Je suis Shingo Vol.5

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 31 October 2019

Un nouveau coup dur vient de tomber sur la tête de la pauvre Marine: prise au piège des désirs de Robin qui, selon ses parents, a sans doute tout du jeune homme de bonne famille qu'il faudrait épouser, la fillette va devoir aller s'isoler à Chypre pour, normalement, soigner le mal délirant qui semble la ronger, et pour l'éloigner de l'Angleterre où les Japonais connaissent actuellement les pires choses. Mais amener l'enfant jusqu'à l'île méditerranéenne, est-ce réellement le but du jeune homme anglais ? Celui-ci est si obsédé par elle qu'il serait prêt à tout pour l'épouser et la posséder...
Quant à Shingo, depuis le bateau où il se trouve, il poursuit sa quête désespérée pour retrouver sa maman. Quitte à faire du mal aux autres sans avoir forcément conscience de ce qu'il est en train de commettre (et puis bon, les adultes s'en prennent à lui, donc il répond en prenant exemple sur eux). Et à manipuler toujours plus l'électricité, les ondes, les machines de tous type, jusqu'à ce que cela prenne des proportions si démesurées qu'elles pourraient impacter la terre entière...

"Je suis Shingo. Je suis la Terre."

C'est une plongée dans une folie cauchemardesque toujours plus grande que Kazuo Umezu nous propose. Une folie destructrice si ample qu'elle finit par revêtir des allures de plus en plus apocalyptiques, au fil d'un volume de 420 pages où le mangaka mène de front ses deux axes, ce qui se passe du côté de Marine et les actes de Shingo, tout en prenant soin de les connecter, de les faire ses répondre jusqu'à ce qu'ils se rejoignent réellement.

Si les nombreux excès de délires, de violence et de méta de volume 4 vous avaient déjà un peu décontenancés, ce n'est pas forcément cet avant-dernier pavé qui va vous rassurer: "Umezz" assumant son jusqu'au boutisme à fond, que ce soit d'un côté ou de l'autre. Dans des représentations visuelles quasi horrifiques toujours plus dingues et puissantes sous le trait noir et marqué de l'auteur, les mésaventures de la petite Marine prennent encore de nouveaux virages malsains, sous la menace d'un Robin qui ne le lâche pas, qui l'enlève, qui la séquestre, qui ne cesse de lui mentir pour essayer de la désespérer toujours plus et la faire sienne, allant jusqu'à lui faire croire qu'ils sont les derniers habitants de la Terre et qu'ils ont pour rôle d'être de nouveaux Adam et Eve à Jérusalem... Plus que jamais, Umezu confronte la figure enfantine à toute l'horreur dont sont capables les adultes. Et adulte, Marine ne veut définitivement pas le devenir, a peur de la devenir. Déjà présent depuis le début de l'oeuvre, le sujet de la confrontation et de l'opposition enfant/adulte n'a jamais été aussi prégnante en étant directement évoquée ici.

"A cet instant, l'enfance qui était en elle a pris fin, paraît-il."

Mais Umezu ne s'arrête pas là: il se fait un plaisir de brouiller toujours plus les pistes dans son récit où la folie cauchemardesque et psychédélique ainsi que la destruction règnent désormais en maîtresses. Marine croit tout ce que Robin lui dit sur l'état de la planète et de ses habitants... mais concrètement, où s'arrête réellement la frontière entre le réalité et les délires hallucinatoires de la fillette ? Umezu finit par laisser esquisser des éléments de réponses dans la dernière ligne droite du tome, mais sans trop en dire, en laissant toujours une part de flou, un flou qui parvient alors à justifier juste suffisamment tous les excès qu'il propose depuis le tome 4 voire le tome 3.

Et dans tout ceci, le parcours parallèle de Shingo, dans le plus total chaos, se poursuit, avec pour unique point de mire retrouver Marine, essayer de communiquer avec elle par les machines, tenter de la sauver par tous les moyens qu'il possède... A travers lui, les thèmes restent toujours aussi nombreux: la place des robots en société, les excès engendrés, l'apprentissage incomplet de la machine (ou, en tout cas, divisé entre ce que Satoru et Marine lui ont inculqué de bénéfique, et ce que les adultes lui ont montré de destructeur), etc... On peut interpréter tout ceci un peu comme on le souhaite, se triturer jusqu'à s'offrir sa propre vision, et c'est sûrement aussi ce qui fait l'une des forces de cette oeuvre-phare d'Umezu.

Même s'il faut reconnaître que l'auteur rallonge parfois la sauce sur certains points (notamment le passage de Robin et Marine dans le "désert"), le rythme et la tension sont toujours là jusqu'à en être hypnotiques et épuisants (dans le bon sens du terme), les grands moments de mise en scène sont toujours au rendez-vous (notamment cet étirement des quelques centièmes de secondes de temps vers la fin, à Jérusalem, un temps suspendu intense), et la série, à désormais un gros tome de sa conclusion, reste marquante à souhait.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction






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