Ascendance of a Bookworm - Partie 1

Review de l'anime : Ascendance of a Bookworm - Partie 1

Publiée le Vendredi, 22 May 2020

Dire que, depuis déjà plusieurs années, l'animation japonaise s'intéresse beaucoup aux light novels semble un euphémisme, encore plus concernant les récits inscrits dans le registre surexploité de l'isekai, ce concept de "téléportation" d'un héros de notre monde vers un autre univers généralement typé fantasy. L'intérêt de ce principe de base, c'est qu'il peut être exploité de bien des manières voire être un peu "tordu" dans ses règles, par exemple en y ajoutant un facteur temporel dans le très efficace Re:Zero, en proposant une connexion entre les deux mondes comme dans Gate, en proposant des univers autres que la fantasy comme dans Youjo Senki - Tanya the Evil, en faisant du héros initialement humain une autre créature comme dans Moi quand je me réincarne en slime, etc, etc... la liste pourrait durer longtemps. Forcément, à force, cette surexploitation tend à aboutir sur des récits plus anecdotiques, ou tout simplement à lasser tant les récits s'engouffrant dans cette mode sont légion. Mais il arrive toujours que, dans ce vaste monde qu'est l'isekai, des oeuvres tirent réellement leur épingle du jeu, et l'un des derniers exemples en date est assurément Ascendance of a Bookworm.

   

De son nom original Honzuki no Gekokujou ~ Shisho ni Naru Tame ni wa Shudan wo Erande iraremasen ~ (que l'on peut grosso modo traduire littéralement par "Passionnée de livres, je n'ai aucun moyen de devenir bibliothécaire"), l'oeuvre, est, à la base une série de light novels que l'écrivaine Miya Kazuki (dont c'est la 1e oeuvre) poursuit depuis 2013 dans son pays aux éditions To Books, et comptant actuellement 24 volumes dont 2 extras.
Illustrés par You Shiina, ces romans inédits en France ont eu droit dès 2015, toujours aux éditions To Books, à une adaptation manga en plusieurs parties. La partie 1 est finie en 7 tomes, tandis que les parties 2 et 3 sont en cours au Japon depuis 2018, preuves d'un succès déjà bien installé (sans oublier qu'il existe aussi une anthologie collective lancée en 2019 et se poursuivant toujours !). En France, les éditions Ototo ont senti le bon coup en décidant de publier le premier manga, sous le titre La Petite Faiseuse de Livres, à partir de février dernier, donc seulement quelques semaines après la fin de la première partie de l'anime.

Et donc, c'est à partir de 2019 que l'oeuvre, immanquablement, s'est déclinée sur les petits écrans. Divisée en 2 parties dont la 2e est diffusée actuellement, la série animée de 26 épisodes (plus 2 OAV) est proposée en France sur la plateforme Crunchyroll en vostf. Sa première partie, s'étalant sur 14 épisodes, a été diffusée du 2 octobre au 25 décembre 2019, avec les deux derniers épisodes proposés à la suite le même jour. C'est cette première salve de 14 épisodes qui nous intéresse aujourd'hui.

Ascendance of a Bookworm nous vient du studio Ajiado, studio de production assez discret mais existant depuis les années 70, que l'on a pu voir ces dernières années sur les animes DD Hokuto no Ken, Izetta the Last Witch ou actuellement Kakushigoto, ou encore sur le film Seven Days War que le distributeur Eurozoom devrait sortir dans les cinémas français cette année.
A la réalisation, on trouve Mitsuru Hongo, auparavant réalisateur de World Trigger, Tenkai Knights ou encore Outlaw Star, et qui s'appuie ici sur un script de Mariko Kunisawa, scénariste des séries The case files of Jeweler Richard et Hatsukoi Limited entre autres, mais aussi d'épisodes de diverses séries, mais qui n'est pas forcément hyper prolifique.
Le design des personnages a été confié au duo Toshihisa Kaiya (réalisateur du film FLCL Progressive, chara designer de World Trigger, et animateur sur de nombreux projets) et Yoshiaki Yanagida (chara designer de Kujibiki Unbalance, Dark Myth, Spirit of Wonder, et animateur sur un paquet de projets dont plusieurs films Doraemon), tandis que la direction artistique a été assurée par Ryôka Kinoshita, qui a occupé un rôle similaire sur Digimon Adventure, Days, Full Metal Panic! Invisible Victory ou encore Tokyo ESP.
Enfin, les musiques ont été composées par l'artiste MICHIRU, qui a également travaillé sur Given, Izetta: The Last Witch, Kokkoku ou encore Mitsuboshi Colors.

  

L'oeuvre nous plonge aux côtés d'Urano Motosu, une jeune femme qui, depuis toute petite, adorait les livres, au point d'en faire désormais son métier. S'intéressant à tous types de lectures au point d'avoir acquis énormément de savoir, elle est brillamment ressortie diplômée de sa formation pour devenir bibliothécaire... mais c'est aussi l'instant où, alors qu'elle était sur le point d'atteindre son rêve, elle est décédée ironiquement en voyant sa collection de livres s'effondrer sur elle suite à un séisme. Au moment de mourir, elle eut tout juste le temps de faire un souhait: si elle doit renaître, qu'elle puisse continuer à lire des livres. Qui aurait cru que son rêve serait exaucé... mais seulement partiellement ? Car s'il y a un dieu, il semble bien cruel: bel et bien ressuscitée dans le corps d'une fillette de 5 ans nommée Maïn, la brillante étudiante se retrouve toutefois dans un monde à des années-lumière de ses rêves, puisque l'illettrisme y semble omniprésent et que les livres, très rares puisque l'imprimerie n'existe pas encore, y sont quasiment inaccessibles pour une famille pauvre comme la sienne ! Tout en découvrant ce monde et en cherchant des livres par tous les moyens, la fillette risque fort de bouleverser quelque peu l'étrange monde dans lequel elle s'est retrouvée...

Encore un isekai, donc. Oui, mais celui-ci s'avérera bien différent, chose que l'on ressent d'ailleurs dès la réincarnation d'Urano dans le corps de Maïn, fillette de 5 ans qui existait déjà dans cet autre monde, ayant une santé fragile, et dont notre héroïne acquiert systématiquement tous les souvenirs en plus de se rappeler de son ancienne vie dans notre monde. En somme, on a une jeune femme coincée dans le corps d'une enfant de 5 ans chétive et ne pouvant pas faire grand chose par elle-même, qui plus est expédiée dans un monde bien différent de la plupart des isekai habituels: ici, pas de créatures de fantasy ou de magie au premier abord, même s'il finira par y avoir une dose de fantastique se développant trèèèès doucement au fil des épisodes. On a avant tout un monde apparaissant tout simplement ancien, médiéval, peut-être assez proche de ce que pouvait être notre Europe au Moyen-Âge avant des révolutions comme l'imprimerie, et que nous allons découvrir en même temps que Maïn.

  

Car forcément, les premiers moments de Maïn dans sa nouvelle vie sont, avant tout, synonymes de découvertes. Tout en "faisant la connaissance" de sa famille avec sa mère, son père Gunther, et sa grande soeur de 7 ans l'adorable Tuuli, puis plus tard de ses amis dont le jeune Lutz qui a le même âge qu'elle, de premières choses frappent vite notre héroïne: il y a des petites différences étonnantes avec le monde qu'elle a connu, comme des couleurs de cheveux surprenantes (ceux de Tuuli sont verts) ou des fruits qu'elle ne connaît pas. Son escapade dans la maison familiale est sans appel: une modeste bâtisse en bois dans un immeuble, avec seulement trois pièces, sans salle de bains (car on ne se lave pas, ou rarement), sans toilettes (on se contente d'un pot de chambre dont ont jette le contenu par la fenêtre), sans eau courante... ni bibliothèque ! Maïn le comprend donc vite: sa famille n'est pas parmi les riches. L'étape suivante, celle de la découverte de la ville en accompagnant sa mère au marché, lui enseigne encore des choses: les bâtiments et l'architecture évoquent une ville ancienne européenne, des remparts entourent la ville pour la protéger (son père étant d'ailleurs un soldat gardant la porte sud), d'autres remparts intérieurs séparent le château du seigneur et les résidences des nobles des habitations pour les roturiers, les magasins sont réservés aux plus riches tandis que les "pauvres" doivent se contenter du marché, il y a un imposant temple où elle devra se faire baptiser quand elle aura 7 ans... Il y a en plus d'autres détails: le fait qu'il n'y ait pas d'école et que les enfants aident les adultes ou alors travaillent déjà, l'absence de frigo contraignant à acheter au marché de la nourriture à conserver pour l'hiver et qu'il faut donc saler et fumer... C'est ainsi tout un contexte de vraie ville médiévale que l'autrice originale met en place, un contexte pour lequel on devine une certaine documentation tant les choses apparaissent crédibles.

  

Dans ce contexte qu'elle découvre souvent avec un dépit un peu comique, la fillette va donc devoir mettre en pratique les connaissances qui lui restent de son ancienne vie, ces connaissances qu'elle a accumulées aussi bien via ses innombrables lectures que via ce que lui a appris sa mère. Bien sûr, elle découvrira pas mal de petites choses typiques de ce monde ancien, comme comment fabriquer des chandelles avec les moyens du bord. Mais ce sont ses propres trouvailles qui captent le plus l'intérêt au point de même étonner ses proches: moyen astucieux pour l'époque d'attacher ses cheveux avec un bâton, fabrication d'un shampooing artisanal à base d'huile végétale... C'est que la demoiselle nous en apprendrait même, à nous autres spectateurs !

  

Mais si la série s'appelle ainsi, ce n'est pas pour rien, Maïn étant en permanence mue par son désir de trouver des livres dans ce monde et d'en toucher. Mais de ce côté-là, elle va de mal en pis: dans un monde inspiré de notre Europe médiévale d'avant l'invention de l'imprimerie, où les livres sont alors écrits manuellement et sont donc très rares, où les roturiers/pauvres savent à peine lire ou écrire (voire pas du tout) au point que l'écriture n'est même pas répandue, les livres et la lecture sont des loisirs réservés aux plus riches... Et pourtant, notre passionnée héroïne ne baisse pas les bras: si elles ne peut pas avoir de livres, elle en fabriquera elle-même ! C'est ce qu'elle se met en tête dans un premier temps, et ce sera l'un des grands axes d'une partie de la série, avec à la clé certains petites mines d'informations sur des techniques anciennes de fabrication de papier et de livres: mise en avant de la technique du papyrus issue de l'Egypte ancienne, conception de tablettes d'argile comme en Mésopotamie... Bien souvent, Maïn échouera pour x raison (conception trop complexe, trop longue ou trop aléatoire, malchance...), elle se désespérera régulièrement, mais n'abandonnera jamais son désir de lire, de toucher des livres où des "substituts de livres". La passion du livre l'anime en permanence et, couplée à son esprit intelligent, à ses nombreuses idées et à sa vivacité malgré son petit corps fragile, cela en fait une petite héroïne instantanément attachante.

  

Cependant, la passion dévorante de Maïn suffira-t-elle à lui faire atteindre son rêve ? Au fil de la série, différents obstacles se présenteront devant elle, des obstacles ne se limitant pas aux difficiles "fabrications du substituts de livres" qu'elle entreprend, et pouvant prendre des formes assez diverses.
Il y a bien sûr, tout simplement, le contexte de l'époque: la réservation des livres aux plus riches, l'impossibilité pour les plus pauvres de ne serait-ce que les effleurer, l'illettrisme de son entourage... Des choses que la fillette essaiera de franchir, à sa manière, avec à la clé des possibilités plus marquantes dans les derniers épisodes, grâce à de nouvelles rencontres, à l'arrivée dans un nouveau lieu et à la petite part de magie qui semble se consolider.
Mais il y a aussi tout bonnement l'obstacle qu'est son propre corps. Car dans ce monde, Maïn, rappelons-le, n'est qu'une enfant de 5 ans, qui plus dotée d'une très faible constitution physique, qui lui vaut plus d'une fois de tomber malade voire de frôler la mort, tant le moindre effort un peu trop prononcé devient pour elle une lutte. Un handicap de physique, de santé, d'âge, qu'il lui faudra essayer de braver ou de compenser comme elle le peut.
Enfin, il y a un autre type d'épreuve à surmonter à un certain moment de la série, qui exploite très bien l'une des particularités de la réincarnation de notre héroïne, et autre preuve que le concept d'isekai est ici exploité à bon escient en se justifiant bien. Contrairement à un Subaru de Re:Zero ou à un Naofumi de The Rising of the Shield Hero qui conservent leur corps initial, contrairement à un Limule de Moi quand je me réincarne en slime qui se retrouve dans un corps de slime qui n'existait pas au préalable, notre héroïne, elle, se retrouve dans le corps d'une fillette qui existait déjà avant: la Maïn "initiale" vivait déjà dans ce monde, avec ses parents, sa soeur, ses amis, et Urano est en quelque sorte venue lui "voler" son enveloppe corporelle, avec tout ce que ça peut impliquer. Il y aura des interrogations sur ce qu'a pu devenir l'esprit initial de Maïn, avec à la clé une réponse/hypothèse forcément tragique. Et notre héroïne devra veiller à ne pas trop susciter le doute de son entourage... mais pourra-t-elle vraiment tromper quelqu'un comme son ami Lutz, qui connaissait si bien la Maïn initiale ?

  

Cela nous permet de rebondir sur un autre aspect très plaisant de l'oeuvre: la palette de personnages secondaires gravitant autour de notre héroïne. Maïn les découvre tous petit à petit, voit bien le bon fond de ses parents, a l'occasion de voir le travail de son père et de son collègue, s'attache forcément à son adorable et bienveillante grande soeur, s'amuse de voir un ami avoir un peu le béguin pour Tuuli, noue une réelle amitié avec Lutz quand bien même celui-ci sent qu'elle n'est plus la même... Les relations auront, elles aussi, une certaine importance.

Côté technique, Ascendance of a Bookworm répond à ce que l'on peut attendre d'une série de ce genre, d'une oeuvre "médiévale" jouant plus sur une certaine tranche de vie que sur de l'action. On n'a pas une énorme claque visuelle car ce n'est pas le but d'une oeuvre de ce genre, et on pourra même noter quelques visages irréguliers lors de certains épisodes, mais l'immersion est bel et bien là. Le cadre de la cité médiévale se veut très immersif, avec des décors et architectures bien soignés ainsi que des tenues convaincantes, les couleurs sont belles et portent bien ce travail visuel, les musiques à connotation moyenâgeuse sont souvent impeccables, l'ambiance se veut généralement assez rythmée par les agissements et les pensées de Maïn, la petite héroïne a évidemment une frimousse adorable et attachante qui n'occulte en rien sa part de maturité et d'intelligence... On pourra éventuellement trouver quelques brefs coups de mou ou, au contraire, quelques éléments paraissant légèrement rushés, mais absolument rien de problématique et qui soit susceptible de nous faire sortir de la série.

  

A l'image du manga dont les deux premiers tomes sont peut-être même encore plus soignés et immersifs, cette adaptation animée commence dont de très bonne manière, en sachant mettre en évidence toutes les qualités de l'univers assez unique créé par Miya Kazuki. Rappelons que la deuxième partie (épisodes 15 à 26) est en cours aussi bien au Japon qu'en France depuis le 4 avril, et qu'elle suit son cours comme prévu, sans interruption à cause de l'épidémie de Covid-19, étant donné que le staff avait fourni tous les épisodes à l'avance. La fin de cette adaptation devrait donc arriver dans quelques semaines, fin juin, ce qui nous laissera le temps de revenir auparavant sur les deux OAV...
    

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

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MN Actus
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