Holiday Junction - Actualité manga

Holiday Junction

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 14 Juin 2018

En 2017, Le Lézard Noir nous charmait en nous faisant découvrir le mangaka Keigo Shinzo et son Tokyo Alien Bros. Sans doute l'une des nouveautés manga les plus intéressantes de l'année pour son sujet, sa mise en scène et son immersion dans Tokyo et dans la civilisation humaine par le regard de deux frères extraterrestres. Fort heureusement, l'éditeur poitevin ne compte pas laisser ce jeune et brillant auteur en plan et, après l'avoir invité au dernier Festival d'Angoulême, compte publier deux de ses one-shot en 2018. En attendant L'auto-école Moriyama-chû plus tard, le premier des deux vient de paraître, et il s'agit de Holiday Junction, un recueil qui nous permet de découvrir Shinzo dans le registre des histoires courtes.


Paru au Japon en juillet 2016, Holiday Junction est en réalité le deuxième recueil d'histoires courtes de Keigo Shinzo, après Taifû no Hi (inédit en France à ce jour) en 2012.


Au programme de ce livre de 200 pages, 7 histoires courtes variant entre la vingtaine et la quarantaine de pages, et qui furent publiées en magazines entre 2014 et 2016. 6 d'entre elles furent publiées chez l'éditeur Shôgakukan (dans les magazines Ikki, Big Comic Original, Weekly Big Comic Spirits ou Monthly Spirits), et la 7è dans le célèbre Manga Erotics F d'Ohta Shuppan.


Une partie de tennis entre deux amis, les moments ensemble d'un frère de 30 ans vendeur de vélos et de sa soeur mangaka de 26 ans dans leur petit studio, un jeune homme faisant une sortie une journée avec une fillette précoce et déstabilisante, un couple qui continue ses ébats pendant que Godzilla sévit en ville, un vieil homme qui se prend de sympathie pour une jeune femme venant pêcher à côté de lui alors qu'elle n'y connaît pas grand-chose, un jeune garçon qui donne tout au triathlon pour ses parents, une année de vie d'un chat domestique auprès de son maître quel que soit l'état de celui-ci... Les 7 histoires ont pour point commun une chose: les liens entre-deux ou quelques êtres humains (toujours des humains, sauf dans l'histoire du chat). Qu'ils existent déjà depuis un moment (les amis jouant au tennis, le couple s'ébattant malgré le passage de Godzilla, le frère et la soeur...) ou qu'ils se créent (le jeune homme et la fillette, le vieux pêcheur et sa voisine...), ces liens sont, à chaque fois, un peu le départ de tout, et vont prendre des tournures très différentes. Il s'agit souvent pour Shinzo de simplement croquer un moment de vie commune, mais la finalité pourra varier et, surtout, résonner différemment selon la sensibilité de chacun. Le premier récit est notamment un régal de mise en scène pendant le moment de tennis, certains angles rappelant même le Ping Pong de Taiyô Matsumoto. L'histoire avec Godzilla amusera pour l'aspect décalé de la situation, et l'histoire des pêcheurs intrigue tout doucement pour le lien qui se crée et pour le regard que porte le vieil homme sans rien en dire. L'histoire la plus déstabilisante est, à coup sûr, celle de la sortie du jeune homme avec la fillette de CM2, tant celle-ci, en plus d'être très jolie, est précoce, attire l'attention de tous, et a parfois un comportement si trompeur que le jeune homme n'est pas loin de commettre le pire. Et le récit qui remue le plus est peut-être bien celui-ci centré sur ce chat qui, même quand son maître est mort, continue de vivre sa vie parfois comme si de rien n'était et en allant voir ailleurs, mais en revenant toujours là où est son maître. Dans ce dernier récit, Shinzo nous fait vivre les choses au plus près du chat, où les "miaou" sont plus présents que les paroles humaines, et en créant un mélange d'atmosphère assez unique (entre autres, le corps du maître qui se décompose dans le studio confiné, pendant que le chat s'interroge, mange, vadrouille...).


Dans chaque histoire, on peut dire que le mangaka brille par sa manière de capter des petits éléments qui font vraiment ressentir les choses et les petits non-dits des personnages. Les dialogues sont justes et n'en font jamais trop, le trait laisse deviner les petites choses que les personnages n'avouent pas, et il y a finalement quelque chose de très vrai dans toute cette peinture de gens ordinaires.


Servi dans les habituels standards de qualité de l'éditeur, Holiday Junction est un recueil de qualité, qui permet d'apprécier les différents talents de Keigo Shinzo sur des formats plus courts.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction






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