Master Keaton Remaster - Actualité manga

Master Keaton Remaster

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 09 October 2019

Directement après avoir bouclé leur superbe édition deluxe de Master Keaton, les éditions Kana ont eu la bonne idée de publier également, en janvier 2016, Master Keaton Remaster, sa suite. Suite qui, concrètement, a surtout des allures de petite friandise supplémentaire, puisque les auteurs initiaux Takashi Nagasaki et Naoki Urasawa ne l'ont fait duré que le temps de 8 gros chapitres de longueur assez variable, pour un unique volume papier de plus de 290 pages.

Initialement publiée au Japon entre 1988 et 1994, cette première grande fresque pour le célèbre Urasawa nous offrait une conclusion largement satisfaisante, en bouclant même certaines des pistes plus personnelles autour de son héros Taichi Hiraga Keaton. Dès lors, face à cette fin satisfaisante, les deux auteurs se devaient de trouver un angle intelligent pour justifier cette suite et relancer l'oeuvre, même le temps d'un seul tome, et sur ce plan-là ils s'en sortent très bien: cette courte suite a été conçue par le duo entre 2012 et 2014, dont environ 20 ans après la série d'origine. Fort logiquement, nos héros ont donc eux aussi quelque peu vieilli, en prenant précisément dix ans dans les pattes.

A la fin de Master Keaton, notre cher héros avait pris la décision d'abandonner son travail d'enquêteur pour se consacrer entièrement à l'archéologie... mais est-ce que, dix ans plus tard, cela l'a entièrement satisfait ? On ressent un Keaton parfois un peu perdu face à cette résolution qui ne lui a pas forcément apporté autant qu'il le pensait, si bien que quand des connaissances lui demandent un coup de main pour résoudre des enquêtes, il ne dit pas non, car même dix ans après sont esprit et son physique sont toujours assez affutés.

Replonger dans l'univers de Master Keaton en sachant que dix ans se sont écoulés depuis la fin de la série-mère (et cela, même si ce Remaster est sorti en France directement après la conclusion de l'oeuvre-mère), cela ne manque pas d'intérêt, en premier lieu parce qu'on se demande forcément ce qu'ont bien pu devenir les principaux visages de la série pendant ce laps de temps. En réalité, la réponse est assez simple: Keaton, malgré ses résolutions passées, reste fidèle à lui-même, et il n'en faut pas plus pour s'emballer face à ses nouvelles pérégrinations, d'autant plus que les deux derniers chapitres amènent quelques nouvelles petites informations sur une face du passé du personnage. Mais bien que Taichi soit le héros de Master Keaton, dans la série d'origine il n'était pas le seul à être récurrent et mis en avant, on se rappelle notamment de son truculent aïeul et de sa fille de caractère Yuriko. Ici, évidemment, on les revoit: l'aïeul reste lui aussi fidèle à lui-même malgré le temps qui passe ! Quant à cette chère Yuriko, on a l'occasion, essentiellement en filigranes, de voir un peu ce qu'elle devient, elle aussi conservant visiblement son tempérament. Néanmoins, on pourrait facilement regretter un petit peu de ne pas voir le rôle de ces visages secondaires un peu plus en avant dans cette suite, leur rôle restant très limité.

L'autre intérêt de cette courte suite dessinée près de 20 ans plus tard, c'est évidemment de voir ce que Nagasaki et Urasawa ont pu engranger d'inspirations dans notre monde pendant ce laps de temps. Entre 1994 et 2012, il s'en est forcément passés un paquet, des conflits, des problèmes géopolitiques, des découvertes archéologiques et autres choses, et le duo ne manque donc pas de matériau pour offrir des histoires surfant sur toute cette actualité. C'est globalement ce qu'ils font, en piochant ici et là dans le contexte de différents pays afin de nous faire voyager, aux côtés de Keaton, dans différents recoins du globe, pour de nouvelles aventures alternant assez bien entre enquêtes, résolution de meurtres, etc... La plupart des histoires proposées ici restent relativement classiques pour du Master Keaton, mais elles sont suffisamment diversifiées et intéressantes, et au moins on peut dire que l'esprit master Keaton reste totalement là.

C'est aussi sur le plan visuel que l'esprit Keaton reste bien présent. On dit souvent que le trait d'Urasawa traverse le temps sans connaître de rides, et ça se confirme pleinement ici: Remaster a beau avoir 20 ans de moins, on retrouve ici tout le master Keaton que l'on aime, sans gros changements hormis des traits qui se sont légèrement affinés. On reconnaît instantanément tous les personnages, légèrement vieillis mais ayant conservé tous leurs traits. La narration et le découpage sont d'une grande fluidité, les décors des différents coins du globe conservent toute leur importance et sont très souvent fidèles à la réalité... rien n'est négligé.

Au final, peut-être pouvait-on encore attendre un petit peu plus de cette courte suite, surtout concernant le rôle et le devenir de certains personnages secondaires, mais le charme opère à nouveau immédiatement, Nagasaki et Urasawa ne trahissant jamais leur série d'origine et offrant de nouvelles aventures un petit peu plus d'actualité par moments, et souvent réussies.

Bien sûr, l'édition est dans la droite lignée de celle de la superbe deluxe de Master Keaton, avec un grand format, un papier de haute qualité (aucun vieillissement du papier après avoir laissé ce tome traîner sur ma table de chevet pendant plus de 3 ans 1/2, c'est assez rare), une excellente impression, une traduction tout aussi bonne de Thibaud Desbief, et une jaquette magnifique avec ses nombreux éléments vernis et légèrement en relief.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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