KANNO Aya - Actualité manga

KANNO Aya 菅野文

Interview de l'auteur

Est-il nécessaire de présenter Aya Kanno? Depuis maintenant deux ans, cette mangaka de talent fait les beaux jours de l'éditeur Akata/Delcourt, avec, notamment, sa série à succès Otomen.

Invitée par l'éditeur à Japan-Expo, elle a accepté de répondre à nos questions lors d'une interview dont nous vous proposons aujourd'hui le compte-rendu.
Bonne lecture!
 

 
 
Manga-news: Bonjour et merci d'avoir accepté cette interview.
Aya Kanno: Merci à vous.


Vous aviez une séance de dédicaces hier. Comment avez-vous été accueillie par votre public français?
L'ambiance n'était pas si différente qu'au Japon quand les fans viennent pour les séances de dédicaces.


Quand et comment avez-vous débuté votre carrière de mangaka?
Je dessine des manga depuis que je suis toute petite, et quand je suis sortie du lycée j'ai intégré une école spécialisée de manga. Ensuite, je suis devenue assistante, et grâce à des concours j'ai commencé à devenir indépendante.


A quel concours avez-vous participé?
J'ai passé un concours de ma maison d'édition actuelle, la Hakusensha.
 

 
 
Quel était le thème de votre histoire pour ce concours?
Il s'agissait plutôt d'une histoire orientée suspense/thriller.


Vous avez été l'assistante de Masashi Asaki, l'auteur de Psychometer Eiji. Pouvez-vous nous parler un peu de cette période?
Je ne suis restée assistante qu'un an et demi. Quand je suis arrivée dans le bureau, j'étais entourée d'autres assistants que j'ai trouvés très doués. Ca a été un choc pour moi, et c'est à partir de là que je me suis mise à beaucoup travailler, ce qui m'a appris beaucoup de choses.


Pour vous, devenir assistante était une étape obligatoire?
On n'est pas obligé de devenir assistant, mais quand on l'est, le niveau technique s'améliore, tout comme les connections et la façon de travailler au quotidien avec les éditeurs. Et quand on devient soi-même mangaka, on sait mieux comment utiliser les assistants.


Vous-même, combien avez-vous d'assistants?
J'en ai dix. Traditionnellement les mangaka ont plusieurs assistants et en gardent un ou deux tous les jours, mais dans ce cas l'ambiance se dégrade au fil des années. Alors pour contrer cela, j'ai décidé d'avoir dix assistants que je fais tourner tous les deux jours. Il y a un planning cyclique pour que la lassitude n'apparaisse jamais.


N'est-ce pas compliqué de gérer une équipe aussi importante?
Ils sont un peu comme des amis donc il n'y a pas de problème.


D'autres mangaka vous ont-ils inspirée?
Principalement Akira Toriyama.
 

 
 
Avant Otomen, vous avez réalisé plusieurs histoires courtes, dont Hokuso Shinsengumi (correspondant au premier volume de Corps et Âme en France), un récit historique. Quel était l'objectif de cette histoire?
J'adore depuis longtemps tout ce qui est historique, et plus particulièrement le Shinsengumi. Je voulais à tout prix créer un jour une oeuvre là-dessus.


Avez-vous regardé des films ou vous êtes-vous inspirée de faits réels pour ce manga?
J'ai travaillé en rassemblant des documents historiques.
 

 
 
Avez-vous besoin d'un support pour créer vos histoires?
Oui, j'en ai besoin.


Pour Akusaga (publié en France sous le titre L'Empreinte du Mal), vous nous entraînez sur les traces d'un assassin. Nous avons eu vent que cette histoire était, à la base, prévue pour être un one-shot, et pas une série. Pouvez-vous nous parler un peu de cela?
Je pensais dès le début que ce serait bien que ce soit une série, mais dans les revues manga, il s'agit d'abord d'une prépublication à court terme, et s'il y a une bonne retombée des lecteurs, on peut poursuivre le travail sous forme de série. Cela se passe souvent comme ça. Le premier chapitre était considéré comme une histoire courte, mais j'avais déjà la suite en tête au cas où cela deviendrait une série.


 
 
Après ces courtes séries aux thèmes assez sombres, vous avez surpris votre public en lançant Otomen, qui change radicalement de style. Qu'est-ce qui a amené ce changement?
A la base, j'adore les choses très variées, très diverses, et c'est à partir de ça que je me suis décidée à créer Otomen, dans un nouveau style.


Quelle a été votre base pour créer cette histoire?
Je me suis inspirée de mon entourage, de la télévision, et de la société japonaise de manière générale, où il y a beaucoup d'hommes efféminés qui m'ont inspiré Asuka, le personnage principal.


Parmi tous les personnages, quel est celui dont vous vous sentez le plus proche?
Je dirais à la fois Ryô et Tachibana (rires).


Et lequel vous apparaît comme le plus compliqué à travailler?
Il s'agit d'Asuka.


Comment vous est venu le terme d'otomen?
J'aime beaucoup m'amuser à fabriquer des mots, cela fait partie de mon quotidien.
 



Depuis votre manga, le mot "otomen" est quasiment passé dans la langage courant japonais et de nombreux articles ont été écrits sur le côté efféminé des hommes. Comment avez-vous vécu le fait que ce terme que vous avez inventé soit devenu si populaire?
En fait, quand j'ai créé ce mot, je me suis dit que tout le monde allait l'utiliser (rires).


Il n'existait pas de termes similaires avant en japonais?
Non, avant il n'y en avait pas.


Bien que la série soit toujours en cours, savez-vous déjà comment vous allez faire évoluer vos personnages et votre histoire par la suite?
Oui, je sais déjà à peu près comment tout va évoluer.


Et savez-vous déjà combien de volumes vous ferez?
A peu près, mais je ne peux pas vous répondre plus précisément (rires).


Avez-vous déjà essayé de travailler sur deux séries en même temps?
Non, cela ne m'est jamais arrivé.
 

 
 
On dit que chaque homme possède un côté féminin. Pensez-vous qu'ils devraient le laisser s'exprimer plus souvent?
Oui, c'est mieux qu'il y ait de tout.


Pouvez-vous nous expliquer un peu une semaine de travail ?
A partir du moment où j'imagine l'histoire, comme je fais une prépublication mensuelle il y a une date butoire, et il faut donc calculer en fonction de ce délai. Je m'y prends un peu au dernier moment et compte à partir de la date où je dois rendre mes planches. Quand je m'y mets, je ne sors pas de chez moi pendant trois jours, et je dessine toute seule pendant cette durée. Puis au niveau du texte, j'écris simplement un synopsis. Avant la finition avec les croquis, j'apporte le tout à mon éditeur, et si j'ai son approbation, je débute la première étape de la vraie phase de réalisation, puis je demande à mes assistants de faire le reste. Je commence à 9 heures du matin, jusqu'à 2 heures du matin.


Quelle est l'implication de votre éditeur dans votre travail?
(le responsable éditorial d'Aya Kanno, présent pour l'interview, prend la parole)
C'est une relation très proche, avec un contrôle du travail du dessinateur. On peut rapprocher ce rôle de celui d'un manager. Il y a aussi d'autres éditeurs qui sont un peu plus carrés et qui imposent plus de choses aux dessinateurs. Le rôle d'éditeur est un peu compliqué, il varie énormément selon le sexe du dessinateur et le lectorat visé.


Et y a-t-il des règles à respecter pour le magazine pour lequel vous travaillez?
Oui. Cela n'est pas spécifique à notre revue, il s'agit plutôt de règles générales au shôjo manga. On ne peut pas faire tout et n'importe quoi. Par exemple, il faut faire attention au thème du racisme. Mais s'il y a des règles, tout n'est pas écrit noir sur blanc. En guise d'exemple, on est obligé de dessiner des personnages assez beaux, qui ne doivent pas saigner du nez... Il faut faire des choses, des situations qui plaisent aux filles.


Plus tard, vous voyez-vous dessiner autre chose que du shôjo?
Oui, pourquoi pas quelque chose de complètement différent.


Avez-vous déjà l'idée d'une nouvelle histoire que vous pourriez raconter?
Oui, j'ai quelques idées.


Seriez-vous prête à réaliser des fanbooks ou des artbooks?
(le responsable éditorial d'Aya Kanno prend la parole)
Non, pas pour l'instant.
 

 
 
Comment se passe la création de tels ouvrages? Est-ce défini, systématique? Est-ce l'éditeur qui décide?
En fait, cela dépend des personnages utilisés, des manga concernés, et publier un fanbook relève quand même d'un haut niveau. Et acheter un artbook relève d'un niveau assez évolué. Pour faire des ouvrages de ce type, il faudrait évaluer la notoriété des personnages.


En dehors de votre travail, quels sont vos autres centres d'intérêt?
J'aime beaucoup aller à des concerts, au théâtre, à des spectacles...


Vous avez le temps pour tout cela?
Oui, finalement j'ai du temps (rires).


Le fait de travailler à un rythme mensuel est-il plus facile qu'à un rythme hebdomadaire?
Oui, je pense que c'est plus facile, d'autant que selon moi, travailler à un rythme hebdomadaire est quasiment inhumain. C'est impossible d'avoir des vacances.
(le responsable éditorial d'Aya Kanno prend la parole)
Mais du côté de la maison d'édition, nous préférons les hebdomadaires (rires).


Si vous deviez citer trois manga que vous considérez comme incontournables, lesquels citeriez-vous?
The World is Mine, Souten Kouro, et Jiraishin.
 



Qu'avez-vous pensé de votre première visite de Paris?
C'était amusant. J'aime beaucoup les bâtiments historiques.


Quelle est la visite que vous avez faite qui vous a le plus plu?
Le Musée du Louvre. Tout y est impressionnant. Le fait d'être entourée de tous ces chefs d'œuvre m'a marquée.


Savez-vous ce qui vous attend pendant la Japan-Expo?
Non, pas vraiment, mais je suis très enthousiaste (rires).


Avez-vous déjà participé à de grands festivals de ce type hors Japon?
Non, c'est la première fois. Mais j'ai déjà dédicacé à Taiwan, et c'était très spectaculaire. L'atmosphère ressemblait beaucoup à ici, en France. Partout dans le monde, les fans se ressemblent.
 

 
 
Remerciements aux éditions Delcourt, à Akata, à Satchio Hama pour la traduction, et bien évidemment à Aya Kanno et son éditeur.

© by Aya Kanno / HAKUSENSHA Inc., Tokyo

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