LEMAIRE Reno - Actualité manga

LEMAIRE Reno

Artists Authors

Interview de l'auteur

Interview 1






Manga-news: En premier lieu, peux-tu nous parler de ton parcours? Comment es-tu devenu dessinateur et pourquoi?


Reno Lemaire: Je dessine depuis que je suis tout petit. A l'âge de sept ans, je savais déjà que je voulais exercer le métier de dessinateur de bandes-dessinées. Ecolier, j'aimais croquer un personnage sur une simple feuille de papier et lui inventer des amis, un passé, un futur: j'étais le gars de la classe qui dessinait bien, comme beaucoup d'autres... J'ai suivi un cursus "normal", qui n'est pas en rapport avec le métier que j'exerce aujourd'hui. C'est après l'obtention de mon Baccalauréat STT que j'ai atterri à la Fac d'Histoire de l'art (j'avais été à l'époque refusé dans toutes les écoles d'arts plastiques que j'avais démarchées). Là un professeur m'a conseillé de monter un premier projet professionnel pour le présenter aux éditeurs... Mais ce fut un échec. Quelques temps plus tard, j'ai retenté l'aventure en envoyant un mail à certaines maisons d'édition pour leur faire découvrir un synopsis de Dreamland. C'est l'offre de Pika qui fut la plus intéressante, c'est donc avec eux que je travaille aujourd'hui...

Aujourd'hui, beaucoup parlent de Global manga pour définir le travail des auteurs français qui s'inspirent du manga. En tant que précurseur du genre, que penses-tu de ce terme et quels sont selon toi les atouts du Global manga?

N'aimant pas trop les étiquettes, je ne me sens pas plus que ça associé au courant du Global Manga. Je me considère avant tout comme un auteur, un conteur. Je trouve ce courant tout à fait légitime, étant donné que la plupart des auteurs français de Global manga ont entre 20 et 30 ans et sont donc issus de la génération du Club Dorothée. J'espère que ce courant ne se développera pas trop vite, car j'ai peur qu'il se transforme en une sorte "d'effet de mode". Il ne faut pas que les jeunes dessinateurs souhaitent réaliser un manga "histoire de faire du manga": tout projet doit être réfléchi et de qualité.
L'atout intéressant du global manga pour les auteurs français est sans aucun doute le format. En effet faire du global manga permet de dessiner une histoire sur 200 pages, ce qui donne une liberté narrative extraordinaire!

Quelles sont tes principales influences pour Dreamland?

Le manga qui m'influence le plus est la série One Piece, dans laquelle Oda opère un savant mélange d'action et d'humour déjanté. Globalement, je m'inspire de presque tout: bandes dessinées franco-belges, comics et manga bien sûr! Pour la gestion de mes personnages, j'ai également des références issues de certaines séries TV: les Simpsons, South Park, Friends...

Quelle contrainte scénaristique t'imposes-tu en priorité lorsque tu réalises un volume de Dreamland?

Mon but premier, c'est de surprendre constamment mon lecteur. Ce dernier ne doit surtout pas avoir une idée ce qu'il va se passer au prochain volume. J'aime également créer des cliffhanger à chaque fin de tome, histoire de rendre l'attente entre chaque volume insoutenable! (rires)

On peut classer Dreamland dans la catégorie shonen. Quels sont les codes de ce style que tu apprécies plus particulièrement?

Pour l'instant, on peut effectivement assimiler Dreamland à du shonen. Mais je peux néanmoins vous dire qu'une fois la série terminée, il sera difficile de classer ma série dans tel ou tel genre!
Sinon, pour répondre à ta question, mon code du shonen préféré reste celui du looser, peu sûr de lui, qui apprend à se surpasser et surmonter ses peurs. On peut classer Terrance (personnage de Dreamland, ndlr) dans cette catégorie.

Ta précédente réponse me laisse suggérer que tu as déjà imaginé le scénario de Dreamland de A à Z... Sur combien de tomes comptes-tu étaler ta série?

Effectivement, je sais comment Dreamland va se conclure. Mais pour le cheminement, je fonctionne en partie à l'improvisation. J'ai bien évidemment imaginé les grands axes scénaristiques de ma série, mais j'aime à faire évoluer mon histoire selon mes inspirations du moment. Travailler de cette manière me donne de la motivation à l'ouvrage, et me permet surtout de ne pas éprouver de lassitude...
J'ai imaginé un univers très large pour Dreamland, donc j'espère dépasser au moins les dix volumes, sans atteindre non plus les 60 volumes! A part ça je n'ai pas une idée précise sur ce sujet... Tout dépend de mon envie, de ma motivation, mais aussi des différents projets qui me seront proposés par la suite.

Quand allons-nous pouvoir découvrir le prochain volume de Dreamland?

Il faut savoir que depuis quelques temps, j'ai monté un studio. Nous sommes donc trois personnes aujourd'hui à travailler sur Dreamland. Nous ne pourrons jamais atteindre la rapidité de parution de la plupart des séries nippones bien-sûr... Notre but est de trouver un rythme de parution régulier. On espère ainsi réaliser un volume de Dreamland en quatre mois. Le volume 6 sera probablement fini fin septembre, et sortira en volume relié deux à trois mois plus tard par Pika, soit en Novembre ou en Décembre.

Merci beaucoup pour cette interview!
  


Interview n°2 de l'auteur

Publiée le Mardi, 13 October 2020

Interview 2



Voilà 7 ans que Dreamland, la série de Reno Lemaire, a vu le jour aux éditions Pika, et force est de constater que le succès grandit au même rythme que le talent de cet auteur passionné et ambitieux. Si nous avions déjà rencontré Reno lors de l'édition 2008 de Japan Expo, nous avons souhaité renouveler notre interview afin de revenir sur l'évolution de la série, et parler des évènements percutants qui entourent Dreamland depuis quelques mois. Toujours aussi agréable et ouvert, Reno s'est confié à nous sans retenue, à travers une entrevue riche et conviviale.
 
 
  
 
Bonjour Reno, merci à toi de nous accorder cette seconde interview. La question va te sembler étrange, mais qu’as-tu avec le caca ? Je m’explique : On retrouve cette thématique de l’excrément depuis les débuts de Dreamland, que ce soit par les géants criant des insanités ou dans le tome 12. Aurais-tu une phobie du caca ?
Ah non, au contraire, je suis un passionné du caca ! Je les mets au congélo dans des petits Tupperware avant de marquer l’année !
Plus sérieusement, le caca est un délire qui revient souvent entre potes, entre mecs surtout. Dreamland est mon histoire, je me base sur des choses que j’ai vues. C’est vrai que Terrence qui chie dans un sac, c’est un peu extrême, mais ça représente ce que j’ai pu vivre en soirée, je l’ai bien sûr adapté au scénario.


Notre dernière interview remonte au tome 5. Est-ce que ton point de vue sur ta profession et tes méthodes de travail ont changées ?

Mon point de vue a changé comme le milieu a changé. Il y a 7 ans, nous étions une poignée à faire du manga à la française tandis qu’à l’heure actuelle, chaque éditeur cherche légitimement à lancer ses propres créations. De plus en plus d’auteurs franco-belges se lancent, ce qui est très bien, je me demande même pourquoi nous n’en sommes pas arrivés là plus tôt.
Aussi, l’état d’esprit des lecteurs a changé. Actuellement, j’entends beaucoup de « c’est génial que ce soit français !» alors qu’il y a six ans, le même public disait l’inverse. Malgré le soutien que j’ai reçu dès le départ, nous sommes passés du « c’est bidon le manga français » au « merci d’être français ». Ce n’est pas tant moi qui ai évolué psychologiquement, mais plutôt le public qui s’est ouvert.


Au tome 12, que penses-tu de Dreamland ? Y a-t-il des séquences que tu aimerais modifier ou rajouter ?
Pas du tout. Bien entendu, mes premières pages sont bourrées d’erreurs, et c’est normal pour un auteur ou un artiste de constater ses anomalies, nous sommes des éternels insatisfaits. J’assume entièrement ce que j’ai fait et je n’ai rien à changer.


Parle-nous de la réédition des trois premiers volumes de Dreamland.
Dreamland est une immense spirale positive où tout arrive au bon moment. Il n'y aurait pas eu cette réédition si la série ne s'était pas exportée en Allemagne. Lorsque tu veux vendre les droits à l'étranger, tu as beau dire « Regardez, mon auteur dessine bien au tome 10 », il faudra avant tout vendre des tomes 1. Il s'est avéré qu'au même moment où les négociations avec l'Allemagne avaient lieu, j'avais repris les dix premières pages de Dreamland en incluant plus de trames, juste pour mon délire. Lorsque Pika est revenu vers moi pour me faire part des difficultés des négociations vis à vis du dessin, j'ai proposé ces dix pages retouchées en guise d'aperçu. Elles ont plu aux allemands qui ont décidé de publié la série si les premiers tomes étaient retouchés de la même manière. La réédition est partie de là. Je suis quelqu'un d'entier et je n'ai pas voulu me limiter au premier volume, mais bien retoucher les trois premiers. Il faut savoir que je n'ai pas redessiné ces chapitres : j'ai ouvert mes anciens fichiers en ajoutant les trames et en corrigeant les imperfections, par exemple en replaçant un œil mal calibré.

Si Pika a tenu à sortir ces trois volumes retouchés en France, c'est aussi pour tenter de gagner un public qui aurait pu me bouder à mes débuts, et relancer la série. Mais d'un autre côté, je ne voulais pas trop entrer dans l'aspect mercantile de la démarche, je ne voulais pas faire une nouvelle édition au sens propre du terme avec simplement une nouvelle couverture ou des suppléments inédits. Non, je retravaille chaque page afin que le lecteur en ait pour son argent. Comme ça, je n'oblige pas ceux qui ont l'ancien tome 1 à acheter de nouveau l'exemplaire. C'est juste une réimpression améliorée qui ne concernera que les trois premiers volumes de la série.
Il faut savoir que le marché du manga a changé et si Dreamland a marché au moment de sa sortie, c'est parce que le public m'a soutenu et que l'offre était différente. Si le premier tome paraissait à l'heure actuelle, il aurait bien plus de mal à s'imposer sur le marché.
   

 
En dehors de l'Allemagne, est-il prévu que Dreamland atteigne d'autres pays ? Je pense notamment à l'Italie qui est très friande de manga.
Il faudrait demander à Pika lui-même. Connaissant le marché, je ne suis pas surpris de l'exportation de Dreamland en Allemagne tant l'offre est similaire, les chiffres sont simplement moins importants qu'en France. L'Espagne et l'Italie sont aussi des grands consommateurs de manga et s’il n'y a rien d'officiel, je pense que ce sont ces deux pays qui seraient susceptibles d'accueillir Dreamland. Éventuellement, l'Amérique du Nord et le Japon pourraient aussi être concernés, mais c'est juste une réflexion de ma part.
J'écris mon histoire sans ambition particulière. Le Japon n'est pas mon El Dorado. Une publication là-bas serait juste bénéfique pour mon portefeuille, mais ça s'arrête là.
        

Ta manière de travailler a beaucoup évolué. Peux-tu nous en parler ?
Quand on y réfléchit, on voit qu'il y a bien plus de travail dans le volume 12 que dans le premier tome, j'ai pourtant dessiné dans le même laps de temps. J'ai dû optimiser beaucoup de techniques et suis devenu perfectionniste. Étant moins laxiste sur certaines cases, je prends mon temps. Il y a aussi mes potes qui m'aident depuis le tome 1 : nos façons de travailler sont différentes, mais ils sont toujours là pour m'épauler.
En fait, j'ai beaucoup plus de recul quant à ma façon de travailler : J'enchaine tout le tome d'une traite sans prendre le temps d'apporter des corrections sur les défauts dont j'ai conscience. Lorsque le volume est fini, je reviens sur mon travail, je corrige grâce au recul que j'ai acquis grâce à l'élaboration du tome. C'est une technique que j'utilise depuis le tome 9. Concernant l'utilisation de logiciels, j'ai acquis quelques techniques et raccourcis. Je suis allergique au numérique et malgré les conseils de mes amis, je reste fidèle à ma plume. Je reconnais que l'utilisation des programmes est un gain de temps alors j'ai fait un compromis, je ne les utilise que pour certaines étapes du dessin comme les trames.
Il y a une constante recherche de la perfection, des techniques qui permettront de dessiner mieux et plus rapidement. Pour ma part, je ne suis pas de ceux qui préfèrent être rapide, je privilégie la qualité de mon tome pour Dreamland.


Peux-tu nous parler de la fabrication même d'un tome de Dreamland ?
Depuis sept ans que je travaille sur Dreamland, les choses ont changé avec Pika. Il y a eu une refonte de l'équipe éditoriale qui a engendré un déblocage dans la communication, je suis davantage au courant de comment se fabrique mon bouquin. Je mets ma main à la patte, ça permet de décider quel papier sélectionner, par exemple. Il y a un vrai investissement de la part de Pika. On met le paquet et sans prétention aucune, je peux dire qu'en terme de qualité, Dreamland est le manga le mieux édité en France. D'ailleurs, la fabrication d'un tome de Dreamland met plus de temps que celle d'un Fairy Tail. Contrairement aux autres éditeurs qui font du Global Manga, Pika met les moyens pour créer le titre de meilleure qualité en terme d'édition. Tous les choix éditoriaux ont été réfléchis, comme la couverture mate par exemple.
 

A propos du papier mat, on remarque qu'il est utilisé par les couvertures depuis le tome 10. Les retirages des tomes 4 à 9 bénéficieront-ils du même matériau, afin de donner une uniformité à la collection, en rendant les premiers tirages plus « collectors » ?
Une fois les stocks épuisés, les volumes partent en réimpression. Voilà un an déjà que les retirages ont commencé et que les tomes 6 à 9 sont déjà dans les librairies avec un papier mat.


Pourquoi avec choisi ce papier d'un volume à l'autre ?
Dreamland, c'est l'œuvre d'un p'tit gars qui grandit. Avant le tome 10, je me suis rendu compte qu'un papier mat avait plus la classe qu'un papier brillant, c'est quelqu'un chose qui m'a pris du jour au lendemain. Ce sont les choix d'un auteur qui apprend et dont les envies changent quand on lui donne les moyens. Il faut juste que cela n'ait pas de répercussions sur le prix final du livre.

 
 
Dreamland a atteint le tome 12 et nous pouvons désormais entrevoir le cheminement de la suite de la série. Ainsi, t'es-tu fait une idée du nombre total de volumes que contiendra ton œuvre ?
En fait, j'ai écrit le début et la fin de Dreamland en même temps. Je ne savais pas exactement ce qui se passerait dans le tome 12, mais j'ai déjà mis au point les grands axes de la série, le schéma des différents arcs. Le nombre de tomes est défini dans ma tête et même si je suis susceptible de rajouter de nouveaux éléments ou d'en enlever, je fais confiance à mon sens de l'improvisation pour respecter ce nombre de volumes. Je ne tiens pas à faire une série à rallonge, Dreamland se terminera comme je l'ai décidé au départ. Ainsi, je ne trahirai pas mes années de travail, ni même mon public, il y aura une fin cohérente.


Comment juges-tu la fin de ton manga ?
J'ai écrit mon histoire, je suis confiant. Je lis beaucoup de manga, j'ai l'impression que la fin que j'ai imaginée apportera quelque chose de nouveau. Ou plutôt, elle sera différente des fins que l'on connait habituellement. On peut détester comme adorer. J'attendais qu'on me donne l'opportunité de créer mon histoire, et aller jusqu'au bout sera une immense fierté. En se projetant dans quelques années, on se dira peut-être que Dreamland n'est ni un shônen, ni un shojo, ni un seinen, mais simplement l'histoire d'un petit gars qui grandit avec ses lecteurs. Je m'en rends compte en rencontrant les fans depuis des années.
Je pense que Dreamland est à part de ce qui est proposé sur le marché du manga, c'est ça que je trouve super cool.


On remarque que le personnage de Ben change souvent d'apparence. Est-ce une volonté de ta part, ou ton trait qui évolue ?
A Montpellier, on appelle les gens comme Ben les « kékés », c'est l'inverse de Terrence qui est un « moumou », style street-skate. Ben est le genre de mec propre sur lui, qui suit les tendances. Vu que Dreamland est une histoire ancrée dans la réalité, j'adapte Ben aux modes. C'est ce que je trouve intéressant dans Dreamland. Les personnages ont leur façon de s'habiller mais changent de vêtements tout le temps, à l'inverse de Goku qui porte le même kimono en permanence. (rires)


En fait, tu retranscris des citoyens français ordinaires. Cela permet aussi une meilleure identification, non ?
C'est ça, chacun a son style. Toi-même tu peux avoir une façon de t'habiller qui est vouée à évoluer, c'est le cas de Ben. Pour prendre l'exemple d'Eve, on me demande souvent quelle est sa couleur de cheveux. Dans ma vie, j'ai eu des copines qui changeaient de temps en temps de teinture de cheveux, Eve est de ce genre-là, je trouve ça rigolo. (rires)


Tu as beaucoup travaillé la relation entre Terrence et Lydia depuis le début. Leur idylle est-elle vouée à évoluer encore ? As-tu certains développements en tête ?
Je pense qu'en revenant sur ce que j'ai dit précédemment, tu peux avoir la réponse. Quand j'écris un personnage, j'aime lui faire vivre des trucs assez intenses. Par exemple, j'aurais pu faire de Terrence un étudiant après obtention du bac, afin qu'il se retrouve à la fac avec Lydia. Mais j'ai trouvé plus intéressant que Terrence soit le seul à repiquer. Du lycée à l'université, il y a un changement dans les états d'esprit et les délires. C'est pour ça que j'ai trouvé intéressant le fait que Terrence soit le seul à redoubler. Je prends cet exemple pour illustrer la relation de Terrence et Lydia : C'est leur première relation, ils s'aiment, ils y croient. Mais c'est justement plus intéressant de montrer que la vie est pleine de difficultés et qu'on a beau croire en une relation, on ne peut pas prévoir l'avenir, ni les rencontres et les changements. Terrence et Lydia, c'est l'histoire du premier grand amour. Ce n’est pas forcément celui qui dure toute la vie, mais on y croit quand même.


On remarque que tu essais de dépeindre une relation franche, sans exagération, je pense notamment à la première nuit d'amour entre Terrence et Lydia. C'est très différent de ce que l'on trouve dans le manga.

Une « première fois », lorsque les deux sont puceaux, c'est passionnant à raconter. On s'interroge, on s'inspire de son vécu ou de celui de potes... On parle des joies ou des disputes... C'est super intéressant !
 

Dreamland est considéré comme un manga, sans forcément faire la distinction dans les origines des œuvres. Comment vois-tu cette comparaison ?
On compare souvent Dreamland au manga afin de le valoriser, mais je pense que ce n'est pas comparable. Ce n'est pas la même culture, ni les même codes. Par exemple, je n’ai jamais saigné du nez lorsque j'étais excité par une fille. Oui, c'est un format manga, et le Japon m'a apporté beaucoup, je ne renie pas l'affiliation. Mais je pense qu'en regardant les derniers volumes en date, on peut voir que j'ai pris mon envol et que le public me soutient pour ça. On me dit souvent : « Reno, Dreamland c'est super frais ! ». Mais les shônen japonais sont toujours dans le même délires, par obligation évidemment, c'est très codifié. Si Eiichiro Oda avait les même libertés que Pika me donne, il ferait quelque chose de grandiose. Pour ma part, je suis loin d'être le mec le plus inventif qui soit, mais c'est parce que j'ai moins de restriction que je peux me détacher du schéma classique du shônen et créer quelque chose d'original.

 
 
Nous trouvons que tu arrives à merveille à retranscrire la vie à Montpellier !
Je retranscris simplement ce que je vois, ce que j'ai vécu, et ce que vous pourriez vivre. Mais en parallèle, j'écoute les témoignages d'amis et familles plus jeunes ou plus vieux, c'est très important pour mon inspiration, afin que chacun puisse s'identifier dans le récit.


Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Tsume ? Est-ce que cela va t'amener à créer de nouvelles figurines ?
Quand j'ai commencé à créer du goodies pour Dreamland avec ma copine, Tsume est venu vers nous, je ne les connaissais pas. On avait un budget pour des petits goodies mais pas assez pour de la figurine, tout en sachant que c'est un domaine auquel je ne m'intéressais pas. Bien-sûr, en tant qu'auteur, on aimerait tous voir nos personnages en figurines.
J'ai rencontré Cyril Marchiol (ndlr : créateur de Tsume) à qui j'ai expliqué que nous étions une petite entreprise. Cyril est quelqu'un de très humain, il a rapidement compris mon discours et a tenu à m'aider après avoir vu le Dreamland Shop. De mon côté, j'ai été bluffé par la qualité des réalisations de Tsume. Il y a donc eu un feeling et Cyril est rapidement devenu un ami. Un prototype a ensuite été réalisé, il nous a permis de lancer la pré-commande durant l'été 2012.
En pré-production, il nous fallait une estimation de la quantité de personnes intéressées par la figurine. Les fans ont compris la démarche, le fait qu'ils achetaient non pas juste pour avoir l'objet mais bien pour qu'il existe. Quand on y pense, c'est une aventure originale, inédite dans le milieu du manga.
Selon Tsume, c'est leur plus belle figurine PVC, notamment parce que contrairement aux objets dérivés de Naruto ou Fairy Tail, il y a une collaboration directe entre l'auteur et le fabriquant. Je ne connaissais pas les figurines mais mon cousin Romain, qui est passionné, a beaucoup travaillé la pose de Terrence. C'était un travail de fanatique d'un bout à l'autre, c'est pour ça que je pense me trouver dans une spirale incroyable.


Le Dreamland Shop semble rencontrer son succès. Penses-tu élargir la gamme de produits ?
Là aussi, c'est une opportunité qui s'est présentée. Il y a deux-trois ans, j'ai proposé à Pika de créer des produits dérivés, pas pour toucher plus d'argent mais parce que beaucoup de fans les demandaient. Mais Pika ne fait pas de produits dérivés, j'ai alors réfléchis à des goodies pour satisfaire la demande. On a créé le Dreamland Shop, suite à des accords avec l'éditeur. Mais je suis débordé par l'élaboration des tomes, j'ai proposé à ma copine de gérer tout le projet sachant que je m'occuperais seulement de la réalisation, chose qu'elle a accepté. Depuis, c'est devenu un immense concept, et une grande joie de l'entretenir avec ma copine.
Les réalisations des produits ont commencé par les sweet. On a reçu plusieurs échantillons que j'ai tenu à corriger, parce que le but n'est pas de faire simplement du profit mais de proposer aux fans des produits de qualité. Nous voulions de la nouveauté, et c'est pour cela que tous les dessins fait pour le Dreamland Shop sont des illustrations inédites. On voulait que le fan ait un produit original bénéficiant un visuel différent de ce qu'il a vu dans les bouquins, de manière à satisfaire la confiance qu'il nous a accordé. Avec du recul, on est impressionnés. On reçoit souvent des mails des fans qui expriment leur satisfaction après réception.


As-tu déjà prévu des projets après Dreamland ou pour Dreamland ?
Pour Dreamland, je laisse ma copine gérer tout le Dreamland Shop. Tous les produits qu'on a imaginé il y a deux ans ont été concrétisés, on a juste comme idée la création d'un grand calendrier de ouf, qui afficherait tous les évènements importants de l'année.
Puis j'ai d'autres projets, que j'ai eus avant Dreamland, pendant Dreamland, et que j'aurai après. Tout est une question de temps : je travaille 15 heures par jour donc je ne peux pas faire autre chose que Dreamland. Je pourrai mettre Dreamland en pause un an mais il y a un marché, et je dois battre le fer tant qu'il est chaud.


Remerciements à l'auteur et aux éditions Pika.


Interview 3




Reno Lemaire, l'auteur du manga français Dreamland, est un artiste que l'on aime retrouver de temps à autres, afin de parler de l'évolution de son œuvre et sur ce qui se fait autour.


Avec le dix-neuvième tome de la série, paru fin 2019, la conclusion de la première grande partie de Dreamland a été atteinte. Peu de temps après, l'auteur officialisait en grande pompe l'artbook de la série, projet qui lui tient à cœur depuis longtemps.


Il n'y avait donc pas plus belle occasion que l'édition 2020 du Festival International de la Bande-Dessinée d'Angoulême pour retrouver Reno Lemaire, et le questionner sur le développement de son œuvre et l'ensemble des nouveaux projets ! A l'occasion de la sortie de l'artbook dans nos librairies demain, nous vous proposons un retour sur notre entrevue.




Avec le tome 19 de Dreamland, tu as achevé la première grande partie de ton manga. Quel bilan tires-tu de plus d'une décennie de parution ? As-tu pu inclure tout ce que tu souhaitais dans ce premier cycle ? Ou, au contraire, as-tu pu aller encore plus loin que ce que tu envisageais ?


Reno Lemaire : La première partie, telle que je l'avais écrite, devait faire 12 tomes. Mais cette réflexion fut aussi un problème. J'ai la fin de ma série en tête, et je sais où je vais. Mais connaître le nombre exact de tome est impossible, car ça impliquerait de tout storyboarder d'un seul coup. Certaines scènes méritent plus de place, tandis que j'en écourte d'autres... Il était bien prévu que l'arc Céleste achève la première partie, mais si je devais initialement la situer au tome 18. Je dis souvent que je raconte l'histoire de Dreamland pour moi, et c'est vrai. Si les gens aiment, tant mieux. L'arc Céleste a commencé au tome 10, c'est donc un gros arc qui dure longtemps. Je ne voulais pas bâcler la fin. En tant que lecteur, si ça fait des années que tu suis le même arc narratif, il faut que le finish soit à la hauteur de tes attentes. Aussi, arrivé au dix-huitième tome, j'ai vu que mes héros n'avaient pas encore eu leur "grand moment". Alors, plutôt que faire un gros tome 18 tel que je l'avais écrit, j'ai choisi d'écrire un autre volume pour le lecteur. Le tome 19 donne du temps et de l'espace aux scènes. A l'origine, le combat des Lucky Stars n'était pas écrit ainsi : Ils entraient dans le corps, et ressortaient pas les fesses. L'ennemi à l'intérieur du corps a été inventé pour l'occasion. Et c'est tout à fait ce qu'il fallait, car le climax manquait d'une scène épique pour les personnages principaux.


C'est ma façon d'écrire. Je prévois ma trame, mais il faut aussi laisser l'improvisation, laisser les personnages respirer.


Je sais comment ma série est écrite, et le nombre de parties qu'elle comprendra. Mais pour ces raisons, le nombre de tomes est indéfinissable.


C'est vrai que le tome 19, le climax de l'arc, est une véritable ode aux Lucky Stars...



Reno Lemaire : Exactement. C'est ce qui ressort du retour des lecteurs, et c'est ce que je ressens aussi à la lecture. Ça ne pouvait pas être autrement : Comment faire tenir tout cet ensemble dans un gros tome 18 ? C'est vers la moitié de son écriture que j'ai accepté de dessiner un tome de plus pour l'arc. Ça m'a décoincé plein de scènes.


Mais ça demande un autre type d'exercice. Je pars en live tous les cinq tomes, et le tome 20 sera spécial. Dans ma tête, le volume 18 devait clore l'arc, et le vingtième devait être un spécial deux tomes après la fin de la partie Céleste. Ça va être un autre micmac narratif à mettre en place.



L'arc Céleste était une grosse ambition. Tu as introduit énormément de personnages, nombre d'entre eux ont leurs propres arcs narratifs à développer. N'était-ce pas trop complexe de jouer avec tous ces Voyageurs ? Avais-tu des plans ou des fiches de préparées pour ne pas trop te perdre ?


Reno Lemaire : Non, j'ai tout dans ma tête, et c'est chaud ! Quand tu inventes tes personnages, ils existent par eux-même. C'est comme tes potes, tu te souviens de tous tes amis, et tu sais qui ils sont. Mes personnages, c'est mes potes. Ils sont dans ma tête et quand j'ai besoin d'eux, je sais qui ils sont et ce qu'ils ont à faire.


Mais tu as raison sur l'arc Céleste. Il est très couillu, et ce n'est pas une chose à faire. J'étais un jeune auteur qui, dès son dixième volume, a mis ses personnages principaux sur la touche pour en introduire énormément d'autres, et sur une narration particulière... J'ai relu cette partie, et je me suis rendu compte que c'est vraiment délicat. Je remercie vraiment le lectorat ainsi que mon éditeur pour m'avoir suivi dans ce délire, car le pari n'était pas gagné d'avance. Pika m'aurait dit que les ventes de Dreamland auraient commencé à chuter à partir du tome 10, j'aurais trouvé ça normal. Au contraire, elles n'ont fait qu'augmenter. C'est là que j'ai compris que le lectorat me faisait confiance.


Dans la première partie du manga, les héros sont plus spectateurs qu'acteurs. Dreamland peut être appelé « shônen », même si on ne pourra plus tellement le catégoriser ainsi à la fin. Mais dans un récit d'aventure avec des héros et des pouvoirs, ne plus les voir dès le 9e tome pour avoir droit à une introduction complexe d'une multitude de personnages, c'est particulier. J'ai relu ma série, donc je m'en suis rendu compte récemment. Je dis surtout chapeau au lecteur. Quand je dessine les tomes, l'histoire est claire dans ma tête. Mais c'est lors des relectures que je vois bien que je donne parfois beaucoup d'informations. Si on n'est pas concentré à un certain moment de l'histoire, on risque de passer à côté d'une scène qui a lieu quatre tomes après. C'est une véritable gymnastique. Je n'ai pas de fiche, mais je laisse les personnages me surprendre, ce même si j'ai créé Dreamland et que je suis censé avoir contrôle sur tout ça. Parfois, les personnages écrivent l'histoire à ma place. Je ne sais pas où ils m'embarquent. Il n'y a jamais de panne d'inspiration, tout défile.


Il y a une scène particulière à la fin de l'arc : celle de l'ouverture de la porte d'Edenia. C'est une séquence mature au cours de laquelle Terrence tourne le dos à son rêve, pour le destin de Dreamland. Était-ce un moment fort à dessiner ? Quelles symboliques as-tu voulu inclure dans ce moment ?


Reno Lemaire : On peut trouver cette maturité avec un œil de lecteur et de critique, c'est vrai. Dans ma tête, l'écriture était très spontanée. Il faut savoir qu'il n'y a aucune scène qui me fait galérer. Je dessine avec plaisir, et c'est pour ça qu'après toutes ces années, je fais des volumes de plus en plus épais. Je ne plafonne pas sur mon art. Même après quatre mois de nuits blanches, je n'ai qu'une hâte : attaquer le prochain tome, sans prendre de vacances. S'il y a une séquence qui doit me poser des difficultés, alors je ne la fait pas. Ça ne veut pas dire que je ne fais que des choses simples. Mais si je galère vraiment sur une planche, c'est que je vais aimer cette difficulté, et que ça m'apportera beaucoup.


Il n'y a donc pas de réelle réflexion sur le travail des émotions, je pense surtout à l'impact des personnages. Terrence, c'est au départ l'archétype du héros de shônen qui a son rêve. Je trouve les protagonistes de shônen d'aventure très égoïstes. Dans mes inspirations, Griffith n'est d'ailleurs pas un héros similaire de par son égoïsme, il est franc avec ceux qui le suivent. Les potes de Terrence, Sabba et Savane, lui font comprendre cet égoïsme. Ce sont des ados qui ont des discussions ensemble, et on voit que Terrence se fait clasher à ce sujet par tous ceux qui l'entourent. Avoir ce type de dialogues est super intéressant, mais ils viennent tout seul.



Le climax de l'arc Céleste s'est intéressé exclusivement à la Celestiafest. En tant qu'auteur de Dreamland, n'y a-t-il pas eu un manque de la partie « tranche de vie » de la série ?


Reno Lemaire : C'est une question des lecteurs qui revient souvent. Le déroulement de l'arc est logique, vu que la Celestiafest dure trois nuits. La vie réelle fera toujours partie de l'ADN de Dreamland, mais elle ne me manque pas car je sais d'avance ce qui va arriver. Néanmoins, je comprends la frustration du lecteur qui réfléchit en terme de tomes. Mais dans l'arc, il ne s'est écoulé que trois nuits, c'est un peu comme dans des hits comme Dragon Ball où plusieurs volumes ne développeront qu'une heure d'intrigue. Les choses les plus intéressantes étaient à développer dans la Celestiafest. Montrer la vie réelle pour juste montrer Terrence qui va acheter son kebab... ça ne m'intéresse pas, ce n'est pas ma démarche. L'arc est aussi différent des précédents sur le plan temporel, puisqu'il s'écoulait parfois plusieurs mois entre deux chapitres, ce qui me permettait de mieux aborder la vie réelle.


Tu l'évoquais depuis un moment, mais c'est maintenant annoncé : l'artbook Dreamland va sortir. On se doute que tu ne peux pas trop en dire à ce stade, mais peux-tu tout de même nous parler des surprises contenues dans ce futur ouvrage ?



Reno Lemaire : Je peux dire que vous n'êtes pas prêts. (rires)


Je suis un fan d'artbooks. J'en ai énormément chez moi, mais pas que des artbooks de séries. J'ai les ouvrages d'auteurs et illustrateurs comme Morimoto, Terada, Kim Joong-Ji... Ce sont des bouquins aux formats parfois très différents qui proposent tout un tas d'illustrations. Je me suis toujours dit que lorsque je serai grand, j'aurai mon artbook. J'en parle depuis longtemps, puisque je savais quel livre je voulais avec Dreamland. Mais il fallait savoir quand le faire, car je ne pouvais pas mettre la série en pause au tome 18, sur un cliffhanger, pour aller travailler l'ouvrage. Avec le volume dix-neuf, la première partie de la série se terminait, le timing était donc propice. Aussi, la fin de la première partie m'a permis de tout relire, donc de faire une rétrospective de la série pour ce recueil.


Ce que je peux en dire... C'est que l'artbook sera à l'image du travail que nous effectuons sur Dreamland, depuis le début, avec mon éditeur. On ne se limite pas en pagination ni en coût de fabrication et en qualité de papier. C'est toute une énergie, comme lorsque Pika m'a dit banco pour un épais tome 15 vendu à moins de 10€. Ça me motive énormément, et j'ai envie de donner encore plus quand on accepte mes propositions. Dans l'édition du manga, personne ne fait ça. Le livre s'appellera juste « L'artbook ». C'est un nom simple, car on ne voulait pas de titre anglais ou trop stylisé. Ça sera le bilan de 19 tomes, avec bon nombre de dessins inédits. Je peux le dire : il faudra que chacun sache quelle est sa définition de l'inédit. Pour celui dont il s'agit d'une illustration totalement originale, alors ça composera 40% de l'artbook. Pour celui qui considèrent qu'un dessin retravaillé est de l'ordre de l'inédit, et que ce n'est pas que d'un copier/coller dans un bouquin, alors ça sera du 100%. Il n'y a pas une seule image que je n'ai pas retouchée. Il y aura aussi du texte, car je ne suis pas dans la contemplation avec Dreamland. Je reste modeste avec mon petit talent, mais un artbook est un beau bouquin à mes yeux. Les artistes que j'ai cités ont un niveau que je n'ai pas, et il est hors de question de me mettre à leurs échelles. Mais je me suis servi de ces grands maîtres sur les formats proposés, et la diversité de leurs ouvrages. Ça ne sera donc pas un livre sur lequel on d’extase simplement, et il y aura du texte à lire. Ce n'est pas un artbook qu'on mettra une heure à parcourir, certains y mettront peut-être la semaine. Il y a eu un gros travail sur la composition du bouquin, notamment une réflexion sur la chronologie : devait-elle suivre celle des tomes ? J'ai pensé l'ouvrage pour celui qui kiffe Dreamland, mais aussi pour les autres. Dreamland peut rebuter pour le format manga, mais a une histoire qui peut plaire. Avec l'artbook, qui sera presque une encyclopédie, même les darons pourront être curieux.


Pour ces raisons, nous avons hâte. On ne sait pas du tout ce que ça va donner, y compris niveau ventes. Je fais l'artbook pour moi, pour mes lecteurs et pour d'autres. Je prends l'exemple de mon beau-père qui connait la série parce que je vie avec sa fille. Je sais qu'il attend l'artbook sans lire la série, car c'est le genre de beaux objets qu'il aime acheter. L'artbook pourra donc être mis entre toutes les mains.



Peut-on dire que l'artbook sera une autre manière de voir Dreamland ?


Reno Lemaire : Oui un peu. Sachant que ce que je fais n'est pas à faire. Mon exemple d'artbooks, c'est des animateurs, des illustrateurs... Mes inspirations ne sont pas les artbooks de mangaka. Les ouvrages autours de mangas sont des délires éditoriaux : les auteurs ne font qu'une nouvelle illustration pour la couverture, ils n'ont pas le temps pour autre chose car ils sont sur leurs séries. De mon côté, je met totalement en pause la narration et la trame de Dreamland pour me consacrer à l'artbook. Il y a une différence entre recueil d'illustrations et artbook. Ma démarche est un peu atypique, parce que je suis un amoureux de ces bouquins.


C'est particulier. J'ai hâte de voir le produit fini car je travaille dessus depuis août, mais je suis aussi impatient de retrouver ma série et les personnages. Ils sont en train de toquer à la porte, ils veulent la suite. (rires)


Depuis quelques temps, tu vis aussi une aventure familiale puisque Romain Lemaire, ton cousin, a lancé sa propre série chez Pika : Everdark. Avant ça, il t'assistait déjà sur Dreamland... Vous participez à de nombreux salons, ensemble. Est-ce un ressenti particulier cette épopée éditoriale familiale ?



Reno Lemaire : Non car, quand on nous connait, on sait qu'on est un clan, et pas qu'avec mon cousin. Ben, qui se charge de filmer mes pérégrinations, est mon beau-frère, donc le copain de ma sœur. Ce n'est pas ma faute si les gens qui m'entourent sont les meilleurs dans leur domaine. On a la chance d'avoir une famille, non pas artistique, mais issue de milieux variés. Avec Romain, on a le même rapport depuis qu'on est tout petits. Ça me paraissait donc logique qu'il finisse par signer sa propre série. Lui comme moi vivons un rêve, mais on sait que ce n'est pas la normalité, car de nombreux jeunes auteurs galèrent à être publiés.


Roro, c'est mon cousin, sachant que notre relation est presque comme celle de deux frères. Nous sommes très unis entre cousins, dans la famille. C'est vrai qu'en festoche, on est toujours collés ensemble. Je suis content qu'il vive son aventure avec Everdark, je l'observe de loin. Quand il était assistant sur Dreamland, il était dans l'énergie de ma série. Mais j'adore le voir avec son lectorat et son discours. Everdark est un manga différent, avec une sensibilité propre, qui connait donc son propre public. Mais à nos yeux, tout ce rapport est naturel, c'est davantage les autres qui nous renvoient sur cette filiation.


A savoir aussi qu'on parle de toute, et qu'on partage énormément de choses avec Romain. Il m'a mis sur le jeu mobile Saint Seiya... et c'est une véritable drogue. Tout ça pour dire qu'on a les mêmes délires.



Un autre projet en rapport avec Dreamland est en train de naître : la résine Asmodeus par Taka Corp. Peux-tu nous parler de la naissance de cette statuette ? Pourquoi ce personnage plus qu'un autre ?



Reno Lemaire : C'est Taka Corp qui a choisi le personnage. A l'époque, sur le Dreamland Shop, nous vendions les figurines fabriquées par Tsume, mais sur lesquelles nous avions avancé beaucoup de moyens. Après six ans d'existence, avec ma femme, on a tiré que du positif de cette expérience, mais ça demande un investissement dingue. Si aucun auteur ne se charge lui-même du marchandising, du contact fournisseur, de la commercialisation... c'est qu'il y a une raison : le temps passé sur cet aspect. Nous voulions le faire, on l'a fait, mais nous sommes arrivés à un moment où moi comme le lecteur souhaitions plutôt la suite de Dreamland plutôt que des dérivés. C'est pourquoi le Dreamland Shop a été délaissé.


Maintenant, ma série est une licence comme une autre. Et si une boîte veut l'exploiter, comme Abystyle, il n'y a aucun soucis. Je souhaite simplement vérifier la qualité, ce que les contrats me permettent en générale. Les fabricants me mettent eux-même dans le processus de création, et ce fut le cas avec Taka. C'est un jeune fabricant, qui peut connaître des difficultés dans l'acquisition de grosses licences, dans un milieu très concurrentiel. Avec Dreamland, qui a une bonne communauté derrière, c'était l'assurance d'écouler les stocks selon le tirage. Je marche toujours au feeling, et j'ai adoré le travail avec Taka Corp. Concernant le choix du personnage, je n'aurai pas trouvé logique qu'une autre boîte veuille faire Terrence. C'est aussi pour ne pas être en concurrence avec Tsume que le choix s'est porté sur Asmodeus. Autre argument, le fait que Taka fasse de la grosse résine, il fallait donc taper dans les créatures de rêve pour quelque chose d'imposant.


Romain a travaillé à 60% sur le modèle présenté à Angoulême. Il est le potentiel acheteur de ce type de statuette : chez lui, il n'a que des figurines à plus de 500€, en tirage limité. Vu que c'est le cas d'Asmodeus, je voulais que Roro pense une figurine que lui aimerait acheter. Il y a ensuite eu une rencontre entre nous tous, et Romain a passer des heures à parler avec Taka Corp tant il s'y connait dans ce domaine. Si j'ai designé la pose et le personnage, c'est lui qui s'est chargé du reste. Sur une statuette pareille, il fallait des détails fous, donc Romain a fait un Asmodeus portant une armure de sa création. Il s'est montré pointilleux, et faisait changer un élément toutes les semaines. Mais Taka était toujours d'accord. Alors, un gros bravo à la team Taka Corp qui s'est montrée totalement conciliante. Une nouvelle fois, c'est une aventure encore différente autour de Dreamland.



Dans Dreamland, tout peut arriver. Pour la seconde partie de la série, peut-on s'attendre à des aventures toujours plus folle ? A une volonté de surprendre ?


Reno Lemaire : Je n'ai pas la volonté de surprendre. Je suis fan de gros shônen, mais je souhaite procurer un plaisir différent. Je suis très content de pouvoir surprendre, surtout à l'ère d'internet et des théories, mais ce n'est pas mon but. Mais ça sera normal de trouver des lecteurs qui arriveront à anticiper ma fin, car il suffit d'avoir les mêmes sensibilités que moi, ou avoir les mêmes références. Mais ce ne sera pas grave. La première partie était déjà écrite. C'était un gros what the fuck, risqué, mais Pika ne me demandait pas quelle serait la finalité de l'arc. Sur cette première partie, je souhaitais que le lecteur soit comme Terrence et se prenne l'univers dans la figure. J'ai quasiment incorporé tous les personnages de la série dans les 19 premiers tomes. Beaucoup trouvent que j'ai introduit énormément de personnages, mais c'est parce que j'ai mis en place tous mes pions. Maintenant qu'ils sont placés sur l'échiquier, la seconde partie risque d'être un régal. Même les passages purement shônen seront assez fous. Car maintenant que les personnages sont définis, ils vont pouvoir interagir entre eux, et il en découlera bien d'autres actions. Mais je me suis laissé beaucoup de parts d'inconnue, car j'ai envie de me surprendre et que mes personnages me surprennent. Les arcs sont néanmoins définis, tout comme les aventures et les royaumes sont calés.


Un exemple pour montrer mon degré d'improvisation : la mort de Midas. Je ne l'avais pas écrit au préalable. Il devait faire beaucoup de choses pour le futur, mais j'étais arrivé à un point où il fallait des antagonistes pour les héros. Terrence devait avoir envie de casser la gueule à quelqu'un. Mais pour que ça arrive, il faut que les adversaires aient fait quelque chose de terrible. Lors du dessin, j'en était au passage où le corps de Midas est étendu, et où se trouvent les Lucky Stars et la team de Gaïa, un personnage que j'aime bien. Il avait le profil type pour être un antagoniste, mais ça n'était pas prévu. C'est en ce sens que je dis que les personnages me surprennent par moment. La mort de Midas a débloqué beaucoup de choses. Le personnage est plus intéressant mort, que par rapport à ce que j'avais écrit au préalable. J'avais développé tout un plan autour du royaume de l'or, scindé en plusieurs villes comme Casinopolis. Dans son background, Midas les avait tous unifiés. Et désormais, tous ces petits royaumes vont se bouffer entre eux. Ce sont des possibilités plus intéressantes que si Midas avait survécu. Des exemples comme ça, j'en aurais des dizaines à raconter. (rires)


Interview réalisée par Takato. Remerciements à Reno Lemaire, ainsi qu'aux éditions Pika pour l'organisation de la rencontre. Mise en ligne le 13/10/2020.
 

MN Actus
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