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Pokémon Epée

Le test du jeu video:

Publié le Vendredi, 29 November 2019

C'est devenu un rituel depuis quelques années, l'approche des fêtes est synonyme de nouvelles versions de la licence Pokémon. L'explosion de la Nintendo Switch oblige, Game Freak a dû délaisser la 3DS pour passer sur l'hybride, ce dès la fin 2019 avec les sympathique (mais qui ont néanmoins divisé) Let's Go Pikachu et Let's Go Evoli. Un petit apéritif en attendant ce qui était annoncé comme les prochains gros jeux de la licence, à savoir Pokémon version Épée et Pokémon version Bouclier.

Deux nouvelles versions pour la huitième génération, attendues de pieds fermes par les fans, durant une campagne de communication qui ne fut pas sans polémique. Dès les premiers trailers, beaucoup regrettaient déjà un manque d'ambition, une absence de monde ouvert ou autre fantasme de renouveau absolu, quand l'annonce d'un pokédex très, très réduit et autres analyses des premières fuites des deux soft faisaient déjà jaser. Et même si un jeu se juge réellement à sa sortie, les débats ont été houleux sur la toile. Néanmoins, les versions Épée et Bouclier sont enfin là, et constituent déjà un franc succès commercial. Alors, pari réussi, preuve qu'il faut éviter de crier scandale trop vite, ou résultat décevant, rendant les a priori mitigés légitimes ? Dans ce test, c'est un fan qui suit la série depuis les versions rouge et bleue qui donnera son modeste avis.


L'histoire de Galar

Le scénario de ces nouvelles version n'a rien de forcément novateur. Une nouvelle fois, le joueur incarne son avatar dans le monde de Pokémon, et cette fois dans la région nouvelle de Galar, fortement inspirée de la Grande Bretagne. Celui-ci s'apprête à recevoir son premier pokémon de la part de Tarak, maître de la région et grand-frère de Nabil, amis d'enfance du protagoniste. Tous deux sont mandatés par le maître pour participer au défi des arènes, compétition durant laquelle les participant doivent collecter les 8 badges en vue de participer à un tournoi qui désignera potentiellement le nouveau maître de Galar...

A côté de ce pitch basique, avec quelques nouveautés dans la forme mais qui n'enlève pas l'objectif premier, celui de la collecte des badges, plusieurs petits points propres à Pokémon viennent naturellement se greffer. Une team adversaire, d'une part, représentée par la team Yell qui n'est rien d'autre qu'une troupe de supporters bruyants, celle de Rosemary, une de vos rivales qui participera aussi au défi des arènes. Et, bien évidemment, un complot lié aux Pokémon légendaires se tramera, la finalité de l'aventure étant synonyme de résolution de cette affaire.

Le scénario d'un jeu Pokémon n'a jamais été son argument phare. Inexistant dans les toutes premières versions, il s'est étoffé petit à petit sans devenir particulièrement poussé, jusqu'à atteindre son point culminant dans les versions Noir et Blanche qui proposaient une réelle trame avec des messages plus matures que ce à quoi nous avions été habitués. XY et Soleil/Lune, malgré de très bonnes idées, restait assez sobre en la matière. Et concernant Epée et Bouclier, le résultat est très similaire, et peut-être même un peu en dessous des derniers opus en date. L'intrigue n'occupe finalement qu'une place très réduite vers la fin du jeu, et se voit même traitée de manière très (trop?) hâtive, comme si les équipes de Game Freak s'étaient rendues compte vers la fin de l'écriture de la trame qu'il fallait accélérer la cadence. Cela n'empêche pas de bonnes idées, traduites par la forte inspiration des légendes arthuriennes, ou encore quelques élans d'intensité sur la toute fin du jeu afin de rendre le passage de la Ligue moins linéaire, mais ça reste un peu faiblard. Et comme c'est le cas depuis quelques temps, nous avons aussi droit à un arc post-ligue, cette fois plus intéressant que dans Soleil/Lune, mais qui s'apparenterait presque à un arc filler tant il manque un poil d'ambition.

Pourtant, le scénario de ces nouvelles version a quelques points positifs, notamment des sujets écologiques (malheureusement juste effleurés), ou encore le rôle de la team ennemie qui est très discret et novateur, ce qui fait beaucoup de moins à ces nouvelles versions, afin de ne pas trop entacher le rythme de l'aventure à travers la belle région de Galar.


Galar la grande, Galar la belle

Car le point fort incontestable de ces versions, c'est bien cette nouvelle région, aux reliefs qui se renouvellent particulièrement bien et aux décors très inspirés. Des forts européens jusqu'aux ghettos, en passant par une ville forestière très mystique et de grandes cités inspirées par Londre, Épée et Bouclier nous mènent dans des paysages vraiment immersifs et qui donnent l'envie d'être découverts. Certaines villes sont même assez grandes et nécessitent un petit temps pour en faire le tour, là où d'autres se révèlent assez restreintes avec pour seuls satisfaction le décors léché, et l'arène à conquérir. Du côté des routes, nous sommes sur cette même tendance : elles sont variées et plaisantes à découvrir, mais très linéaires. Fort heureusement, l'impression de restriction dans notre périple est un peu plus discrète par rapport à Soleil et Lune, ce qui n'empêche pas un petit côté dirigiste, notamment parce que vous trouverez toujours un personnage secondaire pour vous guider, vous dire ou aller ou quoi faire.


Les personnages, alors ?

Là aussi, le casting de ces versions constitue un point fort d’Épée et Bouclier. Game Freak continue de proposer un schéma similaire, notamment avec plusieurs rivaux et des personnages de soutiens qui auront un petit impact sur le scénario. Néanmoins, fini l’agaçant Tili, Nabil étant un rival principal globalement moins neuneu et un peu plus fouillé tant il jouira de petites évolutions. Certains personnages verront leurs rôles et leurs attitudes changer au fil de l'aventure, créant une véritable dynamique permettant au scénario de montrer un peu de couleur de temps à autres.

La bonne surprise vient aussi du côté des champions d'arène. Comme dans Soleil et Lune, ces derniers sont plus présents et plus importants. Vous les reverrez à plusieurs reprises dans l'aventure, ce qui donne le temps au jeu d'appuyer leurs différentes personnalités. De simples PNJ plus robustes à combattre dans les toutes premières versions de la licence, ils sont désormais des personnages en chair et en os et auront leur petite place au cours de l'aventure.

Dès lors, et malgré la simplicité du scénario, il devient agréable de suivre l'aventure tant on éprouve du plaisir à côtoyer ce casting, à le confronter, et parfois à la voir évoluer. Et si les rivaux restent souvent assez classiques, ils dégagent suffisamment de personnalité pour qu'on apprécie les retrouver à quelques reprises, afin de les affronter.


Terres sauvages et Dynamax

Assez parler des éléments scénaristiques ou d'écriture, abordons maintenant les éléments de gameplay de ces nouvelles versions. Deux éléments font véritablement office de nouveauté dans cette huitième génération, à savoir les fameuses terres sauvages et les formes Dynamax, deux trouvailles qui apportent un grand intérêt à ces opus.

Les Terres Sauvages, c'est une vaste étendue aux climats variés, s'étalant sur une bonne partie de Galar, et pouvant abriter des créatures de tous niveaux. Une véritable zone à monde ouvert qu'il sera possible de visiter entièrement assez rapidement, et dans lequel vous pourrez vous retrouver nez à nez avec des créatures beaucoup, beaucoup plus puissantes que vous. Par ces deux mécaniques, explorer les Terres Sauvages est un des plus grands plaisir d'immersion de ces opus, et le seul élément qui pourrait rapprocher le soft d'un certain Breath of the Wild, bien que Game Freak n'ait jamais eu la prétention de vouloir s'en rapprocher. On passe ainsi des heures dans ces contrées, parfois sans voir le temps passer, et aussi parce que les Pokémon s'y feront nombreux. Mais ça, nous y reviendrons plus tard...

Enfin vient la forme Dynamax, phénomène permettant à un Pokémon de décupler sa taille et sa puissance. Plus qu'un côté bling-bling, cet ajout apporte une vraie nouveautés de gameplay. Parce qu'un pokémon dynamaxé est bien plus robuste, la stratégie sera souvent de mise et il faudra réfléchir à plusieurs fois sur le Pokémon utilisé lors d'un raid. Parlons-en de ces raids à quatre dresseurs, particulièrement intenses par la dangerosité de l'ennemi et, parfois, une limite temporelle. Et si cette puissant transformation aurait pu briser l'équilibre du jeu, Game Freak a eu la bonne idée de la limiter à certains lieux précis. N'espérer donc pas pouvoir vous dynamaxer face au premier dresseur venu, et tant mieux.

Aussi cocasse que cela puisse paraître, l'un des éléments les plus moqués lors de sa présentation est alors l'une des trouvailles les plus funs et prenantes des récentes versions de la saga.

Enfin, si ce n'est pas une nouveauté en soi, c'est tout le côté épique des affrontements principaux qui se retrouvent accru dans ces versions. Les combats d'arène se font dans des stades, un côté sportif et grand spectacle rendu très bien avec les formes Dynamax. Peut-être même est-ce la première fois qu'on sera pris avec tant d'adrénaline dans des matchs, comme si on y était, et ce même si ces affrontements ne demeurent pas bien compliqués.


Un jeu trop facile ?

Vient alors l'un des bémols du jeu : sa simplicité. Un bémol qui s'ancre finalement dans la continuité de ce qui nous est proposé depuis X/Y qui rendait accessible très rapidement un multi-exp distribuant l'expérience à l'ensemble de l'équipe. Même si Pokémon n'a jamais été un jeu difficile, cette mécanique amenant une absence de nécessité de grind, facilitant le rythme de l'aventure certes, mais rendant le gain d'expérience à la portée de n'importe qui.

Et c'est cette facilité à gagner en expérience et en niveau qui fait un peu tâche dans les versions Epée et Boucler. Outre le fait que le multi-exp soit cette fois obligatoire, sans possibilité de désactiver ce partage automatique de points d'XP, plusieurs autres actions donnera de l'expérience à votre équipe. Les raids dynamax vous donneront des bonbons pouvant très rapidement donner des niveaux à vos créatures, quand une phase de camping apporteront aussi des fameux points d'XP. C'est beaucoup trop simple, si bien qu'on ne ressent plus vraiment de fierté quand notre équipe atteint le niveau 60 à la fin de l'aventure.

Néanmoins, on peut aussi y voir un atout : l'expérience présente est assez bien dosée pour qu'on soit toujours au même niveau que les ennemis, tandis que ceux qui veulent remplir le pokédex ou constituer des équipes efficaces gagneront pas mal de temps. Mais là aussi, c'est rendre encore plus accessible des phases qui imposaient une certaine patience, et donc du mérite de la part du joueur.


Attrapez-les tous... ou presque

Nous y voilà, à l'un des plus gros défauts du jeu : son pokédex très limité. Nous avons aujourd'hui atteint le nombre de 890 créatures, et ce sont seulement 400 qui sont présentes dans le jeu, soit moins de la moitié. Outre le fait d'une frustration, c'est la diversité des équipes qui en patie, sans compter que le slogan d'époque, « Attrapez-les tous », perd de son cachet.

Pourtant, Game Freak a correctement utilisé cette assez maigre sélection au sein du jeu. Ainsi, les créatures qui apparaissent dans les différentes zones se renouvellent suffisamment bien pour permettre de voir des bestioles variées dans chaque environnement. Finit le syndrome des mêmes créatures qui se répètent un peu tout le temps dans le jeu, permettant au joueur d'avoir l'embarras du choix pour son équipe.

Aussi, et malgré la frustration, c'est l'envie de remplir le pokédex qui est de nouveau piquée chez le joueur. Limite la sélection à 400 créatures rend la tâche plus accessible, sans compter que les apparitions de pokémon se font de manière différentes sur la map. A la manière des Let's Go, certaines créatures apparaissent, permettant au joueur d'aller les confronter ou non, quand d'autres sont rencontrées aléatoirement dans les hautes herbes. Outre un petit renouveau dans les combats sauvage, la démarche rend le monde plus foisonnant, plus vivant, et aide à notre immersion dans les régions de Galar. Un mal pour un bien donc, même s'il faut reconnaître que ce mal reste dur à encaisser.


Le rendu technique, alors ?

Si tout l'aspect technique des jeux était attendu au tournant, c'est parce que sa qualité devait justifier l'absence de tant de Pokémon. En effet, Game Freak a justifié cette sélection par le fais que chaque créature devait être modélisée depuis le départ, sans pouvoir reprendre les éléments des précédents jeux. Le développeur voulait a priori se concentrer sur l'animation des créatures présentes, en gros privilégier la qualité à la quantité.

Malheureusement, nous n'avons ni l'un ni l'autre, ou presque. C'est lorsque des combats que ce rendu peut surtout être jugé : si quelques mouvements sont plus travaillés que sur les précédentes versions, pas mal d'animation restent faibles, à peine plus poussées que dans Soleil et Lune. Evidemment, une animation peaufinée pour chaque créature demanderait un travail colossal, ce qui vient nous mettre la puce à l'oreille sur l'un des défauts majeurs de ces versions : le manque de temps alloué à leur finalisation.

C'est un bruit qui a beaucoup couru et qui, admettons le, est plaisible. Un argument qui justifierait aussi le rythme du jeu, trop nerveux sur la fin, le fait que certaines des dernières villes manquent d'envergure, ou encore le fait qu'on finisse par enchainer les arènes très rapidement, après un lancement de jeu qui sait prendre son temps, chose d'ailleurs très appréciable tant cela nous permet de profiter des environnements de Galar.

Car le rendu visuel de la région reste assez convainquant. Sans être à la portée d'un Breath of the Wild, les environnements sont très jolis, et la variété est graphiquement mise en avant dans ces versions. Certaines zones sont particulièrement belle, par exemple l'un des lieux finaux où il sera question des pokémon légendaires. On ne pourrait donc totalement condamner le rendu technique des jeux : il y a du manque, c'est indéniable, mais difficile de renier certaines petites prouesses comme la modélisation des environnements qui donnent souvent un rendu très vaste, quand bien même les routes seraient assez linéaires.

Enfin, concluons cette partie sur une note positive : la bande originale. La BO d'un jeu Pokémon n'aura peut-être jamais été si variée, un équilibre qui donne justement à Galar et à son exploration de multiples tonalités. Parfois douce, parfois curieuse, même inquiétante sur de petites zones... l'aventure est bien servie par les compositions musicales qui savent aussi aller sur de l'épique lorsque les situations l'exige. Il faut dire qu'avec quelqu'un comme Junichi Masuda, initialement compositeur sur la saga, dans le noyau principal du développement, la patte musicale pouvait difficilement être ratée. Mais ici, elle est même portée encore plus loin qu'à l'accoutumée.


Conclusion

Pokémon Épée et Boucler ne sont pas des versions sans défauts, des défauts qui pourraient dépendre de plusieurs facteurs. Et malgré quelque éléments de déception, il sera difficile de considérer ces jeux de huitième génération comme de mauvais opus. L'aventure est plaisante, immersive tant Galar est une région réussie, portée par des personnages particulièrement bien rendus, de très bonnes trouvailles donnant de l'originalité au périple, et un certain plaisir du côté de la capture. On passe alors du très bon temps sur ces versions, qui certes auraient pu être encore meilleures. Là où Soleil et Lune semblaient nous tenir avec des chaînes, Épée et Bouclier apportent un vent de plus de liberté, un élément d'une grande importance dans Pokémon, et renouent avec la soif d'aventure et de découverte de la série. En ce sens, et malgré le flot de critiques qui a inondé la toile, Game Freak semble avoir réussi son pari, ce qui ne veut pas dire que ces versions sont sans bémol.

Chroniqueur: Takato


Note de la rédaction








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