Digimon Adventure - Last Evolution Kizuna

Review de l'anime : Digimon Adventure - Last Evolution Kizuna

Publiée le Vendredi, 25 September 2020

La licence Digimon a une histoire un peu particulière en France. Arrivée chez nous au début des années 2000 par le biais de ses adaptations animées dans un premier temps, la saga a profité d'un joli succès pendant plusieurs mois, mais subissait la forte présence (pour ne pas dire pression) de Pokémon. A tel point que Digimon était régulièrement considéré, à tort évidemment, comme une copie des monstres de poches, au point de disparaître des antennes et des magasins pendant de longues années. Pourtant, un noyau solide de fans subsistait. Certains ont eu la curiosité et l'envie de suivre l'actualité japonaise, tandis que d'autres conservaient une forte nostalgie à l'égard de la première série animée (Digimon Adventure), de la deuxième (Digimon Adventure 02) un peu plus rarement, et parfois pour Digimon Tamers pour ceux qui ont pu profiter de l’œuvre sur le câble il y a plus de 15 ans.

Et si la licence a toujours su se développer et se renouveler au Japon, c'est bel et bien un retour total de la série "Adventure", qui cristallise toute une communauté qui a su accueillir les monstres digitaux à bras ouverts à l'époque, que l'on note depuis quelques temps. Ainsi, entre 2015 et 2018, la saga Digimon Adventure tri développait une suite au parcours des Enfants Élus (aka les digivauseurs), le temps de six films. Le retour de l'équipe de héros d'origine fut salué, bien que la série en elle-même ait divisé. A l'issue de leur diffusion au Japon, un nouveau long-métrage a été annoncé, Digimon Adventure : Last Evolution Kizuna.


Le film sort un peu moins de deux années après son annonce dans les cinémas japonais, à savoir le 21 février 2020. A la barre, un réalisateur imposant souvent ses visions d'univers mène pour la toute première fois une œuvre Digimon : Tomohisa Taguchi. Ce dernier a notamment orchestré la série animée Kino's Journey en 2017, mais est aussi largement passé sur la licence Persona. Nous lui devons le storyboard de l'excellent premier opening de Persona5 the Animation, les deux meilleurs opus de la quadrilogie Persona3 the Movie, et quatre épisodes parmi les meilleurs de Persona4 the Animation. A côté de ça, il a aussi dirigé l'adaptation animée du manga Twin Star Exorcists de Yoshiaki Sukeno, seul contre exemple au fait que le réalisateur transforme ce qu'il touche en or. Le script, lui, a été écrit par Akatsuki Yamatoya, scénariste au CV important et qui a déjà œuvré sur Digimon par le passé, notamment avec trois épisodes d'Adventure et plusieurs de Frontier et Savers, les quatrième et cinquième série. Côté character-design, on assiste au retour remarqué et remarquable de Katsuyoshi Nakatsuru, concepteur originel des personnages d'Adventure, qui reprend le casting adulte de la saga sous son trait. Notons enfin la composition musicale par Harumi Fûki, artiste déjà passé sur Miss Hokusai et Piano Forest, accompagné par Ayumi Miyazaki et AIM, deux des chanteurs attitrés des premières séries Digimon avec le regretté Kôji Wada, pour la dimension vocale des nouvelles chansons.

Avant de parler de la sortie française de Last Evolution Kizuna, il convient de traiter la belle actualité globale qui concerne Digimon, chez nous notamment. Depuis ce printemps (malgré une interruption momentanée à cause du Covid-19), la toute première série animée Digimon connait un reboot ayant pour titre Digimon Adventure : . Saisissant l'opportunité d'un regain d'intérêt pour la licence, la plateforme ADN a su proposer cette nouvelle série en simulcast (tout comme Crunchyroll, les deux entités étant désormais liées), mais aussi remettre en avant les premières sorties en France et plus encore. Ainsi, les trois premières séries que sont Adventure, Adventure 02 et Tamers sont proposées, en VF (ce point étant complexe, nous n'y reviendrons pas dans cette chronique). Cerise sur le gâteau : Digimon Adventure tri, la suite de 2015 des premières œuvres, a été rendue disponible pour la première fois chez nous, sous son découpage de série en 26 épisodes. Il ne restait donc plus qu'un élément fort pour marquer un retour plus appuyé de Digimon dans nos contrées : Le dernier film en date.


La nouvelle tombe fin août de cette année, Digimon Adventure : Last Evolution Kizuna bénéficiera d'une sortie dans les cinémas français CGR ! Une avant-première a d'abord eu lieu le mardi 22 septembre, laissant ensuite place à plusieurs projections dans les enseignes CGR entre le 24 et le 27 septembre. Une sortie qui peut sembler anecdotique du fait de son court laps de diffusion, mais pour laquelle il y a un véritable espoir de la part du distributeur. Ainsi, un doublage français a été commandé pour l'occasion, tandis qu'une campagne publicitaire bien marquée a permis aux monstres digitaux du film et aux digisauveurs d'apparaître sur certains écrans publicitaires et même sur des bus parisiens. Il serait difficile de ne pas voir une envie de renouer avec le succès de Digimon en parlant dans un premier temps aux vieux fans, ceux qui ont découvert Taichi et les autres héros d'Adventure au début des années 2000, et qui sont aujourd'hui adultes, parfois même parents. Et justement, c'est avant tout à eux que s'adresse Digimon Adventure : Last Evolution Kizuna, un film qui parle à l'enfant qui est toujours en nous, adultes, et sur lequel nous revenons, non sans émotion de la part de votre serviteur qui se revoit, devant TF1, à attendre le prochain épisode des monstres digitaux. Aussi, afin de parler au plus grand nombre, nous emploierons dans cette chronique les termes connus de tous et utilisés dans le film, notamment "digisauveurs" au lieux d'Enfants Elus, et de "digivolution" pour parler d'évolution, quand bien même ces appellations seraient maladroites vis à vis de l’œuvre originale.


Les digisauveurs ont grandi


Bien des années ont passé depuis les premières aventures de Taichi et de ses amis dans le monde digital. Aujourd'hui, les digisauveurs sont devenus jeunes adultes, ce qui ne les empêche pas de conserver un lien fort avec leurs compagnons digitaux. Tous continuent même d'assumer leurs rôles d'élus, et affrontent les digimon qui menacent le monde réel. Mais... Et si tout ceci ne constituait qu'une étape de leur vie, vouée à disparaître ? Tandis que chacun se dirige vers sa routine d'adulte accompli, Tai (Taichi) et Matt (Yamato) se questionnent sur la voie à prendre, quand le plus terrible dilemme se présente aux digisauveurs.

Un jour, Menoa Bellucci, jeune chercheuse dans le domaine des digimon se rend au Japon et fait appel aux digisauveurs pour une mission des plus urgentes : Eosmon, une mystérieuse créature, est apparue et vole les conscience des enfants élus du monde entier, ces derniers tombant dans le coma dans le monde normal. Mais l'ennemi est puissant, et la victoire est loin d'être acquise. C'est à cet instant que le compte à rebours fatidique se déclenche : Le lien entre le digimon et le digisauveur est voué à se rompre une fois l'humain devenu adulte, aussi les heures sont comptées pour Taichi et Agumon, mais aussi pour Yamato et Gabumon. Dans peu de temps, leurs compagnons digimon ne seront plus. Qu'à cela ne tienne, Eosmon reste une menace à éliminer durant ce court laps de temps, afin de libérer les digisauveurs dont les consciences ont été faites prisonnières.


L'ultime digivolution

Le film commence, et le Boléro de Ravel commence à retentir. Aucun doute : Last Evolution Kizuna s'adresse aux fans qui ont grandi avec Digimon Adventure, et ce dès ses premières notes. Car pour la petite histoire, ce morceau bien célèbre de la musique classique est ancré dans la saga depuis sa superbe utilisation dans le premier film de 1999, de Mamoru Hosoda. Nous sommes clairement dans notre zone de confort, et Tomohisa Taguchi semble vouloir nous offrir une madeleine de Proust qui nous fera retourner en enfance le temps d'une heure et demi... A moins qu'au contraire, le long-métrage cherche à nous faire grandir ?

Car après la scène d'action grandiose d'ouverture, celle qui nous renvoie aux bases de l'histoire d'Adventure, le cadre de ce chapitre final s'installe. Les digisauveurs ont grandi et sont devenus des adultes, comme nous. Si la plupart des membres de l'équipe a trouvé sa voie, chaque parcours étant sommairement montré dans le film, Tai et Matt savent qu'ils devront eux aussi s’accommoder à la vie d'adulte, et donc faire des choix. Le tout en assumant leur fonction d'enfant élu, puisqu'une nouvelle menace pointe le bout de son net et s'en prend aux digisauveurs du monde entier. Une double facette pour Last Evolution Kizuna qui, tout en contant ce qui semble être une aventure classique de nos héros, va traiter avec mélancolie ce qu'est le passage à l'âge adulte. Le scénario en remet alors une couche en dévoilant une fatalité qui vient définitivement bousculer le spectateur : Il n'est plus question de le conforter en lui offrant ce qu'il veut recevoir, mais lui proposer le film dont il a besoin. Le lien entre Tai et Agumon, ainsi que celui entre Matt et Gabumon, est soumis à un timer inéluctable, et la fin du film marquera la fin définitive du voyage. Ça sera le moment des adieux avec l'équipe qui a bercé l'enfance de beaucoup, et qu'on s'était plu à retrouver plus récemment avec Digimon Adventure Tri.


Une fable du passage à l'âge adulte

Plus le long-métrage progresse, et plus on comprend que les intentions de Tomohisa Taguchi sont de boucler la boucle, et faire grandir son spectateur. Ce qu'on peut d'abord juger comme les deux dimensions de l'histoire, à savoir l'épanouissement de Tai et Matt d'une part et le combat contre Eosmon de l'autre, ne sont finalement que les deux faces d'une même pièce qui parviennent à fusionner de manière admirable. L'idée globale de Last Evolution Kizuna est l'adieu de l'enfance, et le passage à l'âge adulte. Grandir, c'est garder une petite nostalgie de notre vécu d'antan, mais avoir les yeux rivés sur le lendemain. En ce sens, l'idée est sublimée par tous les choix du film, qu'ils soient scénaristiques ou esthétique. Rien n'est laissé au hasard, et, l'ultime chapitre d'Adventure est pensé d'une main de maître. Il faut dire que Tomohisa Taguchi est fort dans le travail des ambiances et pour donner du sens à ses créations. Certains se souviendront, par exemple, du quatrième film Persona3 qui était une petite pépite de douceur amère, lui aussi.

Le long-métrage a une signification lourde, et nous renvoie à chaque minute à son message grâce à ses enjeux et la manière dont il traite les réactions de Tai, Matt, Agumon et Gabumon face à ce douloureux dilemme. Émotionnellement, le visionnage est donc particulièrement éprouvant, puisque le spectateur est mis face à sa propre nostalgie. Le film lui demande d'avancer, de ne pas oublier les héros qui l'ont aidé à grandir certes, mais de leur dire adieu pour mieux se tourner vers de nouveaux horizons. C'est particulièrement fort, d'autant plus que cette proposition morale est marquée par l'ambiance générale du film, mélancolique à souhait, que ce soit dans ses couleurs crépusculaires ou dans la bande originale magnifiquement orchestrale composée par Harumi Fûki. Il faudra parfois juste quelques notes, un simple plan, ou une phrase déchirante, pour que notre gorge se noue. Oui, Last Evolution Kizuna cible avant tout l'adulte qui a connu les digisauveurs lorsqu'il était enfant. Et oui, le film le secoue, mais lui offre surtout les remerciements et le cadeau d'adieu le plus brillant qu'il soit.


Un casting traité de manière inégale ?

Un point du film décevra peut-être quelques spectateurs : L'équilibre de l'utilisation des héros. Bien que tout le casting d'Adventure et d'Adventure 02 soit réuni sur l'affiche, le long-métrage est avant tout l'histoire de Tai, Agumon, Matt et Gabumon, soit les personnages majeurs de la toute première série, et peut-être ceux auxquels les spectateurs et spectatrices se sont sûrement le plus identifiés. Les autres ont leur présence, notamment T.K (Takeru), Kari (Hikari), Izzy (Izumi) et même la fine équipe de la deuxième saison qui prend part à quelques moments d'action. Le rôle donné à Davis (Daisuke), Yolei (Miyako), Cody (Iori) et Ken est même particulièrement bien trouvé, mais il n'égale jamais celui des porteurs des symboles du Courage et de l'Amitié en terme de présence.

Sora et Biyomon sont aussi des cas à part, puisque presque éclipsés de tout le film. Pourtant, ce traitement a un sens qu'il incombe aux spectateurs de découvrir. Plus qu'une volonté de mettre la digisauveuse de l'Amour et son compagnon sur la touche, le choix a une symbolique forte. Et justement, c'est en découvrant, sur la fin, la raison de cette mise à l'écart que le spectateur se retrouvera peut-être un peu béta.

Et puisqu'on parle de personnages, on notera le nombre impressionnant de caméos qui atteste le profond respect voué à l'entièreté de la saga Adventure. De nombreuses têtes sont visibles, un moyen de caresser les fans dans le sens du poil certes, mais aussi une manière d'honorer comme il se doit les précédents chapitres de la saga, films y compris.


Une technique maîtrisée pour une expérience spectaculaire

Last Evolution Kizuna est une ode au passage à l'âge adulte. Le film est solennel, déchirant, grave même... mais aussi spectaculaire. Car Digimon reste une saga où des monstres s'affrontent dans un ensemble souvent ponctué de références aux kaijû, même si les influences esthétiques autour des monstres digitaux sont diverses. Alors, il aurait été dommage de tirer le rideau sans un ultime grand spectacle. Le métrage tient totalement ses promesses de ce côté : Les moyens ont été mis dans ce chapitre final, tandis que la direction de Tomohisa Taguchi fait souvent des merveilles. L'animation en elle-même est d'une grande fluidité, tandis que la réalisation ne se prive parfois pas d'habile jeux de caméras pour retranscrire la nervosité des quelques batailles du film.

Enfin, la direction artistique varie à chaque affrontement. On en compte trois dans l'ensemble du métrage, et chacun d'eux a sa propre identité visuelle, son ambiance et ses ambitions. Le premier est chatoyant car il n'a pas encore fait prendre conscience au spectateur de ses douloureux enjeux, et se veut aussi être une référence au tout premier film d'Adventure, là où le second combat fait dans l'hommage au second film (« Notre jeu de guerre » de Mamoru Hosoda). Enfin, le troisième symbolise toute la portée de Last Evolution Kizuna, à travers un monde presque onirique. L'évolution des séquences d'action raconte aussi une histoire puisqu'elle se fait rétrospective de la licence sur le plan cinématographique, ce jusqu'à son verdict. En plus d'être d'une grande qualité sur le plan technique, les affrontements se révèlent particulièrement subtiles dans la manière dont ils sont dépeints.


Le temps des adieux

Il y aurait énormément à dire et analyse sur Digimon Adventure : Last Evolution Kizuna, un film poétique, sensible et généreux. Un métrage qui propose donc son lot de fan-service, mais qui sait le doser afin de n'en faire qu'une saveur parmi tant d'autres de l'histoire. Aussi, nous y reviendront plus largement dans un dossier, après nous êtes attaqués au cas complexe qu'est Digimon Adventure Tri.

En attendant, on ne peut que saluer la prouesse effectuée sur le long-métrage. Dans le faux seront ceux qui s'amuseront de revoir les petits monstres digitaux tant remis en avant, Last Evolution Kizuna s'adressant à des adultes, pour les saluer une dernière fois, avant que Digimon Adventure : prenne le relais pour parler aux plus jeunes et leur procurer l'euphorie du voyage que nous avons autrefois vécu. Au terme du film, il est donc temps pour nous de laisser nos digivice, et d'adresser un ultime regard embué de larmes à Tai, Matt, Sora, Izzy, Mimi, Joe, TK, Kari, ainsi qu'à leurs amis humains et digimon. Mais une chose est sûre : Nous ne les oublierons jamais, et c'est d'autant plus le cas avec un film conclusif si poignant et intelligent.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

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MN Actus
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