Cesare Vol.12 - Actualité manga

Cesare Vol.12

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 31 January 2020

Si l'on dit souvent que Cesare est une oeuvre à la parution lente du fait de sa grande rigueur historique, ça n'a peut-être jamais été aussi que ces dernières années ! L'oeuvre était en effet absente des étals de nouveautés des libraires français depuis la parution du 11e opus en septembre 2015, mais elle fait enfin son retour en ce mois de janvier chez Ki-oon avec son tome 12. L'éditeur français n'est évidemment pas en cause, ledit volume étant paru au Japon en juin 2019 seulement. Mais toute cette attente a évidemment une bonne raison: l'oeuvre avait connu dans son pays environ 3 années de pause avant de reprendre au rythme d'un chapitre par mois à partir de novembre 2018. Et ces 3 ans de pause, nul doute que la mangaka Fuyumi Soryo, toujours épaulée par l'historien Motoaki Hara, les a utilisés pour effectuer le plus de recherches possibles, afin d'encore et toujours offrir le récit le plus rigoureux historiquement possible. Et cela s'est fait sûrement à juste titre, l'autrice entamant, avec ce tome, le point culminant qui fut préparé depuis le début de la série...


On retrouve donc Cesare et les siens dans une situation quelque peu délicate, maintenant que leur précieux allié Lorenzo de Médicis a rendu son dernier soupir en laissant la tête de la famille à son fils aîné Piero. Hélas, là où Lorenzo s'affichait comme un soutien de poids pour Rodrigo Borgia en vue du prochain conclave afin de devenir Pape, Piero, n'ayant pas la carrure d'un grand homme politique comme son père, prend une tout autre voie en choisissant de mettre fin à l'alliance tripartite entre la République Florentine, le Duché de Milan et le Royaume de Naples: laissant Milan en plan pour se rapprocher de Naples et de la lignée des Orsini, il met ainsi en péril l'équilibre tout entier de l'Italie, mais cause aussi des problèmes plus personnels vis-à-vis des attentes au prochain conclave: voulant apporter son soutien à Giuliano Della Rovere, le principal rival et ennemi de Rodrigo pour devenir le prochain Pape, il ordonne forcément à son jeune frère Giovanni, tout juste devenu cardinal à seulement 16 ans, de voter en faveur de Giuliano. Cruel dilemme pour le tout jeune cardinal qui, en plus d'avoir perdu son père il y a peu, a déjà tant de poids sur les épaules et doit trahir son "mentor" Rodrigo...


Sa Sainteté Innocent VIII étant lui-même en train de vivre aussi ses derniers jours, et le prochain Conclave étant donc imminent, Cesare doit donc agir vite pour tenter de maintenir la balance du côté de son père, et cela passe essentiellement par son rapprochement avec un autre groupe important: Sienne et Venise. C'est ainsi que le jeune homme se rend jusqu'à sienne en vue de rencontrer Giovanni Gonzague, dont le frère aîné dirige les armées vénitiennes. L'enjeu de l'entrevue est simple: expliquer que si les cardinaux votants du camp vénitien votent pour Della Rovere au prochain Conclave, il ne fait nul doute que ce sont les armées napolitaines qui prendront la place des Vénitiennes, et qu'ils auraient donc tout intérêt à plutôt voter pour Rodrigo Borgia. Alors que le cardinal vénitien Michiel, mal vu à Venise à cause de ses moeurs, s'est déjà visiblement rangé du côté de Della Rovere, quel rôle aura l'autre Vénitien parmi les votants, le senior Maffeo Gherardi, tout juste nommé cardinal à 86 ans, mais ayant toujours été remarqué par sa sagesse ?


La première partie de ce volume est assurément bien construite et très fluide dans ses explications: on y comprend très aisément tout des questions autour des alliances, rivalités et fissures entre les villes italiennes, mais aussi des petites stratégies visant à ranger certains visages dans le camp de Rodrigo en vue du prochain conclave. Qui plus est, les choses ne sont jamais lourdes, car Soryo a la très bonne idée de passer par différents personnages pour amener ses explications, entre Cesare, Angelo qui se prépare à accompagner Giovanni à la curie romaine en ne pouvant qu'observer avec impuissance son tiraillement intérieur, ou même Lucrezia qui, en plus d'amener une touche féminine, cherche-t-elle aussi à comprendre.


Tout est donc clair et prenant jusqu'aux débuts de l'événement tant attendu par tous, celui ayant peut-être poussé la mangaka à faire sa longue pause pour se documenter plus que jamais: le Conclave de 1492. Innocent VIII finissant par s'éteindre, et Cesare ayant fait tout ce qu'il pouvait dans l'urgence pour appuyer son père, désormais l'heure est aux votes en huis clos au coeur de la chapelle Sixtine et de ses pièces adjacentes, les 23 cardinaux étant seulement accompagnés de leurs suivants (donc Angelo pour Giovanni). Désormais, seul Dieu sait ce qui se déroulera durant celui-ci, voué à durer plusieurs jours jusqu'à ce qu'un nom se dégage aux 2/3. Le déroulement d'un conclave au niveau des votes étant depuis toujours gardé complètement sacré, il était évidemment impossible pour Soryo et Hara de savoir précisément comment a pu se dérouler celui de 1492. Mais ce que les deux auteurs imaginent se veut déjà assez prenant, tant on y ressent bien les premiers rapports de force s'installer, et les stratégies s'immiscer tout doucement en vue de rallier tel cardinal à sa cause, pour ce qui sera un véritable jeu d'intrigues politiques, surtout quand on sait à quel point la Papauté était puissante à cette époque. Le côté rustre et brut de Della Rovere étonnamment bien utile dans un cas comme ça, l'incertitude de Giovanni, le rôle de Michiel, le choix de Gherardi, ne sont que quelques-uns des éléments rendant les premiers votes intéressants, car bien que ceux-ci semblent d'abord un peu décousus, ils permettent surtout à chacun de jauger le terrain. Qui plus est, Soryo entrecoupe tout ceci de sortes de "pauses" un peu plus équestres du côté de Cesare, ce qui n'empêche pas celui-ci de lâcher quelque chose de très intéressant en toute dernière page du volume.


Le tant attendu et tant redouté Conclave de 1492 commence donc enfin ici, et s'il est sûrement très loin d'être fini, il intéresse déjà beaucoup, les auteurs ayant bien préparé les choses. De plus, la mangaka n'est pas avare en explication concernant le déroulement même des votes et la façon dont doivent vivre les cardinaux et leurs suivants pendant le Conclave, et en fin de tome Motoaki Hara nous offre quelques pages bonus expliquant encore plus en détail ce que représente le Conclave, les particularités de celui de 1492, le quotidien des cardinaux, tout le contexte politique, et des petites présentations plus détaillées de certains cardinaux. Et la bonne nouvelle dans tout ceci, c'est également que la mangaka devant sans doute dessiner toute cette partie sur le conclave à la suite, nous devrions logiquement attendre moins longtemps le volume suivant.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction






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