Jizo - Actualité manga

Jizo

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 21 October 2020

Artiste hétéroclite, Antoine Dole, aussi connu sous le pseudonyme Mr TAN, exerce déjà ses talents depuis 13 ans. Auteur de plusieurs romans, il est également connu pour la très chouette BD Mortelle Adèle, et s'intéresse aussi depuis quelques années à la culture japonaise. Ainsi l'a-t-on vu s'essayer à la photographie de figurines nippones avec les ouvrages Nendo Stories, aux albums illustrés avec le très joli Les Jours Heureux chez nobi nobi!, et bien sûr au manga. Dans ce registre, sa première incursion, 4LIFE en 2018, était à la fois intéressant dans ses idées mais maladroit dans son développement et surtout dans sa patte graphique signée Vinhnyu (très caricaturale et qui ne collait pas au propos). Initialement prévu en mai dernier avant d'être repoussé à cause du confinement, Jizo est donc son deuxième essai dans le manga, et pour ce one-shot de 240 pages l'écrivain a collaboré avec une jeune artiste japonaise se faisant appeler Mato (à ne pas confondre avec la Mato ayant signé les tout premiers volets des mangas Pokémon - La Grande Aventure).

Jizo nous immisce auprès d'un petit garçon prénommé Aki, qui, en se réveillant dans un parc, a la surprise de voir que sa mère n'est plus là. Alors qu'il cherche à rentrer chez lui, il ne retrouve pas le chemin, et tout le monde autour de lui semble indifférent à ce qui lui arrive, quand les gens ne disparaissent pas soudainement des rues. L'enfant est totalement seul... à une exception près: la présence de Jizo, un garçonnet souriant qui semble le connaître et qui lui affirme qu'il va le guider et l'aider. Aki a beau avoir toujours appris à se méfier des inconnus, il suit d'abord Jizo, mais en vient parfois à douter de lui, d'autant que pendant ce temps, dès que l'obscurité s'installe et que les étoiles ne sont plus là, une effrayante vieille dame à l'allure de sorcière se met à pourchasser les enfants perdus pour les enchaîner, les emmener avec elle et les dévorer... Que cela signifie-t-il ? Pourquoi Aki est-il ignoré de tous les passants et ne retrouve-t-il pas sa maison et ses parents ? Et qui est réellement Jizo ?

Quand on s'intéresse un minimum à la culture japonaise, le nom de Jizo nous dit forcément quelque chose: omniprésentes au Japon où elles sont l'un des symboles bouddhiques les plus aimés, ces petites statues de pierres représentant des enfants rasés souriants sont dédiées à des protections bien spécifiques: celle des familles, et des enfants disparus dont l'âme doit être guidée vers la paix selon les croyances du Bouddhisme. A partir de là, il n'est pas très difficile, pour un lecteur un peu perspicace, de deviner la teneur du récit proposé par Mr TAN et Mato... mais ça ne l'empêche aucune d'être aussi captivant qu'émouvant à suivre.

En premier lieu, parce que l'écriture sensible, humaine et souvent poétique du scénariste est bel et bien au rendez-vous, et permet un abord du sujet aux multiples richesses et bien ancré dans une atmosphère nippone réussie qui ne se limite pas à la simple figure du Jizo, on en veut pour preuves les noms bien sûr, mais aussi le temple, les rues, ainsi que l'appel, via la vieille dame aux allures de sorcière, à la figure du démon si présente dans la culture japonaise elle aussi. Une atmosphère quelque peu horrifique est régulièrement présente via la vieille dame et ce qu'elle fait aux enfants, mais elle s'intègre bien à un rendu qui se veut également assez fascinant voire contemplatif dans son ambiance. L'auteur y fait appel à quelques symboliques classiques mais très belles, notamment autour de la dualité lumière/obscurité, et des étoiles qui brillent comme autant d'être disparus mais continuant d'être aimés, quelque part sur terre. Et le coeur du récit, la part la plus émouvante, provient précisément de cette question de l'amour familial, un amour qui perdure par-delà la mort.

Visuellement, Mato a fait un excellent travail. Tandis que ses décors (des photos retravaillées) des rues sont souvent saisissants et immersifs, ses designs enfantins assez ronds et doux apportent une atmosphère vraiment adéquate, et l'allure de la sorcière est réussie en pouvant susciter un peu d'effroi (sans en faire trop) au plus jeune public. On appréciera, enfin, l'allure offerte à Jizo et ses sourires, qui font très bien écho aux petites statues nippones.

Tour à tour hypnotique, horrifique, poétique, captivant dans ses empreints réussis à la culture nippone, Jizo touche là où il faut pour nous offrir un récit authentique, parlant d'amour et de mort avec autant de simplicité que de sincérité.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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