Blue Hole Vol.1 - Actualité manga

Blue Hole Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 22 June 2021

Bien qu'il soit considéré comme l'un des maîtres de la science-fiction au Japon, au point d'avoir remporté plusieurs prix dans le domaine, Yukinobu Hoshino est un mangaka qui fut boudé pendant pas mal d'années en France, avant de revenir à plusieurs reprises ces dernières années. Ca a commencé avec la luxueuse édition de 2001 Night Stories chez Glénat en 2012, puis ça a continué avec Rain Man (dont on attend toujours la suite, censée arriver dans les prochains mois...) en 2017 chez Panini, et avec Kamunabi et Moon Lost chez Black Box en 2019. En une dizaine d'années, ça reste quand même relativement peu, mais bon... A présent, en ce mois de juin 2021, c'est dans la collection Graphic de Pika Edition que l'auteur débarque, avec l'une de ses oeuvres les plus connues: Blue Hole.

Cette série bouclée en 2 épais volumes n'est pas inconnue chez nous: elle fut pendant longtemps l'unique série de Hoshino publié dans notre langue, en ayant été publiée en français une première fois en 1996 par les éditions Casterman, sous le nom Le Trou Bleu. Une première édition qui était alors l'une des toutes premières publications manga de Casterman, et qui souffrait des défauts propres aux versions françaises de cette époque: sens de lecture changé, traduction et lettrage plutôt basiques et ayant pris un sacré coup de vieux... Autant dire qu'une nouvelle édition était plus que souhaitée !

Initialement publiée au Japon en 1991-1992 dans le Mr. Magazine des éditions Kôdansha, Blue Hole a ensuite connu quelques rééditions, dont une édition deluxe en 2012. C'est sur cette édition deluxe que se base la nouvelle version française de Pika. Au programme, un grand format de quasiment 300 pages typique de la collection Graphic, une nouvelle traduction par Aurélien Estager qui s'avère excellente, et un nouveau lettrage soigné. Pour finir sur cette nouvelle édition française, notons deux choses. Tout d'abord, le choix du titre anglophone Blue World: pas de quoi s'agacer concernant la perte du titre français, puisque "Blue Hole" n'est autre que le titre officiel au Japon. Ensuite, l'arrivée en 2022, toujours chez Pika dans la collection Graphic bien sûr, de la suite de la série, intitulée Blue World, terminée en 3 tomes et inédite en France.

Blue Hole démarre sur une hypothèse. Dans les fonds marins existent des gouffres qui sont le théâtre d'un étrange phénomène rejetant et aspirant sans cesse de l'eau de mer, l'un des plus connus se situant au large des Bahamas et étant le fameux triangle des Bermudes. Comment ces zones étranges fonctionnent-elles ? C'est là-dessus que part Hoshino pour imaginer un récit dont il a le secret, un de ses récits où il va développer toute une réponse jusqu'au boutiste: ces "mers du diable" pourraient bien receler des "trous bleu", des endroits où les espaces-temps se connectent en permettant alors d'impensables voyages spatio-temporels. Ce qui pourrait même expliquer le fait qu'en 1938, on ait capturé un coelacanthe, un véritable fossile vivant puisque ce poissons était censé être disparu depuis 65 millions d'années.

C'est sur ces bases que l'auteur nous immisce auprès de Gaïa, une jeune pêcheuse comorienne qui, après avoir perdu toute petite son père, perd cette fois-ci son grand-père exactement dans le même type d'incident: l'irruption d'une créature sous-marine gigantesque et carnassière qui ne semble aucunement sortir de notre époque... Si bien que, six mois plus tard, toute une expédition sous-marine est organisée, embarquant à son bord le docteur Hawk, la journaliste Carlyle, le professeur en université Alf, plusieurs officiers de la Royal Navy, et Gaïa elle-même. Leur objectif: percer le mystère du trou bleu qui semble se trouver là où l'impensable créature a été vue. Mais le docteur Hawk, qui a un grand projet en tête, se garde bien de dire aux autres ce qu'il pense trouver en ce trou. Et ses hypothèses semblent bien vite se confirmer: l'équipage se retrouve soudainement en perte de repères, incapable de remonter à la surface, et englouti pour se retrouver des millions d'années dans le passé. Aucun humain en vue. Seulement des dinosaures et autres êtres vivants disparus depuis bien longtemps...

Avec son pitch où une équipe d'expédition se retrouve propulsée a priori à la fin du Crétacé il y a 65 millions d'années, Blue Hole a un petit parfum de série B d'aventure, et globalement il y a bel et bien un peu de ça à la lecture, car il va de soi qu'une véritable lutte pour la survie et pour trouver comment retourner dans le présent s'engage pour Gaïa et les autres. une lutte où tout le monde ne survivra pas, comme le montreront plusieurs scènes-choc où le danger fait soudainement irruption. Le monde de Blue Hole est sauvage, et Hoshino ne se prive jamais de le montrer dans ses mises en scènes, mais aussi voire surtout dans ses visuels très souvent à couper le souffle, entre certains découpages ensorcelants, des vues en pleines pages ou en doubles-pages sur les dinosaures et autres êtres vivants dessinés avec un grand soin...

En bref, ça en jette souvent, mais il n'y a évidemment pas que ça dans l'oeuvre. Bien sûr, on se régale facilement de la façon dont l'auteur va jusqu'au bout de son idée, en évoquant pas mal d'éléments sur la préhistoires, voire même en allant encore plus loin dans ses hypothèse, où il va jusqu'à imaginer de nouvelles raisons quant aux origines de la vie et de la prolifération des végétaux sur la terre ferme. Mais rapidement, Hoshino nous fait aussi sentir que, en plus des créatures, les humains eux-mêmes pourraient être de sérieux dangers entre eux, entre ceux qui ont tellement la frousse qu'ils paniquent et commettent l'irréparable, celui qui compte bien s'imposer comme le chef quitte à écraser les autres, celle qui retourne sa veste... sans oublier le cas du docteur Hawk, dont le projet complètement fou permet de mettre en exergue des considérations environnementales qui, il y a 30 ans (époque de la conception du manga), occupaient déjà certains esprits et sont toujours aussi actuelles (plus que jamais, même). L'homme peut être un loup pour l'homme,c 'est bien connu, et Hoshino tâche de sans cesses le rappeler en jouant sur des personnages archétypaux qui campent fort bien leur rôle. Gaïa, la jeune héroïne au nom prédestiné ("Gaïa" désignant la Terre), se sortira-t-elle de tout ça indemne ?

Au final, la première moitié de Blue Hole nous happe sans le moindre mal. Et au vu de la première édition très médiocre sortie en France il y a 25 ans, c'est une véritable redécouverte, dans de bien meilleures conditions, qui nous est proposée ici. Alors, on attendra avec beaucoup d'intérêt le deuxième dernier volet de cette nouvelle édition.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News