Molosse (le)

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 23 September 2022

Chronique 2 :


Se poursuivant toujours au rythme stable d'une nouveauté tous les six mois, l'excellente collection des Chefs d'oeuvre de Lovecraft accueille, en ce mois de septembre, Le Molosse. L'ouvrage a beau être loin d'être le premier de la collection, il en est tout autre au Japon puisqu'il est paru en 2014, et est ainsi le tout premier livre que Gou Tanabe a proposé dans cette collection. Le mangaka était toutefois loin de débuter sur les adaptation de Lovecraft puisque, rappelons-le, il s'y était déjà attelé dans l'une des histoires de The Outsider, recueil paru au Japon en 2007 et en France chez Glénat en 2009. Et nous allons que, il y a 8 ans déjà, le mangaka se révélait excellent dans ses adaptation, au travers des trois histoires qui composent le présent ouvrage.


Le recueil débute sur l'histoire "Le Temple" qui, sur une soixantaine de pages, adapte la nouvelle "The Temple" écrite par Lovecraft en 1920 et publiée dans le magazine pulp Weird Tales en septembre 1925. On y suit les hommes d'un sous-marin allemand se trouvant en haute merde et qui, alors qu'ils sont chargés d'intercepter un paquebot, vont se confronter à des scènes de plus en plus étranges: des corps qui dérivent, un corps anglais qui dans l'eau semble guider les morts vers une destination inconnue... Sont-ce là de simples hallucinations, qu'ils auraient à force d'être isolés dans ce sous-marin ? Ils auraient peut-être pu le croire, jusqu'à ce qu'une explosion paralyse le sous-marin, et qu'une étrange sculpture d'ivoire ne commence à les obnubiler.


La deuxième histoire, également sur une soixantaine de pages et nommée "Le Molosse", adapte la nouvelle "The Hound", écrite par Lovecraft en 1922 et publiée en février 1924 dans le Weird Tales, elle aussi sur une s. On y suit deux hommes en recherche d'excitation, de choses hors du commun et extrêmes, à tel point qu'il se sont engagés dans la sordide voie des pilleurs de tombes. Adeptes de leur copie du fameux Necronomicon qu'ils lisent régulièrement, ils se lancent bientôt sur la piste d'une tombe en particulier, située en Hollande dans un cimetière à l'abandon depuis plus d'un siècle. L'une des rumeurs sur cette sépulture est particulièrement atroce: un pilleur de tombes aurait été déchiqueté par une bête monstrueuse inimaginable autrefois après l'avoir vandalisée. Et en pillant à leur tour la tombe, les deux compères vont vite comprendre qu'ils n'auraient peut-être pas dû. Une fois rentrés chez eux, des aboiements lointains et sinistres se font entendre, des ombres terrifiantes semblent apparaître... jusqu'à ce que le pire n'arrive.


Enfin, le temps d'une trentaine de pages, "La Cité sans nom" voit Tanabe adapter la nouvelle "The Nameless City" écrite en début d'année 1921, publiée en novembre de la même année dans le fanzine The Wolverine, et ayant son importance puisque c'est dans ce récit que Lovecraft évoque pour la première fois le nom d'Abdul al-Hazred. On y suit un voyageur qui, guidé par le Necronomicon, se dirige seul en plein milieu du désert vers une cité mystérieuse, qui semble dater d'une époque très lointaine avant même la naissance de la civilisation humaine, et dont tribus des environs évitent de s'approcher tant les rumeurs dessus sont sinistres. Qui donc a pu bâtir ces édifices aux matériaux insondables ? Bien qu'il soit isolé dans le désert, qu'une tempête de sable semble étrangement l'appeler, et que des rafales de vent gelées se lèvent en semblant venir de nulle part, le téméraire homme poursuit sa route jusqu'aux tréfonds de cette cité, au risque d'y découvrir des choses effroyables et inimaginables...


Entre les fonds marins, la Hollande et le désert, ces trois récits prennent place dans des lieux bien différents. Alors en réunissant ces lieux,c es histoires précises en un même recueil, Gou Tanabe nous fait bien sentir à quel point les menaces peuvent venir de partout sur Terre, et que nous autres hommes sommes peu de choses face à des choses impensables, inimaginables, insondables, qui nous dépassent totalement, face auxquelles on ne peut rien, et pouvant nous confiner à la folie, avec toujours l'ombre du Nécronomicon, de l'occulte et des autres frayeurs typique du romancier. C'est globalement ce qui arrive dans chacune de ces histoires où le mangaka, fidèle à l'écrivain d'origine, distille à merveille tous les petits éléments suscitant petit à petit toujours plus d'inquiétude, jusqu'à ce que l'impensable surgisse bel et bien devant les personnages. le tout, tandis que Tanabe, déjà à l'époque, excellait pour donner vie aux cauchemars du romancier, avec nombre de designs savoureux, de jeux fous sur le noir et les ombres, et de petites idées de mise en scène.


La qualité des adaptations des récits de Lovecraft par Gou Tanabe est donc une véritable constante: ce recueil a beau regrouper quelques-unes des toutes premières histoires que le mangaka a pu adapter, chacun des trois récits est à la fois bien respecté et sublimés par des visuels déjà saisissants.


Et comme toujours, on retrouve une édition française au top avec les habituels standards de qualité de cette collection: superbe couverture à effet cuir, reliure de qualité, papier bien blanc, épais et souple, excellente traduction de Sylvain Chollet, et adaptation graphique très propre de Clair Obscur.



Chronique 1 :


Avec le Molosse, nous voilà déjà au neuvième ouvrage proposant une adaptation de Lovecraft par Gou Tanabe, neuf livres éblouissants de qualité et d'horreur où deux maîtres de deux époques conjuguent leurs talents pour le plus grand plaisir des lecteurs!

Mais cette fois, il ne s'agit pas d'une œuvre majeure, ayant donné naissance à la légende de Lovecraft mais plutôt de trois histoires courtes, indépendantes, mais dans lesquelles on retrouve toutes les thématiques et les angoisses de l'auteur.

Trois histoires donc, n'ayant en commun que le fait que le personnage principal se retrouve seul face à l'horreur, trois lieux, trois pays différents, mais tout renvoie à la mythologie Lovecraftienne, les cultes oubliés, les anciennes cités, les anciens peuples étranges aux rites malaisants et infâmes!

Il est à noter toutefois que s'il s'agit du dernier ouvrage en date à sortir dans la superbe collection de Ki-oon, c'est aussi la première à laquelle Gou Tanabe s'est essayé. Et c'est avec tristesse qu'on peu constater qu'à ce jour c'est aussi la dernière qui ne nous est pas parvenu...ce sera donc très probablement la dernière avant un bon moment!


Au sommaire donc de cette anthologie de l'horreur et de l'étrange: "Le temple", où l'équipage d'un sous marin Allemand s'enfonce inexorablement dans les ténèbres des profondeurs marines; "le molosse" où deux dandys en mal de sensations s'improvisent pilleurs de tombes; et "la cité sans nom" où un archéologue découvre une antique cité cachant bien des secrets dans le désert Egyptien!


Lorsque j'ai découvert que les prochaines adaptations à venir de Lovecraft étaient ces trois œuvres en question j'ai, dans un premier temps pris le temps de les relire, et dans un second été particulièrement étonné que Gou Tanabe s'attaque des titres aussi courts et au final avec aussi peu de choses à dire (mais passionnantes malgré tout).

Et pourtant l'auteur fait une nouvelle fois un remarquable travail d'adaptation avec des choix judicieux tout en respectant au plus près le travail de Lovecraft!


Par exemple avec "Le temple", l'auteur change la temporalité du récit. Dans la nouvelle le personnage principal lit les pages de son journal qu'il écrit en se sachant condamné, ici Gou Tanabe fait le choix de raconter l'histoire au présent, alors qu'il aurait pu nous présenter le personnage rédigeant son écrit avant que les ténèbres ne s'emparent de lui, dévoilant en parti l'issue du récit et ensuite revenir sur les événements traversés. Ça ne change pas grand chose, mais cela permet de conserver une véritable tension montant peu à peu. Et si Tanabe ne cache pas les origines et les "croyances" du personnage principal, il va toutefois gommer son coté odieux et méprisant, se considérant comme grandement supérieur. La encore ça ne change rien au récit, ne contribue pas non plus spécialement à le rendre attachant (et je ne pense pas que c'était le but), mais ça le rend moins détestable.

De même il gomme la présence anormale des dauphins qui, s'ils sont bien présents, ne sont aperçus qu'une fois, alors que dans la nouvelle le personnage ne cesse de les voir. Peut être que l'idée ici était de supprimer le coté rassurant des dauphins afin de rendre la cité en elle même plus inquiétante.


Ce premier récit, le plus long des trois, est aussi le plus énigmatique, car seuls sont délivrés les faits observés mais ils ne permettent aucune conclusion, d'autant que c'est aussi le seul récit possédant une fin ouverte sur le devenir du personnage, ce à quoi Lovecraft lui même ne nous a pas habitué.

Et étrangement c'est peut être la seule nouvelle avec une approche renversée par rapport aux écrits habituels de Lovecraft! Alors qu'en temps normal, on suit la déchéance du personnage qui va tout faire pour sortir de la situation horrible dans laquelle il s'enfonce, espérant survivre, ici alors que la mort du personnage apparaît inéluctable, évidente et certaine, au final la conclusion laisse supposer que peut être cette lumière salvatrice peut l'épargner d'un destin funeste... étrange mais passionnant!


Le deuxième récit s'apparenterait presque à une histoire de vampires ou de loup garous, à des monstres plus classiques, nous éloignant des créatures anciennes et innommables auxquels l'auteur nous a habitué; et pourtant on retrouve bel et bien la patte de Lovecraft, sans parler de l'ambiance, les codes de l'univers sont là! A commencer par le célèbre Necronomicon! Ensuite on retrouve cette peur indicible d'horreur tapie dans l'obscurité.

Ici encore rien n'est fait pour rendre les personnages sympathiques ou attachants, c'est bien le dernier des soucis des auteurs; ici seul compte l'horreur de la malédiction qui s’abat sur deux pilleurs de tombes qui croyaient que leur érudition les sauverait et leur permettrait de commettre des actes innommables en toute impunité sans avoir à en payer le prix! Et on sait tous quel est le prix à payer chez Lovecraft: la peur, l'horreur et la mort...et pas forcément dans cet ordre!


Enfin, le récit le plus court et le plus classique du recueil, "la cité sans nom", nous fait explorer une cité antique, ne correspondant pas aux civilisations humaines, aux cotés d'un archéologue qui va peu à peu plonger dans l'horreur à mesure de ses découvertes!

Ici rien d'exceptionnel, rien de surprenant, mais cela reste incroyablement mis en scène par un Gou Tanabe au sommet de son art!


Un recueil passionnant, proposant trois histoires certes courtes mais prenantes et surprenantes, bien distinctes les unes des autres, permettant d'explorer plusieurs facettes de l'univers de Lovecraft. Moins passionnants évidemment que les titres plus importants comme ceux déjà publiés dans cette même collection, ces récits n'en sont pas moins excellents et se doivent de trôner dans votre collection!


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Erkael

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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