Léviathan (Ki-oon) Vol.1 - Actualité manga

Léviathan (Ki-oon) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 06 January 2022

Annoncé brièvement dès décembre 2020, ensuite présenté en avant-première dans le Ki-oon Magazine numéro 3 début janvier 2021, et initialement prévu dans nos librairies à partir de septembre dernier, Léviathan débarque finalement aux éditions Ki-oon en ce tout début d'année 2022, après quelques reports. Nouvelle création originale de l'éditeur, cette série est prévue en 3 tomes, et est l'oeuvre de l'artiste japonais Shiro Kuroi qui n'en est pas tout à fait à son coup d'essai: il dessine également depuis 216 au Japon le manga surnaturel Hotel of the Underworld. A part ça, on sait qu'il a suivi des études de graphismes, qu'il aime les séries aux dessins fouillés (Nausicaä de Miyazaki et Akira d'Otomo sont parmi ses références), et qu'il a aussi travaillé au studio TOEI Animation (ce qui lui a inculqué la maîtrise des décors et des outils numériques) puis en tant que web designer.

Léviathan se déroule dans un futur lointain, et nous immisce dans un immense vaisseau spatial, le Léviathan, celui-ci étant à la dérivé, devenu complètement inhabité... normalement.

Quand trois pilleurs d'épaves s'y introduisent dans l'espoir d'y trouver des richesses, ils comprennent petit à petit, via le journal intime d'un collégien nommé Kazuma, que ce vaisseau a connu un drame des plus sordides: initialement vouée à rallier Proxima du Centaure à la Terre dans le cadre d'un voyage scolaire, l'embarcation a subi en cours de routes des explosions d'origine inconnue qui, en plus d'abîmer sa coque, l'a paralysé en plein milieu de l'espace. Entre les énormes difficultés à contacter les secours, les réserves d'oxygène limitées, et l'existence d'un seul caisson de survie de cryogénisation à bord, autant dire qu'une ambiance de lutte pour la survie angoissante s'est installée peu à peu parmi les deux seuls adultes enseignants et la vingtaines d'élèves, lutte prenant de plus en plus une tournure mortelle.

Bon, évacuons d'emblée l'unique petite crétinerie du récit: comment diable, dans un vaisseau à très (très très) longue distance et transportant plus d'une vingtaine d'enfants, peut-on se dire qu'il est suffisant de mettre un moyen de secours pour une seule personne, qui plus est un caisson de cryogénisation, alors que les technologies sont visiblement largement au point (faire un voyage entre Proxima du Centaure et la Terre, ça demande quand même un peu de moyens) ? Cependant, si l'on occulte ce détail, il faut bien avouer que l'auteur nous immisce, peu à peu, dans un huis-clos spatial angoissant qui, sans chercher l'originalité, est des plus prometteurs.

La recette est pourtant très classique, en particulier dans la personnalité des héros, chacun(e) correspondant plus ou moins à un certain poncif: les profs qui en viennent très vite à ne penser qu'à eux, l'adolescente solitaire et sinistre (celle s'affichant sur la jaquette) qui semble manipuler le naïf Kazuma pour garder le secret du caisson, le gros égoïste, le victime de brimades qui risque fort de profiter du chaos pour essayer de se venger de son tortionnaire, les trois soi-disant amies inséparables dont la relation s'effritera violemment à la première occasion, etc, etc... le tout jouant évidemment sur une donnée horrifique en particulier: ici l'angoisse ne viendra pas de choses sortant de l'ordinaire comme un monstre, mais bien des humains eux-mêmes, l'espèce humaine étant précisément capable de devenir monstrueuse dès lors que sa survie est en jeu et que l'angoisse prend le dessus sur le calme, l'entraide et la rationalité.

Classique, oui... mais pas moins efficace pour autant, surtout parce que Shiro Kuroi offre une copie visuelle parfaitement adaptée à ce type d'ambiance. Plus que l'horreur visuelle excessive (bon il y aura quand même forcément quelques morts violentes dès ce premier tome), le dessinateur s'applique à entretenir une atmosphère suffocante et malsaine, essentiellement grâce à son travail sur le cadre intérieur fermé du vaisseau, sombre, très détaillé via des fonds omniprésents et denses, et soigné jusque dans les combinaisons. un travail proprement immersif, qui doit aussi beaucoup à des designs de personnages qui se veulent tout aussi denses. Il y a pourtant plus d'une petite inégalité dans les visages, en particulier sur certains plans moins rapprochés, mais le mangaka est également capable de plusieurs vraies fulgurances via certains dessins très précis et très réalistes qui en mettent soudainement plein la vue. En somme, c'est perfectible mais ça se veut vraiment dense, et il y a donc sûrement une grosse marge de progression possible chez ce dessinateur qui, en gommant ses quelques petites carences, aurait de quoi largement impressionner encore plus.

La narration, elle, se veut également maligne, en jouant sur deux plans: tandis que dans le présent du récit on suit les trois pilleurs avancer peu à peu dans l'épave, la lecture du journal de Kazuma par l'un d'eux est le prétexte tout trouvé pour nous faire revenir en permanence dans le passé, au coeur du drame s'étant joué au sein du Léviathan. On pardonnera volontiers les transitions passé/présent peu soignées voire inexistantes car elles sont peu embêtantes, tandis que l'on appréciera le fait de savoir, d'emblée, qu'a priori une seule personne a pu survivre à la tragédie, et qu'elle se trouve sûrement encore dans le caisson... Mais qui ? Et qu'est-ce qui attendra exactement les trois pilleurs quand ils trouveront enfin ce caisson ?

En somme, Léviathan s'offre un premier tiers facilement prenant, où l'histoire classique a néanmoins de quoi convaincre et intriguer, et où le travail d'ambiance est vraiment prometteur. Il n'y a plus qu'à espérer que les deux tomes suivants sauront faire encore monter les choses d'un cran !

Et concernant l'édition française, on saluera en premier lieu le choix judicieux de proposer un grand format faisant honneur au désir de densité graphique de l'auteur, tandis que le bord des pages teinté de noir donne une idée de l'ambiance. La jaquette est sobre et soignée, tandis qu'à l'intérieur on découvre quatre premières pages en couleurs, un papier souple et sans transparence, une bonne qualité d'impression, un lettrage propre, et une traduction convaincante d'Alex Ponthaut.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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