Ashidaka - The Iron Hero - Collector Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 18 September 2020

Egalement connue en France sous son autre nom de plume Ryo Suzuri pour le très bon boy's love pas comme les autres MADK (sorti chez Taifu en 2019), Ryo Sumiyoshi a avant tout été découverte dans notre pays par Glénat dès début 20148 avec l'excellent Centaures, un seinen unique en son genre, tant pas le style visuel que par le propos, et qui nous immisçait dans la lutte sans relâche du peuple centaure pour la liberté, et de se possible réconciliation avec le peuple humain au fil des générations. Egalement illustratrice, cette artiste a travaillé aussi sur les designs de créatures dans plusieurs jeux Monster Hunter, témoignant ainsi d'une certaine polyvalence. Et cette polyvalence a forcément fini par être repérée par un plus gros éditeur japonais, Kôdansha, afin qu'elle publie ce qui est le tout premier shônen de sa carrière (avant, côté manga, elle avait déjà fait dans le seinen et le boy's love, donc, mais aussi dans le shôjo) !

De son nom original Tekkai no senshi (littéralement "Le guerrier du Monde de fer"), Ashidaka - The Iron Hero possède une place particulière dans le catalogue de Glénat, en ayant été le tout premier simultrad de l'éditeur, dès le lancement de la série au Japon en janvier de cette année dans le célèbre Shônen Magazine (le plus important magazine de Kôdansha). Cela vaut aussi au premier tome papier de sortir en France assez vite après sa parution au Japon (où il est arrivé en juillet, donc il y a seulement 2 mois), et pour l'occasion Glénat a décidé de mettre les bouchées doubles en proposant une édition collector assez originale parallèlement à l'édition standard !

Dans un passé lointain, le Démon aux cent bras d'acier détruisit le monde, alors le Dieu aux cent bras descendit sur Terre pour sceller le mal au bout d'un combat féroce de sept jours. En dispersant ses bras sur la planète devenue vierge, le Dieu donna naissance à un peuple possédant chacun une paire de ces bras d'acier, et c'est ainsi que, depuis, les nouveaux humains sont tous des "monopaires" munis d'une paire de bras mécaniques de ce style. Mais à côté de ça, il existe également des "multibras", des êtres ayant plusieurs paires de bras en acier et qui, selon la Bible de ce monde, sont malheureusement considérés comme des descendants du Démons, maudits, et donc bien souvent abandonnés voire tués dès leur naissance.

Ashidaka est l'un de ces multibras et, plutôt que d'être tué, a été abandonné par sa mère dès son enfance au sein d'une forêt de débris, des lieux insalubres et désertiques conçus spécialement pour "accueillir" les "aberrations" comme lui. C'est ainsi que le jeune garçon a grandi dans ce cadre peu idéal, accompagné toutefois de certains compagnons comme Geji. Leur seul moyen de survie: chasse et détruire les droïdes, des êtres mécaniques dont ils peuvent notamment récupérer des pièces afin de se customiser, le tout en veillant à ne pas trop s'approcher des humains "monopaires" qui les craignent voire les haïssent sans réelle raison hormis les dires de la Bible. C'est ainsi qu'Ashidaka grandit, jusqu'au jour où le Démon aux cent bras refait son apparition sur Terre pour bouleverser l'ordre établi. Au bout d'un affrontement assez tragique, cet événement marquera le début de la quête épique du jeune garçon pour vaincre l'ennemi démoniaque et ses forces, voire, peut-être, pour réconcilier les peuples...

Le moins que l'on puisse dire est qu'à l'instar d'un manga comme Jujutsu Kaisen (pour comparer à un autre shônen sorti récemment), Ashidaka - The Iron Hero prend le parti de nous plonger très, très vite dans son univers, sans forcément prendre le temps de poser immédiatement des explications solides sur cet univers. Cela a le mérite de nous immiscer d'emblée dans le vif du sujet, avec de l'action déboulant vite et un rythme assez effréné qui s'installe immédiatement. Ce n'est que par la suit,e et souvent dans le feu de l'action, qu'on découvre les bases d'un univers prometteur, qui s'annonce bien pensé. il y a bien sûr tout ce qu'on a déjà pu dire précédemment (qui, grosso modo, est souvent distillé au fil du tome), mais aussi les possibilités offertes par la customisation, l'existence de différents types d'être (comme les "libellules", équipés de "wing-arms" permettant de voler), l'évocation rapide mais efficace du vrai lien existant entre Ashidaka et sa mère (qui regrette, en tant que maman, d'avoir été obligée d'abandonner son enfant) puis son père (qui est tout à fait particulier dans ce monde), ou même ce qui est déjà esquissé concernant les origines de Geji. Dans ce monde post-apocalyptique sans foi ni loi et en partie désertique, quelque part entre un récit à la Mad Max et du cyberpunk via les éléments mécaniques, on comprend bien que Sumiyoshi entame le parcours d'un jeune garçon destiné, comme le nom de la série l'indique, à devenir un héros à même de "réparer" le monde. Et dans cette optique, la mangaka adopte un angle intéressant, qui n'est pas sans rappeler ses autres travaux parus en France.

Car à l'instar des être mi-chevaux dans Centaures, ou de Makoto de MADK qui est considéré comme déviant par les autres, Sumiyoshi esquisse ici des êtres humains hybrides, chose qu'elle adore. Et en plus, elle prend le parti de diviser ces "nouveaux humains" entre eux, les multibras étant rejetés, craints, haïs par les monopaires. Une division de peuples rappelant volontiers la relation difficile entre humains et centaures dans l'autre série de la mangaka parue chez Glénat. Mais justement, dans ce cadre tendu dû en partie à la Bible, Ashidaka sera-t-il celui qui saura réunifier les deux peuples et briser les préjugés ? Si nombre de monopaires rejettent les multibras, notre héros sait aussi que d'autres peuvent leur montrer de l'amour malgré tout, sa mère en étant le premier exemple. Quant aux multibras, à force d'être rejetés par les monopaires, ils ont forcément accumulé eux aussi une haine farouche envers cet autre peuple, comme le témoigne "l'armée anti-démon", des multibras réunis pour vaincre le Démon aux cent bras sans tenir compte des monopaires. Ashidaka, lui, se pose déjà entre les deux camps en semblant rejeter les velléités de chaque parti, avec l'espoir de faire naître un jour l'entente entre tous. Une idée qui était déjà bien présente dans Centaures.

Sur le plan visuel, on reconnaît facilement la patte de Sumiyoshi, ne serait-ce que pour son goût des créatures hybrides qu'elle croque fort bien, à sa manière. Ici, exit les être mi-humains mi-animaux, et place à une nouvelle chose dans la carrière de la mangaka, à savoir les êtres mi-humains mi-machines) via ces bras mécaniques. Les designs sont bien trouvés, y compris pour les autres éléments mécaniques comme les droïdes et l'allure des "libellules", et cela nous promet des designs tout aussi intéressants pour la suite. Surtout, même si les moments d'action sont mis en scène de façon assez classique, l'ensemble jouit d'un trait ultra-dynamique et d'une grande sensibilité dans l'expressivité des visages. Les décors post-apo sont simples mais immersifs, souvent renforcés par des trames efficaces.

En somme, la nouvelle série de Ryo Sumiyoshi commence vite et bien, avec pas mal de promesses, le tout dans un style visuel aussi personnel qu'élaboré. Une bonne pioche qu'il fait plaisir de voir aussi bien mise en avant par Glénat, en espérant que le succès sera au rendez-vous.

Revenons à présent à l'édition collector, qui a plutôt de l'allure vue de l'extérieur avec sa petite boîte en métal avec relief et effet "vieille boîte" ! Joliment conçue, celle-ci est forcément d'une taille légèrement plus grande qu'un manga standard, et peut donc être un brin embêtante à ranger en bibliothèque à côté d'autres volumes, d'autant que le nom de la série n'est pas indiqué sur les côtés... mais il va de soi que c'est le genre de petit coffret qu'on prend surtout plaisir à exposer. A l'intérieur, une fois le couvercle retiré, on trouve bien sûr le tome 1 du manga, mais aussi une pochette plastique renfermant les 4 ex libris au même format que le manga et imprimés sur un papier cartonné d'honnête qualité, ainsi qu'un porte-clés "démonte-droïde", comprendre par là un porte-clé avec un mini tournevis cruciforme et une plaque métallique reprenant le logo de la série. En somme, c'est sympathique sans être indispensable. Maintenant, est-ce que ça vaut 14,95€, donc plus du double (8,05€ de plus, pour être précis) du prix de l'édition simple qui est vendue 6,90€ ? Là-dessus, j'ai envie de dire que c'est à chacun de voir. De mon côté, je suis satisfait de mon achat, plus pour le petit coffret métallique (qui reste assez originale pour un collector de manga) que pour les goodies.

Enfin, concernant l'édition du tome en lui-même, on retrouve le désormais habituel papier un peu fin de l'éditeur, peu agréable à prendre en mains mais dépourvue de gros problème hormis une très légère transparence par moments. L'impression est honnête, sans plus: l'encre ne bave pas, mais il y a parfois un léger moirage. La traduction de Sakura Komiya-Zlotorowiez (traductrice que l'on découvre pour l'occasion) est très honnête, et le travail de lettrage du studio Charon est convaincant.
    

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction






MN Actus
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