Girls' Last Tour Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 07 Febuary 2020

Après une première année d'existence faite de bonnes petites trouvailles, les éditions Omaké Manga ont visiblement décidé de monter d'un cran en 2020, leur première nouveauté manga de l'année étant une série à la réputation très flatteuse. Finie en 6 tomes, publiée au Japon de 2014 à 2018 sous le nom Shôjo Shûmatsu Ryokô sur le site Kurage Bunch des éditions Shinchôsha, Girls' Last Tour fut la toute première série longue du mangaka Tsukumizu, et lui a permis d'empocher quelques belles récompenses, notamment en 2015 le prix "Kono Manga wa sugoi", et en 2019 le prix Seiun récompensant les oeuvres de science-fiction. Et il n'est pas impossible du tout que son nom vous dise déjà quelque chose, puisque le manga a connu en automne 2017 une excellente adaptation série animée produite par le studio White Fox (Re:Zero, Goblin Slayer...), qui fut diffusée dans notre pays par la plateforme Wakanim.

Girl's Last Tour repose sur un concept finalement assez simple: nous voici plongé dans un futur post-apocalyptique, où toute trace de vie humaine voire animale semble avoir quasiment disparu, suite à des catastrophe dont l'origine est sans nul doute humaine: guerres, pollution... Dans ce monde où ma civilisation telle qu'on la connaît est désormais éteinte, errent deux jeunes filles: Chito, la brune intelligente réfléchissant pas mal et tenant un journal de bord, et Yûri, la blonde réfléchissant peu, ne s'embarrassant pas de ce qu'elle juge superflu (comme la mémoire, qui selon elle empêche d'avancer), ne sachant pas lire (difficile d'apprendre, dans un tel monde), et ayant souvent une arme à portée de mains. A bord de leur kettenkrad, autochenille qu'elles ont elles-mêmes confectionnées selon des plans qu'elles ont pu trouver, elles parcourent ce monde éteint, allant de ruines en ruines, des vestiges de civilisation en vestiges, sans but précis hormis celui de survivre en trouvant de quoi manger et dormir dans de bonnes conditions.

Tsukumizu nous offre avant tout un manga d'ambiance, où suivre le lent périple de Chito et Yûri devient facilement fascinant. Ce périple, il est souvent assez silencieux: pas de cris, pas de conversations hyper longues, pas de brouhaha, juste des onomatopées souvent bien placées pour accentuer l'atmosphère (ne serait-ce que le kettenkrad quand il fonctionne), et les paroles assez brèves des deux jeunes filles qui. Une économie de paroles et de sons permettant d'accentuer l'aspect contemplatif, au fil duquel on suit essentiellement les errances de ces deux héroïnes dans un monde éteint que l'on se plaît à observer. Bâtiments abandonnées, grandes structures, routes, tuyaux d'évacuation... Chito et Yûri se faufilent un peu partout avec leur véhicule, en se demandant à quoi telle chose pouvait bien servir ou si telle chose (ne serait-ce qu'un poisson) est comestible, en tentant de puiser dans leurs quelques documentations pour trouver des repères (par exemple, elles n'ont jamais vu la mer, mais en ont eu vent dans un livre que Chito a lu)...

Ce qui est alors fascinant ici, c'est de suivre ces deux demoiselles en train de découvrir des choses souvent éteintes ou devenues inutiles, qu'à notre époque on ne connaît que trop bien voire sont indispensables, comme l'électricité. De quoi relativiser sur ce qui fait notre monde actuel, d'autant plus que ces deux filles sont rarement les dernières pour s'interroger quelque peu sur leurs observations. Comment vivaient leurs ancêtres ? Quel avenir les attend ? Quel sens donner à son existence dans un monde où l'on se contente de survivre ? Cette dernière interrogation est enrichie dès ce premier tome par leur première rencontre avec un autre humain, Kanazawa, qui a décidé de cartographier tout ce qu'il observe essentiellement pour avoir un but dans la vie. Il le dit lui-même: sans ses cartes, il pourrait bien mourir vu qu'il n'aurait plus d'objectif.

L'univers de Girl's Last Tour est donc post-apocalyptique, donc, les signes de vie y sont rares, et les questionnements existentiels y sont présents en filigranes. Et pourtant, pas d'univers pessimiste ou réellement hostile en vue: ce qui démarque ce manga de bon nombre d'autres oeuvres SF/futuristes/post-apo, c'est vraiment ce parfum de contemplation inédit, où, à travers les découvertes faites par Chito et Yûri, le lecteur, lui, redécouvre sa civilisation actuelle désormais éteinte. Et les découvertes des deux filles se font par un prisme très naïf: elles observent, découvrent, tout simplement, comme si elles venaient de naître et d'être projetées dans ce monde (d'ailleurs, quelles sont exactement leurs origines ? Mystère). Un aspect que le style visuel de l'auteur sert très bien, puisque si ses décors de civilisation éteinte sont souvent amples et bien conçus, le reste se veut un peu plus relâché: le design tout simple des héroïnes (bouilles toutes rondes avec une économie de traits, quasiment pas de nez dessinés, peu de trames pour approfondir leur physique, expressions très simples...) contraste à merveille avec ces décors, les trames restent claires et assez simples, il y a souvent un côté esquisse/croquis, régulièrement l'auteur fait des hachures irrégulières telles que les ferait un enfant... En somme, tout est fait pour renforcer le côté naïf.

Assez unique en son genre, le manga de Tsukumizu éveille donc en nous pas mal de sentiments bien différents de ce qu'on a l'habitude voir en post-apocalyptique. Si l'anime avait déjà pour lui une atmosphère particulièrement réussie que la bande-son renforçait très bien, le manga d'origine s'annonce lui aussi à la hauteur de sa réputation, en développant d'emblée, sous le trait à la fois riche et naïf du mangaka, une poésie contemplative également propice à quelques réflexions sur l'existence et sur notre place dans ce monde.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
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