Demeure de la chair (la)

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 26 November 2013

Si Kazuichi Hanawa a déjà vu publiées en français plusieurs de ses oeuvres, nous offrant ainsi un joli panel de la variété que l'auteur a acquise au fil des années, il manquait pourtant toujours dans notre langue une époque-charnière dans la carrière de l'auteur. Le mal est désormais réparé grâce au Lezard Noir, qui nous amène sur un plateau la Demeure de la Chair, un recueil d'histoires courtes datant toutes du début des années 70, au début de la carrière de Hanawa, à l'époque où il exerçait plutôt dans le genre spécifique de l'eroguro.

C'est donc du Hanawa très ancien que l'on découvre ici, et cela se ressent bien pendant la lecture, où l'on découvre de nombreuses histoire courtes pas très profondes et qui donnent parfois l'impression de ne pas être totalement abouties, mais qui ont toutes pour intéressant point commun de mettre en scène des femmes qui, pour une raison ou une autre, vont sombrer, voire faire sombrer avec elles d'autres personnes. Humiliées, torturées, séquestrées, contraintes de s'abaisser aux pires horreurs pour s'en sortir, jouets du destin ou de conflits autour d'elles... Autant de situations coinçant les femmes dans diverses formes de malheur : envies de vengeance les poussant à laisser exploser leur cruauté et parfois à s'enfermer dans une spirale infernale, chute psychologique, mort annoncée avec impossibilité de s'échapper... S'il n'y a finalement rien qui apparaît unique puisque bon nombre de titre eroguro disponibles en France ont réutilisé ces recettes depuis, il faut souligner l'imagination d'un auteur qui, dès ses premiers travaux, a su varier constamment les situations qu'il mettait en scène, n'hésitant pas à aller assez loin en narrant tortures, humiliations et actes sadiques de façon assez poussée, sans pour autant tomber dans la gratuité visuelle, et également en distillant plutôt habilement de petites notes d'humour noir.

Il se crée entre le contenu des histoires et le style graphique un certain contraste, l'aspect cruel ou horrible de ce qui se joue étant montré via un trait fin, plutôt élégant, et pas profondément voyeuriste, même s'il est très imparfait. On peut notamment souligner l'incapacité de l'auteur à créer des visages effrayés ou qui souffrent réellement. Par contre, de nombreuses planches sont là pour témoigner d'un talent de composition déjà brillant à l'époque, à l'image des illustrations d'ouverture de plusieurs chapitres.

Les dernières pages, quant à elles, mettent de côté ce type d'histoires cruelles pour plutôt présenter des petites histoires de monstres japonais, tout à fait sympathiques.

La Demeure de la chair accuse son âge mais témoigne d'une belle inventivité d'un auteur qui, dans un genre s'apparentant à l'eroguro, semble avoir vite trouvé sa marque, en mettant bien plus en avant la cruauté qui ressort de ses personnages ou qui s'abat sur eux, plutôt qu'une représentation poussée du sexe déviant ou du gore.
Pour en profiter pleinement, il faudra plutôt prendre le livre comme un objet de curiosité et de découverte autour d'un auteur culte. Et pour apprécier au mieux cela, on peut compter non seulement sur une excellente préface de la traductrice Miyako Slocombe, mais aussi sur un texte de Hanawa lui-même. La lecture de ces textes permettent d'appréhender réellement la mentalité de l'auteur à l'époque, puis ses évolutions par la suite. Quant à l'édition avec couverture rigide et reliure de qualité supérieure, elle offre un beau cachet au livre.


koiwai


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Note de la rédaction






MN Actus
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