Dans le sens du vent - Nord, Nord-Ouest Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 14 Febuary 2020

Elle nous avait pas mal charmés de 2008 à 2010 aux éditions Kana avec sa toute première série, Ecole Bleue, sorte de successions d'histoires courtes. Puis elle nous avait totalement conquis aux éditions Black Box en 2016 avec son oeuvre la plus réputée, le magnifique Monde de Ran. Et ce début d'année 2020, la talentueuse Aki Irie est enfin de retour en France avec sa dernière série en date, grâce aux éditions Soleil Manga. On peut dire qu'après Libraire jusqu'à l'os! en janvier et en attendant Sayonara Miniskirt en mars, l'éditeur nous gâte beaucoup en ce moment !

De son nom original Hokuhokusei ni Kumo to Ike, Dans le sens du vent, nord-nord-ouest est une série qui a été lancée au Japon en 2017 aux éditions Enterbrain, et plus précisément dans les pages du très qualitatif Harta, magazine successeur du Fellows et réputé pour ses auteurices à la forte identité visuelle (c'est dans ce magazine qu'on trouve notamment Kaoru Mori avec Bride Stories, Ryôko Kui avec Gloutons & Dragons, Takuto Kashiki avec minuscule, ou encore Akihito Tomi avec Stravaganza). Dans son assez longue postface, la mangaka explique que la genèse de la série lui vient d'un désir de dessiner le sol, la terre, et qu'elle s'est documentée dans cette perspective. Ayant pris de longues vacances après la fin du Monde de Ran, elle en a profité pour faire de nombreuses choses qu'elle n'avait jamais pris le temps d'effectuer, y compris voyager dans différents pays, avec toujours dans un coin de sa tête l'idée de dessiner le sol. Des pays, elle en a alors vus plusieurs, mais elle affirme qu'aucun ne l'a autant fascinée et émerveillée que l'Islande, cette île un peu inhospitalière mais aux terres pleines de vitalité et d'unicité, qu'elle a parcourue lors de balades en voiture, au point de décider d'en faire le personnage principal de sa nouvelle oeuvre.

Le personnage principal ? Hé bien oui, car dès le premier chapitre, une chose frappe à la lecture du premier volume de Dans le sens du vent: c'est bel et bien cette île en elle-même qui capte le plus l'attention d'Irie et par la même occasion du lecteur. Terres vastes et arides, végétations battues par le vent, côtes escarpées, vols d'oiseaux, mais aussi ville, habitations et habitants... L'autrice puise sans nul doute dans son expérience de voyage pour croquer des terres d'une richesse folle et immersives à souhait, sous son coup de crayon toujours aussi riche et fin, où l'on peut également admirer ses superbes silhouettes humaines un peu longilignes et élégantes, qu'il s'agisse d'hommes aux belles et fines carrures ou de femmes aux courbes aussi douces que leurs chevelures sont amples. C'est beau, très beau, on se sent constamment immergés dans ces contrées qu'Irie croque avec passion, d'autant plus que ses angles de vue savent régulièrement se diversifier voire jouer sur des champs/contrechamps pour nous faire saisir toute l'étendue et la force des lieux, et que les balades en voiture de son héros sont autant de belles occasion de parcourir encore mieux ces étendues.

Mais ce héros, justement, qui est-il ? Comme on l'a dit, l'Islande semble pour l'instant être la vraie héroïne de l'oeuvre, mais le manga a bel et bien un personnage principal humain, que l'on va découvrir vraiment petit à petit, tant il semble d'abord n'être qu'un élément de plus se fondant dans la beauté des paysages islandais. C'est bien simple: dans le chapitre 1, on se contente de suivre l'une de ses péripéties en voiture où il semble poursuivre quelqu'un sans qu'on connaisse ne serait-ce que son nom, et il faut attendre le chapitre 2 pour apprendre qu'il se nomme Kei Miyama, qu'il est d'origine japonaise et qu'il a 17 ans. Puis, chaque chapitre amène de cette manière de petites détails sur lui et son entourage: ce qu'il fait en Islande, de quoi il vit, l'étonnante capacité qu'il a de pouvoir dialoguer avec les appareils électriques et les véhicules, l'existence de son grand-père français et coureur de jupons ayant choisi de vivre sur cette île, la famille qu'il a laissée derrière lui, son délicat contexte familial en lui-même... Irie ne précipite rien, distille ses informations au compte-goutte en nous laissant avant tout profiter du cadre islandais, mais sait bel et bien captiver dans sa manière d'installer petit à petit tout un véritable univers. Un univers également fait de quelques autres personnages comme la caractérielle et hypnotique Lilja (c'est que lors de ses premières apparitions sensuelles, on pourrait bien la prendre pour une envoûtante créature mythique de quelque légende islandaise), mais qui finit surtout par amener en filigranes un drama familial ainsi qu'une quête délicate et ardue. Surtout au vu des toutes dernières pages, qui nous lâchent un premier bon climax intrigant...

Narration enlevée et dressant des personnages intrigants et fascinants ainsi qu'une intrigue prometteuse, visuels léchés, fins et riches faisant de l'Islande la vraie héroïne avec ses immersives contrées, tonalité pleine d'envolées et de passion... Dans le sens du vent captive instantanément et promet une aventure ne ressemblant à aucune autre, tel qu'on pouvait l'espérer de la part d'Aki Irie. Il faut certes accepter de se laisser porter et immerger, mais il s'agit bien là de la seule condition pour pouvoir profiter à fond d'un excellent début de voyage.

Du côté de l'édition, on soulignera juste le fait que la postface ait été traduite au masculin alors qu'Aki Irie est une femme, mais hormis ce détail on a une très bonne copie. La jaquette bénéficie d'un grand soin: non seulement elle est fidèle à l'originale japonaise en en reprenant la superbe illustration (illustration confirmant toute la maestria de l'autrice dans les illustrations couleurs, rappelons d'ailleurs qu'elle est aussi illustratrice), mais en plus elle bénéficie d'un petit grain qui colle bien à l'oeuvre, et d'un joli petit relief sur le logo-titre. Les 5 premières pages en couleurs sur papier glacé sont un régal, le papier est souple et sans transparence, l'impression est bonne, la traduction de Florent Gorges sonne juste, et les choix de lettrage sont soignés.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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