ce héros hyper sensible qui n'a pas toujours bien vécu sa très grande sensibilité, sera peut-être privé un jour de sa voix angélique par la puberté, et est très petit pour son âge, Machiya qui s'interroge sur des choses assez surprenantes, Tomo qui ne semble pas toujours super bien vivre sa très grande taille, Ise qui devra peut-être composer avec sa timidité, Takamine qui cache sans nul doute de très bonne choses derrière son premier abord sévère... Tous devront évoluer ensemble, et c'est d'ailleurs parce qu'il y a toutes leurs voix autour de lui que Yutaka aime être dans la chorale avec eux. Chaque voix lui semble unique, et par métaphore ont peut se dire que chacune de ces voix est une vie unique, que la chorale est la Vie, et que le choeur qu'ils forment est un coeur (du coup, le titre français de la série est vraiment bien trouvé). Reste à voir ce que la série donnera sur la longueur, notamment vis-à-vis de l'incompétent prof responsable du club, du dénommé Vladimir qui aura sûrement un rôle important, ou des perspectives supplémentaires qui s'ouvrent déjà pour Yutaka via Madame Ohashi. Mais dans l'immédiat, de par la multiplicité de ces jeunes adolescents différents mais vivant bien ensemble, on peut même se dire que Nos C(h)oeurs évanescents laisse peut-être déjà un peu présager de ce que sera Eclat(s) d'âme.

Et c'est aussi le cas sur le plan visuel, tant on retrouve déjà aussi, dès ce premier tome, le goût de Kamatani pour les designs profonds et précis, pour les décors très soignés et très présents, et surtout pour les assez nombreux moments de lyrisme visuel, passant notamment beaucoup par les mises en scènes surréalistes ou symboliques des moments où Yutaka "vit" totalement les chants et les sons en es comparant à diverses choses.

On attend donc de voir plus précisément ce que réserve l'oeuvre sur la longueur, mais dans l'immédiat, au-delà de ses personnages secondaires au premier abord classiques et pourtant très prometteurs, Nos C(h)oeurs évanescents s'annonce comme une très belle série, ayant déjà énormément de qualités visuelles pour elle, et promettant notamment un joli portrait de jeunes différents vivant ensemble ainsi qu'une potentielle tranche de vie forte autour de l'adolescente et de la puberté.

Concernant l'édition, en plus d'un logo-titre bien trouvé, la jaquette arbore un rendu fidèle à l'originale japonaise. A l'intérieur, on a droit à la bonne qualité d'impression et au papier épais qualitatif typiques du format Medium d'Akata, ainsi qu'à 4 premières pages couleur sur papier glacé. La traduction des onomatopées et les choix de police sont soignés. Et à la traduction, on retrouve le talentueux Aurélien Estager, qui était déjà à l'oeuvre sur Eclat(s) d'âme, et qui offre ici un travail très clair.


Chronique 1

Après s'être fait remarquer vers la fin des années 2000 aux éditions Asuka/Kazé avec Nabari, Yuhki Kamatani a fait un retour remarqué dans nos contrées, avec le poignant Eclat(s) d'âme chez l'éditeur Akata. Ce dernier montre aujourd'hui une volonté d'être fidèle à l'artiste, en proposant un titre paru au début des années 2010 au Japon : Nos C(h)oeurs évanescents.

Publié entre 2010 et 2014 au Japon (soit juste avant Éclat(s) d'âme) sous le titre Shônen Note, le titre fut proposé dans les pages du magazine Morning Two de l'éditeur Kôdansha, pour un total de 8 volumes. On notera que l'éditeur a choisi un titre un poil différent pour notre version francophone : gardant l'intention musicale avec la notion de « choeurs », mais apportant une certaine poésie en sélectionnant le terme « évanescents ». Un choix qui a du sens, mais nous y reviendrons...

Le jeune Yutaka Aoi vient de déménager, avec sa mère. Particulièrement addicte de musique, il souhaite intégrer la chorale de son nouveau collège, et part justement en repérage après sont inscription dans son nouvel établissement. Les voix qui résonnent émeuvent l'adolescent aux larmes, et pour cause, Yutaka est hypersensible. Plus particulier que ça : il a une voix de soprano, du fait qu'il n'ait pas encore mué. C'est donc aux côtés des filles qu'il souhaite pousser la voix, un choix qui étonnera ses nouveaux camarades dans un premier temps, mais tous seront bien obligés de constater que leur nouvelle recrue a un timbre et un talent impressionnants...

Avec ce premier volume de Nos C(h)oeurs évanescents, c'est à la comédie scolaire que s'attaque Yuhki Kamatani, un genre qui dénote grandement de Nabari qui était, à l'époque, sa série précédente. Ce premier tome développe donc le quotidien du jeune Yutaka, un collégien d'une extrême pureté, qui va voir son talent porté à travers plusieurs activités, tout en nourrissant une vie adolescente aussi épanouissante qu'ordinaire.

Car sur cette entrée en matière, le mangaka montre une envie d'équilibrer la dimension chorale avec un côté purement tranche de vie. Deux notions qu'ils convient de mettre en avant, puisque Nos C(h)oeurs évanescents cherche aussi bien à flirter avec le genre du shônen initiatique, remplaçant ici un quelconque sport par la chorale, et avec la chronique collégienne qui va dépeindre une poignée de personnages, leurs caractères comme leurs difficultés à coexister, par moments.

Et c'est tout un programme que Yuhki Kamatani entretient avec un grand talent. Car en parallèle à la progression de Yutaka au sein de la chorale, on prend un réel plaisir à voir décortiquée cette bande de camarades aux tempéraments variés, allant du bon copain de classe à l'amie distante, en passant par le studieux chef de club. Un casting évidemment sublimé par la présence du héros, un condensé de pureté et de positivité qui s'accapare notre attention comme notre sympathie dès les premières pages. Forcément, c'est avec la plus grande attention que nous suivrons le parcours musical de ce soprano en herbe.

Puis, nous en parlions en amorce de cette chronique, c'est tout un côté image que nous offre le mangaka, à travers ce premier opus. Sa mise en scène se tait parfois de tous textes, afin de davantage représenter la puissance des voix des choristes à travers de sublimes planches surréalistes, mais puissantes dans la poésie qu'elles dégagent. C'est une patte que nous connaissons chez Yuhki Kamatani, tant elle fut présente dans une de ses séries suivantes, Éclat(s) d'âme. Néanmoins, dans une série comme Nos C(h)oeurs évanescents, abordant un tel sujet central, il y a une belle cohérence dans le style, donnant aux élans de voix de Yutaka une douceur encore plus appuyée.

Du côté de l'édition, Akata nous offre un bien beau volume. Format medium oblige, nous avons droit à un joli pavé, garni d'un papier d'une belle épaisseur, et de jolies pages couleur en amorce.
La traduction est signée Aurélien Estager, qui livre un texte d'une grande sincérité, tout à fait en phase avec l'esprit du titre.

Le retour de Yuhki Kamatani aux éditions Akata ne déçoit donc pas. Happant, empli de douceur aux côtés de personnages attachants, et appuyé par quelques élans métaphoriques visuels, le premier tome de Nos C(h)oeurs évanescents confirme que l'artiste réussit dans de multiples registres, et nous livre déjà un début d’œuvre dont on attendra la suite avec une certaine hâte.
   

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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