POCKET Chocolate - Actualité manga

POCKET Chocolate 口袋巧克力

Artists Authors Writers

Interview de l'auteur

Publiée le Mercredi, 09 September 2015

Il y a quelques mois, nous avons eu la chance de rencontrer Pocket Chocolate. Fer de lance de la collection Asian District des éditions Kotoji lancée avec Crystal Sky of Yesterday, déjà connu avant cela pour les titres Butterfly in the Air et Le Mont du Sud qui furent publiés chez feu Xiao Pan, l'artiste chinois revient cette semaine en librairie avec That moment, maybe.

Nous avons choisi cette sortie pour vous offrir le compte-rendu de cette rencontre, qui fut l'occasion pour cet artiste humble et authentique de revenir sur son parcours, sur sa vision des choses et sur ses idéaux.




Pocket Chocolate, merci beaucoup d'avoir accepté cette rencontre. Vous avez commencé en tant qu'assistant de dessinateurs. Pouvez-vous revenir sur cette période ? Nous expliquer un peu comment cela s'est passé, quel rôle vous teniez, ce que cela vous a apporté...

Pocket Chocolate : Au tout début, chez moi, j'imitais le style des auteurs japonais de manga, mais à mon avis on ne peut pas progresser suffisamment en ce contentant de "copier" les autres. Cela empêche forcément de se créer son propre style.

Puis j'ai entendu parler de l'existence de studios d'artistes dans le sud de la Chine qui me semblaient plus aptes à me former. Je m'y suis rendu et ai commencé par y être assistant en m'occupant des cadres, des décors, des trames... les choses les plus basiques. Mais à cette époque, les artistes desisinaient plutôt des oeuvres axées sur le combat, ce qui n'était pas mon style. En tut cas, cette expérience m'a tout de même permis de m'améliorer un peu.

Par la suite, je me suis déplacé à Shanghaï pour monter mon studio, avec lequel j'ai pu publier Butterfly in the Air et Le Mont du Sud, des oeuvres qui m'ont surtout permis de peaufiner le style que je recherchais.

Quand je repense à tout ça, je ne peux qu'être reconnaissant envers tous ceux qui m'ont permis de m'améliorer. Ces différentes expériences m'ont beaucoup aidé, et m'ont ausis permis de prendre connaissance du processus de publication de A à Z et des exigences que cela demande.


Parlez-nous de vos expériences dans le domaine du jeu vidéo. Sur quoi avez-vous travaillé ? Que faisiez-vous ? Que vous ont apporté ces expériences ?

Juste avant de monter mon studio à Shanghaï, j'ai travaillé pendant un ou deux ans dans le domaine du jeu vidéo, et cela m'a permis de beaucoup apprendre au niveau des dessins en couleur



Votre style de dessin est aussi beau que reconnaissable, avec ce design élancé et fin, ces décors inspirés de paysages réels et cette colorisation à l'informatique très aboutie. Quels outils utilisez-vous pour aboutir à ce résultat ?

J'utilise beaucoup le logiciel Painter, ainsi que Photoshop bien sûr. Il y a aussi un logiciel qui s'appelle SAI et que je trouve très pratique et performant.


Avant la colorisation numérique, les croquis sont-ils réalisés aussi en numérique, ou sont-ils faits à la main ?

A une époque je réalisais tout par informatique, puis j'ai fini par me rendre compte que le résultat n'était pas suffisamment expressif. Récemment, j'ai donc décidé de faire des efforts pour maîtriser le dessin et la colorisation sur papier. Je trouve le résultat plus touchant.

Etant très amateur de photographies, je pense que cela aussi m'a permis de progresser, de mieux capter les effets d'ombre et de lumière sur le papier. A présent, je cherche une esthétique mêlant la photographie à l'aquarelle.



On sait qu'il vous a fallu longtemps pour peaufiner le scénario de Crystal Sky jusqu'au résultat final : environ 10 ans ! Quels éléments de l'histoire étaient les plus difficiles à peaufiner, à rendre comme vous le vouliez ? L'élaboration des dessins et des couleurs vous a-t-elle demandé beaucoup de travail ?

Au début l'histoire devait être simple, légère et claire, puis devait amener petit à petit des choses plus dure, plus tristes, plus sombres. Le plus difficile pour moi était de mêler ces ambiances, de passer de l'une à l'autre sans qu'elles ne jurent. Il fallait trouver l'harmonie, c'est ce qui a été le plus ardu à bien rendre avec mes dessins, car je voulais à tout prix transmettre de la façon la plus juste possible les différentes émotions au lecteur.

Ca m'a pris beaucoup de temps et d'énergie, mais à chaque fois que j'étais satisfait de mon travail ça me faisait beaucoup de bien, je trouvais ça très gratifiant.


Qu'avez-vous ressenti en racontant une histoire qui s'appuie grandement sur vos propres souvenirs ?

Crystal Sky of Yesterday est effectivement en partie autobiographique, et à travers cette oeuvre je souhaitais évoquer la thématique du regret en y incorporant des expériences personnelles. Ca m'a servi d'exutoire, comme vous le dites, et aussi de mise au point sur ma jeunesse.

Planche issue de That moment, maybe

J'ai cru ressentir aussi une pointe de souvenirs personnels dans Le Mont du Sud. Est-ce le cas ?

Il y en a aussi, oui, à travers ce cadre campagnard qui me tient à coeur, et ce héros aussi passionné de photographie que moi.

Mais actuellement je ne peux pas trop en dire plus, car le Mont du Sud est une oeuvre que je suis en train de retravailler, d'enrichir.


Oh ! Vous reprenez cette oeuvre depuis le départ ?

En quelque sorte. Si l'on devait comparer la première version à une balle de ping pong, la nouvelle version serait un ballon de football.


Ca fait envie !

Le déroulement de l'histoire sera inchangé, mais l'ensemble sera beaucoup plus riche. Le héros est toujours photographe, essaie de comprendre pourquoi il fait ce métier, et pourquoi il l'aime.

Ce héros représente une partie de moi. Il est photographe, je suis dessinateur. On arrive dans ce milieu par amour de celui-ci, avec des motivations très pures, puis petit à petit cet état d'esprit change avec les enjeux commerciaux. Et ça, ça me perturbe tout comme ça perturbe mon héros. On se demande quelle voie on a pris, si on est toujours motivé pour les mêmes raisons qu'au début, si on ne s'est pas perdus en cours de route. On doit alors faire le point. Et dans le Mont du Sud, le héros parvient à trouver la réponse à cette question.



Généralement, vos personnages sont des adolescents ou de jeunes adultes qui arrivent très difficilement vers le monde adulte et se confrontent à des déceptions et des pressions. Quelle vision avez-vous de cette période si particulière de la vie ? A votre avis, que faut-il retenir de ce genre d'épreuve ? Nous grandissent-elles ?

Cette période est difficile, mais elle existe chez tout le monde. Dans Crystal Sky of Yesterday, j'ai évité d'en parler trop en détails : dans le tome 1 cette période de doute saute aux yeux, mais dans le tome 2 nous faisons un bond dix ans plus tard. Les personnages devenus adultes y ont une identité plus forte, plus marquée, ont réussi à se trouver une place dans la société. Mais cette période de dix ans, j'ai préféré ne pas trop la décrire pour mieux marquer les changements des protagonistes.

Mais même s'ils ont trouvé une place, sont-ils vraiment heureux ? Certains vont considérer qu'ils ont bien réussi, selon certains critères de la société actuelle : la réussite professionnelle, l'argent, la réputation... Mais à mes yeux la vie ce n'est pas que ça, c'est beaucoup plus que ces simples critères sociétaux. Il y a le bonheur familial, les enfants, l'amour... des sentiments plus personnels. J'essaie de faire passer ces idées dans la série, car ce sont mes valeurs.


Il y a aussi le portrait d'une jeunesse chinoise plus spontanée, qui court après ses rêves et recherche plus de liberté...

Il y a plus d'auteurs chinois qui, aujourd'hui, développent cela. Je ne connais pas la situation en France, mais en Chine la dernière année de lycée est très dure, avec une pression du système éducatif et des parents : si vous ratez cette année-là, vous êtes condamné pour la suite avant même d'avoir pu tenter quoi que ce soit.

Quand les enfants deviennent des adolescents puis de jeunes adultes, il y a énormément de transformations dans leur coeur et dans leur corps, et le système chinois cherche à contrôler et supprimer tout ça. A travers mes dessins, je souhaite faire ressortir et exprimer ces cris enfermés dans leur être, et que les lecteurs trouvent une résonance dans ce que je dessine.




Un grand merci à Pocket Chocolate pour sa gentillesse et ses réponses riches, à son interprète, et aux éditions Kotoji pour la mise en place de cette rencontre !

Mise en ligne le 09/09/2015.


Interview n°2 de l'auteur

Publiée le Mardi, 30 August 2016

Nous l'avions déjà rencontré en 2014 pour qu'il nous parle de Crystal Sky of Yesterday et de ses travaux précédents (lire l'interview), et nous avons eu la chance, grâce aux éditions Kotoji, de le revoir à l'occasion de Japan Expo. Voici le compte-rendu de notre nouvelle interview de Pocket Chocolate, artiste chinois toujours aussi humble, accessible et intéressant, qui revint notamment sur ses dernières oeuvres en date : That moment, maybe, Une nuit calme et paisible, sans oublier la future adaptation animée de Crystal Sky of Yesterday !



That moment, maybe affiche les noms de Sunny Cao au scénario et de Kevin Wang pour l'histoire originale. Qui sont ces personnes pour vous ?

Pocket Chocolate : C'est mon équipe. Ils m'aident dans les corrections et la mise en page.


On retrouve dans cette œuvre des thématiques qui vous sont chères : les souvenirs du passé qui nous rattrapent pour semer en nous le doute, nous pousser à faire une mise au point sur nos regrets et sur notre avenir, pour au final encore mieux se forger dans notre entrée dans l'âge adulte...

L'histoire est née quand j'ai discuté avec un ami étudiant la psychologie. A cet instant, je me suis rendu compte qu'alors qu'on imagine le psychologue comme une personne assez détachée, en réalité il n'y a pas grand chose entre le psychologue et le patient, si bien qu'il peut y avoir de nombreux doutes y compris chez le psychologue. C'est ce qui m'a fait revenir vers mes anciens thèmes.


Avez-vous dû faire des recherches sur le travail de psychologue ?

Oui et non, car ma principale source a été cet ami avec qui j'ai ensuite beaucoup discuté, mais de façon naturelle, autour d'un café ou d'un repas. De la documentation très formelle, il n'y en a pas eu. Je me suis vraiment basé sur le ressenti de mon ami, que j'ai jugé comme une source beaucoup plus juste humainement.

A présent, j'ai beaucoup d'intérêt pour le milieu de la psychologie, notamment pour la notion de transfert que j'aborde dans mon oeuvre.



Quelle part de vous y a-t-il dans Li Shaokun, le personnage principal de That moment, maybe ?

Je dirais 30%. Cela correspond à sa part de doutes. Ces doutes, ce sont ceux que je ressens. Ca m'arrive très souvent d'avoir des choix à faire et de ne pas savoir lesquels faire. Mais une fois les choix faits, mon personnage est sûr de lui, et je pense être pareil.


A la lecture de l'oeuvre, on a plutôt le sentiment que Wen Xin représente le passé de Shaokun, et Fei Fei son avenir. Est-ce une volonté de votre part ?

Fei Fei serait plutôt son présent. Elle pourrait devenir son avenir, et c'est justement ça qui est un peu en doute.


Visuellement, That moment, maybe a un style de dessins un peu différent de Crystal Sky of Yesterday, peut-être un peu plus crayonné...

A chaque nouvelle oeuvre, j'essaie de changer un peu de style de dessins. Je ne suis jamais totalement satisfait de ce que j'ai fait avant, donc j'essaie à chaque fois d'apporter un renouveau.



Du coup, qu'est-ce qui a changé dans votre façon de dessiner ?

Dans Crystal Sky of Yesterday, ma précédente oeuvre, j'ai utilisé beaucoup de bleu, ce qui pour moi correspondait aux hésitations des personnages et à la tristesse de leur coeur. Avec That moment, maybe, j'ai choisi des couleurs un peu plus simples, un peu moins vives et imposantes.

L'utilisation des couleurs dans Crystal Sky of Yesterday se voulait assez symbolique. Par exemple, les moments où ça dégénère un peu sont un peu plus rouges et marqués par des contrastes. Dans That moment, maybe, les couleurs contrastent moins, sont moins vives, et j'ai voulu y apporter une impression de crayonné, d'esquisse.


Quels éléments de l'histoire de That moment, maybe étaient les plus difficiles à peaufiner, à rendre comme vous le vouliez ?

Je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi difficile de rendre les sentiments des personnages avec autant de nuances que je le souhaitais. Les aspects un peu plus « négatifs », notamment, étaient délicats car je m'inspirais de mon entourage.



Cet été est paru chez Kotoji votre nouveau livre, Une nuit calme et paisible, en collaboration rapprochée avec l'éditeur. Comment est née cette envie de collaborer au plus près avec Kotoji ?

C'est Pierre Sery, le patron de Kotoji, qui a proposé l'idée. Je n'avais jamais fait ça avant, et me suis dit que ça valait le coup d'essayer.


On sait que la 1ère partie de ce nouvel album se compose de deux histoires courtes. La 1ère des deux présente la relation entre deux lycéennes chinoises. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur sa conception ?

En Chine, il arrive souvent que des lycéennes deviennent vraiment très très proches. J'ai voulu apporter à cela une impression de beauté et de calme.



La 2ème histoire, I killed myself, montre une autre facette de votre talent scénaristique avec une histoire visiblement plus sombre et éloignée des romances pour lesquelles vous êtes reconnu. Pourquoi ce choix ? Cela a-t-il été difficile pour vous de vous essayer à un récit aussi différent ?

J'ai fait cette histoire en 2009, j'étais alors beaucoup plus jeune, et elle correspond beaucoup à ce que je ressentais à l'époque. Je me sentais très mal, moralement ce n'était pas terrible du tout. J'avais beaucoup de doute sur ma carrière, je me demandais pourquoi j'étais là, pourquoi je dessinais. Dans cette histoire je dessine aussi un personnage qui fait un choix.

Quand on est enfant, on a des rêves d'avenir, par exemple devenir sportif ou astronaute. En grandissant, une fois pleinement dans la société, on se rend compte que ce n'est pas forcément réalisable. Pour résumer, j'étais un peu dans cette situation, et du coup j'étais très anxieux quant à l'avenir.


Quand nous vous avons interviewé en 2014, vous nous aviez avoué être alors en train de concevoir une nouvelle version enrichie du Mont du Sud. Où en est ce projet désormais ?

Actuellement j'ai dû faire une pause sur ce projet pour me consacrer notamment à Une nuit calme et paisible, mais aussi parce que je suis en plein dans mon projet de dessin animé.


Un dessin animé ?

Il va y avoir une version animée de Crystal Sky of Yesterday. Je suis en plein travail dessus, voici quelques esquisses !



En théorie ça devrait sortir au printemps prochain. Ce sera un film d'animation.


Ce dessin animé va reprendre l'histoire du manhua ? Ou la compléter ?

Ce sera une sorte de préquelle du manhua, qui mettra en scène les mêmes personnages.


On vous sait très amateur de photographie. Comment est né votre intérêt pour cet art ? Qu'est-ce que vous y préférez ?

C'est justement en dessinant que ça m'est venu. Quand je dessine, je fais tout un travail sur la lumière, et j'avais besoin d'exemples photographiques. C'est à partir de là que la photographie m'a de plus en plus fasciné.

Quand je fais mes dessins, j'essaie de me rapprocher de l'art de la photographie.


Un grand merci à Pocket Chocolate, à son interprète Baptiste Gaussen, et aux éditions Kotoji.
  

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