Comme les autres Vol.1 - Actualité manga

Comme les autres Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 22 April 2021

Déjà connue en France pour la série en 5 tomes This is not love, thank you (parue chez Soleil Manga entre octobre 2018 et février 2020), la mangaka Nojin Yuki a fait son retour dans notre langue en ce mois d'avril, mais cette fois-ci aux éditions Kana avec sa dernière série en date, Comme les autres. De son nom original Futsûna Bokurano (littéralement "Nous qui somme ordinaires"), cette œuvre est toujours en cours au Japon, où elle est prépubliée depuis 2019 dans le magazine mensuel Bessatsu Margaret, un magazine qui a accouché d'un paquet de séries connues comme les œuvres d'Io Sakisaka ou Sawako.

Comme les autres nous immisce aux côtés de Tsubaki Hanakawa, une adolescente qui s'est fixée un principe dans la vie: vivre en écoutant toujours son cœur. Et alors qu'elle entre au lycée, son cœur lui dit que l'heure est venue pour elle d'être amoureuse, et de vivre son amour idéal, c'est-à-dire un amour on ne peut plus simple et ordinaire. Ainsi, bien vite, elle jette son dévolu sur un garçon de son lycée, qu'elle a rattrapé dans la rue pour lui rendre son passe qu'il venait d'égarer. S'en sont suivis des remerciements, des échanges de regards dans les transports en commun... qui ont convaincu la jeune fille que c'est ce garçon-là qui lui est destiné. Depuis, la toute nouvelle lycéenne a entrepris de retrouver l'élu de son cœur, pour finalement le dénicher dans le club de photographie. Il la reconnaît, elle lui avoue ses sentiments sans forcément avoir de réponse, mais tous deux commencent à passer un peu de temps ensemble dans la bibliothèque quand ils ont du temps libre, et échangent par écrit, ce qui permet à Tsubaki de commencer à en apprendre un petit peu plus sur lui, notamment sur ses goûts culinaires. Bientôt, l'adolescente se dit qu'Ibuki Kusano, puisque c'est le nom de cet élève de première, ne doit pas être indifférent à ses sentiments puisqu'il passe du temps avec elle. Mais elle ne se rend pas tout de suite compte de certaines choses qui sortent un peu de l'ordinaire: Ibuki ne parle jamais, ne réagit pas quand on l'interpelle, communique surtout par écrit... jusqu'à finir par apprendre la vérité: l'élu de son cœur est malentendant. L'idéal d'amour tout à faire ordinaire de la jeune fille ne peut donc avoir lieu... mais est-ce pour autant qu'elle va renoncer à ses sentiments, à ce que lui dicte son cœur ?

L’œuvre a donc pour toile de fond un sujet particulièrement délicat, à savoir la surdité et, par extension, le handicap. Ce sujet, d'autres mangas connus en France l'ont déjà apporté : on pense évidemment à A Silent Voice chez Ki-oon, mais aussi, plus récemment, a A sign of affection, superbe série lancée en avant-première numérique par les éditions Akata l'année dernière et dont le premier tome papier paraîtra en mai. Mais si Nojin Yuki s'empare à son tour de cette thématique dont on ne parlera jamais assez, pour le moment elle ne le développe pas forcément de la même façon que dans les autres titres susnommés, dans la mesure où ce premier volume insiste principalement sur la part sentimentale d'une héroïne qui, envers et contre tout, veut vivre cet amour que son cœur lui dicte.

En cela, Tsubaki est une héroïne que l'on prend plutôt facilement plaisir à suivre, ne serait-ce par cette personnalité assez volontaire et fleur bleue, mêlée à une maladresse occasionnant quelques notes d'humour. Et si l'on semble d'abord être en plein cliché de personnage principal un peu mièvre, on apprendra vite que cette façon d'être, ce désir d'écouter son cœur, trouvent des raisons plus profondes puisque elle-même a traversé bien des épreuves par le passé, pendant des années collège dont elle n'a pu aucunement profiter.

C'est donc au gré des premiers pas de cette adolescente vers celui qu'elle aime que l'on voit ensuite tout un petit monde se mettre en place. Bien que fortement emballé dans la part sentimentale, le sujet de la surdité trouve petit à petit un peu plus de consistance, que ce soit via le désir de Tsubaki d'apprendre la langue des signes, la présence autour du jeune garçon de proches qui le connaissent depuis longtemps (entre Ôsuke Shibasaki qui le connaît depuis l'enfance, a appris la langue des signes pour communiquer avec lui mais semble ne pas vouloir se considérer comme son ami, et Nao Hidaka qui se montre d'abord un peu peste avec Tsubaki pour des raisons que l'on découvrira ensuite), et le regard qu'Ibuki lui-même pose sur cette fille qui le colle. Mais alors que Tsubaki se dit que ses sentiments peuvent être réciproques, qu'en est-il en réalité ? Que peut réellement ressentir cet adolescent qui a déjà eu l'occasion de voir des filles comme elle, qui considère peut-être son amour comme hypocrite, et qui se dit qu'elle va vite se lasser ? Là-dessus, on entreverra déjà un petit peu plus de réponses dans le dernier chapitre qui, le temps de quelques pages, a la bonne idée de nous plonger dans l'enfance d'Ibuki depuis son point de vue, alors entouré de gens qui ont eu des façons d'être bien différentes vis-à-vis de son handicap (il y a les personnes curieuses, celles qui l'ignorent, celles qui le regardent avec pitié, les aimables, les moqueuses...).

Pour accompagner ce début de récit, Nojin Yuki (qui est passée au dessin numérique pour l'occasion) dévoile un style parfois légèrement maladroite, mais plein de jolies promesses. Certains visages sont un peu plus inégaux et rigides, mais bien souvent c'est très agréable à l’œil, assez fin, porté par des regards ronds parfois assez profonds... Plutôt dans la lignée des habitudes de l'écurie Margaret, en somme. Il en est de même pour le découpage tantôt assez standard, tantôt doté de belles envolées pouvant jouer sur des diagonale sou sur de légères destructurations. Peut-être regrettera-t-on juste certaines trames un poil trop envahissantes et manquant de nuances d'un élément à l'autre (comprendre par-là qu'elles peuvent empiéter sur les paysages, les vêtements, les visages... sans distinction).

Il s'agit alors, dans l'ensemble, d'un début de série plaisant, où l'on attend (espère) juste que le sujet de la surdité continuera de s'accentuer un peu plus, afin de trouver un équilibre plus net avec la romance. Dans tous les cas, on a une lecture agréable, dont on attendra la suite avec intérêt.

Quant à l'édition française, elle est très honnête dans l'ensemble, avec le petit format standard de Kana côté qualité de papier et d'impression. la traduction de Misato Raillard est (comme souvent avec cette traductrice) peut-être un peu trop mièvre et pas toujours très naturelle, mais elle reste globalement très claire. Le lettrage s'avère assez soigné, et la jaquette s'offre un assez joli logo-titre tout en restant fidèle à l'illustration de l'édition japonaise.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.25 20
Note de la rédaction






MN Actus
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