Editions H - Actualité manga

Editions H

Interview

Hervé Brient et Hadrien de Bats, co-fondateurs des éditions H, ainsi que Samantha Garnier, leur responsable communications et relations presse, nous ont accordé une interview lors de la Japan Expo 2009. Nous en apprendrons notamment plus sur le lancement de leur nouvelle collection, la collection Double H.
           



Manga-news: Pour commencer, pouvez-vous définir votre politique éditoriale?
Samantha Garnier : Nous sommes une maison d'édition engagée. Nous avons envie de proposer quelque chose de différent, mais qui reste en accord avec nos convictions personnelles. Cela se traduit actuellement par la publication de titres destinés aux gays et aux gay friendly. Nous souhaitons faire plaisir à nos lecteurs, mais aussi nous faire plaisir, au delà des enjeux financiers.
Hervé Brient : Nous avons choisi de dévoiler notre politique éditoriale au fil de nos publications. Néanmoins, notre volonté est de se démarquer par notre recherche d’excellence et avec des produits différents.
                      
   
Le premier ouvrage de la collection Double H est Sugarmilk. Pourquoi avoir choisi ce titre plutôt qu'un autre?
Hadrien de Bats : Nous avons, à la base, développé un contact assez étroit avec Tokyomangasha, une petite maison d'édition japonaise au catalogue assez fourni. Nous avons choisi Sugarmilk parmi leur catalogue car ce titre véhicule une vision plus réaliste du couple homosexuel et du boys’ love, avec des garçons qui ressemblent vraiment à des garçons. J'ai également apprécié le fait que Sugarmilk transmette une vision très positive du couple homosexuel, ce qui n'est pas si fréquent dans le yaoi en général et donc chez les autres maisons d'édition.
Hervé Brient : Les œuvres de Jaryu Dokuro et de son éditeur japonais correspondent à notre démarche éditoriale et c’est pour cela que nous avons voulu les publier en français.
                

     
                   
Pour Sugarmilk, pourquoi un tel choix de format et de prix? Cette décision ne risque-t-elle pas de dissuader certains lecteurs d'acheter le titre?
Hervé Brient : En fait, ce choix de format a été guidé par notre volonté d’être différent. En effet, un tel format nous permet de nous distinguer des autres titres du même genre.
Il faut savoir que nous visons un public adulte, en particulier gay, aux moyens financiers plus importants et qui tend à avoir moins de réticence sur le prix que nous proposons.
Le grand format a aussi des avantages pratiques: l'impression des dessins passe ainsi beaucoup mieux sur un grand format. Néanmoins, ce dernier ne pardonnant aucune erreur, il nous oblige à être très rigoureux lors des étapes de fabrication.
Hadrien de Bats : Nous pensons que le lectorat de yaoi, plus âgé, que nous visons sera plus sensible à ce type de format. Plus généralement, sans tomber dans l’écueil de l’album franco-belge cartonné classique, il nous a paru également intéressant de désenclaver le manga en proposant un produit qui n’a pas à rougir d’être dans une bibliothèque par ses qualités d’impression et de couverture.
    
  
Vous précisez que vous visez un lectorat de yaoi "plus âgé". N'est-ce pas une erreur d'appréciation de fractionner le lectorat de yaoi, qui devrait être plutôt considéré comme un ensemble?
Hervé Brient : Sugarmilk n'est pas positionné sur le créneau yaoi, mais plutôt en direction du public gay. C’est pour cela que nous proposons un produit plus adapté à cette cible spécifique, ce qui n’empêche pas Sugarmilk d’être accessible à tous.
Samantha Garnier : En ce sens, les histoires qui composeront notre collection ne seront pas caricaturales comme celles que l'on peut retrouver dans le yaoi habituellement en rayon. Il n'y aura pas de seme ou d’uke... Nos récits représentent des histoires d'amour entre hommes et se veulent réalistes. Nous espérons que nos lecteurs pourront s’y reconnaître et s’y identifier.
Hadrien de Bats : Personnellement, je ne vois aucun fractionnement de lectorat dans notre démarche. Nous proposons un manga boys’ love qui plaira aux lectrices de yaoi plus classiques tout en élargissant son lectorat aux gays qui portent parfois un regard fort critique sur la culture manga (principalement à cause d’une méconnaissance du genre). La couverture, par ailleurs, grâce à ses qualités graphiques évidentes, nous permet de toucher un public qui n’irait pas instinctivement vers les couvertures yaoi…
               


     
       


 
Votre lectorat semble très ciblé... N'est-ce pas un risque commercial?
Samantha Garnier : Il ne faut pas oublier que nos titres restent ouverts aux lectrices et lecteurs de yaoi qui seraient intéressés par des récits plus adultes et réalistes.
Hervé Brient : Et puis nous le constatons sur notre stand où nous vendons en avant-première Sugarmilk, beaucoup de filles sont venues acheter notre manga. Nous visons un certain public certes, mais nos ouvrages peuvent être lus et appréciés par tous!
Hadrien de Bats : Je ne pense pas que notre lectorat soit «très ciblé», la plupart des lectrices rencontrées sur le salon nous font part également de leur désir de voir des yaoi avec des «garçons qui ressemblent à des garçons», et cela n’a rien à voir avec le fait de proposer un manga boys’ love qui s’adresse également aux gays.
                      
   
Comptez-vous élargir vos publications vers le yuri et le manga gay?
Hervé Brient : Oui, c'est prévu ! Nous avons pensé notre politique de publication sur plusieurs années et sommes très intéressés par un développement de notre collection sur des axes que personne ne veut faire. C'est ainsi que les premiers mangas gays devraient arriver en France l'année prochaine !
Hadrien de Bats : À part Gengoroh Tagame qui publie dans des magazines gays, si on se tient à la définition traditionnelle du genre des mangas qui impose de les classer selon leur magazine de pré-publication, il ne doit pas y avoir d’autres mangas gays publiés en France pour l’instant. Nous allons effectivement publier des mangas à l’esthétique gay qui plairont également aux lectrices de yaoi. Je pense qu’il ne faut pas opposer les deux lectorats.
                    
  


Votre volonté apparente de faire découvrir le manga sous des angles inédits et originaux va-t-elle vous amener à éditer des mangas appartenant à d'autres genres (shônen, shôjo...)?
Hervé Brient : Nous ne nous interdisons rien ! Notre développement dépendra de beaucoup de facteurs et surtout de nos envies ! Désolé de ne pas pouvoir être plus précis pour l’instant.
    
   
Parlons un peu de Manga 10000 Images... Pouvez-vous nous communiquer la date de sortie du troisième numéro?
Hervé Brient : La sortie du numéro 3 de Manga 10000 Images, pour l'instant intitulé « le manga au féminin », est prévu pour le premier trimestre 2010. Le suivant, quant à lui, est prévu pour fin juin et traitera du manga alternatif.
À partir de la rentrée 2010, nous avons prévu de lancer des hors-séries. Ces derniers se distingueront des autres numéros par le fait qu'ils ne seront pas rédigés par un collectif d'auteurs mais par une seule personne qui abordera un thème bien particulier.
     

     
   
Quel rythme de parution pour les hors-série de Manga 10000 Images ?
Hervé Brient : Environ un par an. Impossible d’être plus précis pour l’instant, le deuxième n’étant pas encore mis en chantier.
                
           
Continuons avec une question plus généraliste... N'est-ce pas difficile pour un jeune éditeur tel que vous de s'implanter sur le marché?
Hervé Brient : Le secteur le plus difficile du monde de l'édition est pour moi celui des libraires. Ces derniers sont submergés par la masse des sorties toujours plus importante et n'en deviennent que plus sélectifs. Face à ce constat, il peut être difficile pour un jeune éditeur de proposer ses titres aux libraires qui n'ont plus vraiment le temps de lire les ouvrages qu'ils reçoivent... Nous avons la chance de ne pas avoir besoin des Éditions H pour vivre, ce qui nous donne du temps pour nous implanter, ce que l’on fait à notre rythme.
Hadrien de Bats : Ca n’est pas pour rien que le monde de la presse et de la librairie, au niveau des points de vente, est en pleine mutation. On ne va plus pouvoir supporter longtemps des présentoirs avec 55 titres au m². C’est aussi pour cette raison que nous sommes fortement impliqués sur les nouvelles technologies de l’information avec Internet, Facebook, etc.
    

Une petite question impertinente pour Hervé Brient... Vous êtes depuis longtemps chroniqueur de manga et vous vous êtes plusieurs fois illustré en critiquant la qualité des ouvrages de certains éditeurs. Étant vous-même éditeur aujourd'hui, prenez-vous du recul sur ce que vous avez pu dire?
Hervé Brient : Pas du tout ! (rires) J'accepte à mon égard le même genre de critiques que j'ai pu formuler aux autres éditeurs à une époque. Par exemple, j'ai déjà fait une liste de défauts pour Sugarmilk, que je vais corriger pour une prochaine impression. En fait, le problème n'est pas d'avoir des petits soucis mais de les répéter indéfiniment !
Samantha Garnier : L'intransigeance qu'Hervé peut avoir envers les autres éditeurs, il se l'applique à lui-même et aux Éditions H. Nous avons constamment ce souci d'approcher l'excellence et ce que nous ne pardonnons pas aux autres éditeurs, nous ne le pardonnerons pas à nous mêmes.
Hadrien de Bats : Plus globalement, il est évident que notre esprit critique ne va pas disparaître maintenant que nous sommes éditeurs.
                



                      


       
Pour conclure, un petit bilan concernant cette dixième Japan Expo? Êtes-vous satisfaits?
Hervé Brient : Cela s'est très bien passé, au delà de nos espérances...
Samantha Garnier : Nous avons de bons retours concernant Sugarmilk, ce qui nous fait très plaisir!
Hadrien de Bats : Rencontrer notre public est, pour moi, une expérience incroyable. Le contact se fait très facilement, nos lecteurs et lectrices sont très ouverts et c’est une joie immense de voir nos produits connus, reconnus et appréciés!
      

    
Remerciements à Hervé Brient, Hadrien De Bats et Samantha Garnier.
Entretien réalisé par shinob lors de la Japan Expo 2009.

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