Everyday is a Good Day - Actualité manga

Everyday is a Good Day

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 18 November 2020

Employé tout ce qu'il y a de plus ordinaire, Toki vit toutefois, depuis un an, avec le deuil de sa soeur jumelle, qui a laissé derrière elle un tout jeune petit garçon que leurs parents ont pris en charge. Notre héros, lui, a tendance à se rendre régulièrement dans un bar le soir après son travail, notamment pour y épancher ce décès qu'il peine encore à digérer... Et c'est dans ce bar qu'il croise la route de Chihiro, une vieille connaissance de quelques années auparavant, qu'il n'avait pas revue depuis 5 ans, et à qui il avait même, pour la toute première fois de sa vie, fait son coming out à l'époque. Chihiro, lui, avouera assez vite n'avoir jamais oublié Toki pendant ces 5 années, et rapidement les deux hommes se sentent attirés l'un par l'autre... mais c'est sans compter une donne soudaine: pour quelque temps, Toki va devoir garder son tout jeune neveu Asahi, le petit garçon étant encore traumatisé par la disparition de s amère, au point d'en être devenu quasiment muet. Mais qui sait, peut-être que le temps passer ensemble va permettre à l'enfant, à Toki et à Chihiro de repartir de l'avant, chacun d'eux conservant en lui de douloureuses blessures.

Aux côtés de J'en croque pour toi ! qui est sorti en même temps début novembre, Everyday is a Good Day voit les éditions Akata continuer d'étendre à d'autres genres leur recherche d'oeuvres ayant des choses à véhiculer, puisque cette histoire d'un peu plus de 150 pages a été initialement prépubliée au Japon dans un magazine catalogué boy's love, à savoir le Gush des éditions Kaiosha. Mais que celles et ceux qui auraient alors déjà envie de fuir s'arrêtent, car il n'y a rien d'explicite ici, tout au plus une page vite fait en toute fin d'ouvrage, et encore elle reste très soft pour le genre. C'est même un peu étonnant de la part du Gush qui est habituellement un magazine réputé pour être "rentre-dedans", mais, à l'image de bien d'autres titres de ce genre encore bien trop souvent catégorisé "érotique" par des préjugés, Everyday is a Good Day se révèle totalement accessible et porteur de sujets essentiels autour du deuil, de la famille et plus globalement du besoin de repartir de l'avant.

Si, du fait de sa brièveté, le récit va plutôt à l'essentiel, il propose trois personnages centraux assez vite touchant dans le deuil qu'ils doivent tous affronter. Chihiro a perdu sa grand-mère qui était son principal repaire dans la vie, si bien qu'à présent il a le sentiment d'être inutile, de ne pas avoir de but dans son existence, voire de n'avoir plus personne. Toki, lui, est toujours dans le deuil difficile de sa soeur, tandis que le petit Asahi a forcément vécu comme un traumatisme la disparition soudaine de sa maman, lui qui est encore trop jeune pour tout en comprendre s'étant forcément senti comme abandonné. Mais de fil en aiguille, cette quasi existence à trois va tout simplement permettre à ces trois êtres de réapprendre à vivre, ce qui passe par différents petits moments de vie passés ensemble, que ce soit un passage au zoo ou une fête par exemple. Bien sûr, il y a des doutes, surtout en Toki qui ne sait pas forcément comment s'occuper d'un enfant: n'aurait-il pas mieux valu le confier à quelqu'un d'autre, pour son bien ? A ses côtés Chihiro a un rôle bénéfique en l'épaulant et en s'attachant lui aussi au petit garçon, au point de retrouver en lui le sentiment d'être utile. Quant à l'enfant, on le découvre avec bienveillance au travers du regard en doute mais aimant de Toki. On cerne un petit garçon encore meurtri, au point de peiner à parler et de pleurer en dormant, mais qui prend (peut-être trop ?) sur lui par peur d'être encore "abandonné". La mangaka offre des comportements enfantins crédibles et touchants, jusqu'à un final où sa difficulté à parler devient, en s'effaçant, le symbole de sa reconstruction. Par ailleurs, on se demande si le surnom de l'enfant, "Appi", est volontairement ressemblant au mot "happy", ce qui métaphoriserait joliment son bonheur à retrouver malgré les difficultés que la vie a placées devant lui dès son plus jeune âge.

Mangaka en tout début de carrière professionnelle (sorti au Japon en 2019, Everyday is a Good Day fut seulement sa deuxième publication papier), Noeko Nishi offre un style graphique assez classique mais bien adapté au récit. Les designs sont soignés, Asahi a une frimousse adorable et, surtout, l'ensemble baigne dans une ambiance douce et bienveillante qui fait du bien.

L'édition, elle, est très satisfaisante : papier bien épais, bonne impression, lettrage impeccable et jaquette soignée de la part de Tom "spAde" Bertrand (avec un logo-titre bien plus beau que celui, trop envahissant, de la jaquette japonaise), traduction très claire d'Alexandre Fournier, et première page en couleur.

Bonne pioche, donc, pour les éditions Akata qui s'engouffrent ici dans le boy's love en trouvant un titre tout public et aux thématiques pertinentes, de ceux montrant assez bien la diversité du genre. On aurait certes aimé que l'oeuvre soit un poil plus longue, mais l'essentiel passe bien et Noeki Nishi évoque son sujet avec réussite.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction






MN Actus
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