Incandescence Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 29 June 2020

Découverte et remarquée en France en 2016 chez Casterman avec la toute première série de sa carrière, le très intéressant Monde selon Uchu, Ayako Noda a effectué en ce mois de juin son retour dans nos librairies, cette fois-ci chez Le Lézard Noir avec Incandescence. Prépubliée au Japon dans les magazines Hibana et Ura Sunday de Shôgakukan de 2015 à 2018 sous le titre Sennetsu (littéralement "chaleur latente", le titre français est donc bien choisi), cette série en trois volumes a quelque chose captivant dès sa couverture, avec cette silhouette féminine jeune, frêle et qu regard incertain sur laquelle vient se plaquer un peu brutalement une main ornée d'une cigarette.

La silhouette en question, il s'agit de Ruri Okazaki. Désormais étudiante après avoir passé toute sa scolarité dans des établissements scolaires exclusivement féminins, cette douce et jolie demoiselle à l'allure chétive n'a jamais connu l'amour et ne s'y est même jamais vraiment intéressée. Pourtant, dans la supérette où elle travaille depuis peu afin de financer ses études, un homme d'âge mûr commence à l'intriguer. Tous les jours, il vient acheter ses deux paquets de cigarettes, toujours auprès d'elle. Son allure austère et son premier abord a priori gentil semblent l'intriguer, si bien qu'un jour de pluie, elle se décide enfin à lui parler et à se faire raccompagner en voiture. Quelque chose commence à l'attirer irrémédiablement chez cet homme largement plus vieux qu'elle, tandis qu'elle cherche à le découvrir jusque, peut-être, dans ses facettes les plus sombre. Car Nosegawa, puisque c'est son nom, semble être un yakuza, bien plus fougueux qu'elle ne le pense...

Histoire d'amour naissante où une jeune femme douce, passive et inexpérimentée qui sort à peine du lycée s'entiche d'un homme sombre ayant quelques décennies de plus qu'elle, Incandescence semble venir s'inscrire dans un registre à la fois assez classique et un peu sulfureux. Classique, car des histoires d'amour de ce type on en a déjà vues, quand bien même Noda l'inscrit dans une certaine modernité via le cadre, l'abord et la différence d'âge. Et sulfureux, car il y a cette différence d'âge pouvant éventuellement gêner, mais surtout car il y a une chose ne pouvant que déstabiliser l'entourage de Ruri (enfin, surtout Tomo, son amie de toujours): qui est réellement Nosegawa. Et c'est en grande partie grâce à ce dernier aspect que l'oeuvre de Noda tire son épingle du jeu, car l'autrice a une façon bien à elle de le dépeindre.

Une façon que l'on pourrait qualifier d'à la fois sensible et presque douce parfois, et de plus brutale à d'autres moments. En même temps que Ruri ou que son amie Tomo, on apprend à découvrir en Nosegawa un homme particulièrement complexe à cerner. D'apparence austère mais toujours poli quand il vient acheter ses paquets de cigarettes, il dégage aux yeux de la jeune fille quelque chose de gentil voire, peut-être, de rassurant. Mais tout au long du volume, d'autres éléments viennent dire le contraire: sa façon de rire quand Ruri lui dit qu'il est gentil, sa voiture de mafieux, son étonnant entraînement à la batte dans son bureau, nombre de petites phrases assez ambiguës (notamment quand il dit à Ruri "Qu'elle est mignonne", ces gestes parfois plus bruts... Puis tous ses aspects plus ambigus, en non-dits, laissent place aussi à d'autres choses: il est marié et a un gosse mais sa situation familiale semble loin d'être idéale en grande partie par sa faute, il fume comme pas deux, il fréquente des bars à hôtesses, il est capable de s'énerver très violemment... Pas forcément le portrait de l'homme idéal tel qu'on le voit souvent, surtout si on ajoute en plus son âge.

Et pourtant, Ruri se sent irrémédiablement attirée par lui, de plus en plus. La sage jeune fille a envie de mieux connaître le vieux bad boy, de se rapprocher de lui. Et en cela, cette demoiselle facilement attirante a de quoi captiver de par sa manière d'aborder son premier amour. Car quand bien même Tomo la met en garde sur plein de choses le concernant et veut l'éloigner de lui, quand bien même le fils de Nosegawa dit lui-même que c'est un sale type avide de minettes, Ruri affirme de plus en plus son attirance pour lui, ne veut laisser personne lui dire quoi penser ou quoi faire, personne décider pour elle et lui dire si c'est mal ou non, car c'est son choix. Et cela, elle l'affiche avec une pureté qui frappe très juste.

En résulte donc un premier volume assez captivant, d'autant que la patte visuelle de Noda est toujours aussi signée, que ce soit pour ses décors crédibles ou pour ses silhouettes et expressions peines de sensibilités variées. Aussi incandescents que les cigarettes que fume Nosegawa, les sentiments de Ruri s'éteindront-ils prématurément, se consumeront-ils entièrement, ou brûleront-ils inexorablement ?

L'édition française est dans les standards du Lézard Noir: grand format sans jaquette, papier de qualité alliant souplesse et absence de transparence, bonne qualité d'impression, choix de police soignés, et traduction enlevée d'Aurélien Estager qui n'a aucun mal à coller aux personnages et à l'ambiance.
    

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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