IKENO Masahiro - Actualité manga

IKENO Masahiro 池野雅博

Interview de l'auteur

Masahiro Ikeno est un auteur aussi jeune que sympathique dont Malicious Code, sa seconde série, est publiée chez nous aux éditions Komikku. Nous avons profité de la présence de ce nouvel auteur au dernier Japan Expo pour le rencontrer et lui poser nos questions. Le mangaka, ému de sa venue en France, nous a exposé son parcours et sa motivation...

Voici le compte-rendu de notre entretien, que nous mettons en ligne à l'occasion de la sortie cette semaine du quatrième tome de la série !
  
  
  
Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Masahiro Ikeno : J’ai travaillé de nombreuses années en tant qu’assistant puis ai obtenu un prix lorsque j’ai eu 25 ans. C’est à partir de ce moment que j’ai été suivi par un éditeur et que je suis devenu mangaka.


Votre précédente série s’intitule Dive et parle du plongeon. Pourquoi avoir choisi un thème si atypique ?
A l’origine, c’était un projet développé par mon éditeur qui a fait un appel à candidatures de mangakas pour réaliser la série adaptée d’un roman. J’ai été choisi parmi plusieurs dizaines d’autres auteurs.


Avez-vous su vous adapter au thème facilement ?
Ce n’était pas facile car dans le plongeon, le corps de l’athlète effectue de nombreuses rotations. J’ai donc dû dessiner sous différents angles et me suis beaucoup documenté pour parfaire ma perspective autour du plongeoir. L’autre problème, c’est que j’ai le vertige, et plonger moi-même n’était pas évident.


De Dive à Malicious Code, vous êtes passé de la comédie à la série d’action. Pourquoi avoir changé de registre d’une œuvre à l’autre ?
L’histoire pour laquelle j’ai été primé était un récit d’action. Ainsi, lors de mes débuts, je dessinais beaucoup de séries d’action mais elles étaient vraiment courtes et il était difficile d’être synthétique étant donné le peu de pages. Mais de temps en temps, je dessinais également des comédies, j’envisageais d’en faire un peu plus. Le projet Dive est arrivé au même moment, ce qui fait que mon premier gros projet a été une comédie, tout en sachant que j’ai dessiné pas mal d’action auparavant.
  
  
  
Pouvez-vous nous parler de la naissance de Malicious Code ?
J’avais envie de dessiner un shônen manga. De plus, je voulais être libre de créer ce que je voulais, sans me soucier de ce qui se faisait autour de moi. J’ai alors monté mon dossier pour démarcher plusieurs éditeurs. A cet instant, j’ai eu connaissance que l’éditeur Media Factory faisait un appel à projets pour une nouvelle revue de prépublication shônen, ce qui tombait à pic étant donné mon projet. Pour anecdote, il s’agissait d’un magazine shônen mais pour un public féminin, mais je ne l’ai su qu’après. (rires)


Du fait que le magazine ciblait un lectorat féminin, est-ce que certaines conditions vous ont été imposées ?
Il y a eu quelques modifications, pas au niveau de l’histoire, mais surtout à propos des rapports entre personnages et sur des traits de caractère des protagonistes. Effectivement, j’ai effectué quelques modifications pour que les paramètres de l’histoire correspondent plus aux attentes du lectorat féminin.


Le travail de votre éditeur fut ainsi décisif ?
Effectivement, son implication fut importante. D’une manière générale, pour un mangaka, le travail en amont avec l’éditeur est un moment clef, c’est un travail en duo pour créer le manga. Cette collaboration est déterminante car selon la personne avec laquelle on travaille, on peut orienter son récit différemment.
    

Dans « Malicious Code », nous retrouvons le concept des super pouvoirs. Selon vous, quelle est l’originalité de votre série ?
La particularité de ma série est l’utilisation d’un vocabulaire informatique. Au départ, je voulais simplement parler d’un virus, puis j’ai décidé de combiner ce concept au vocabulaire d’ordre informatique pour donner lieu à quelque chose de nouveau, ce qui a abouti à Malicious Code. J’ai insisté sur l’aspect « mise à jour », le fait qu’une puissance extraordinaire ait un impact sur les personnages, mais je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler. (rires) Il y a une vraie réflexion derrière les mots utilisés et leur lien avec l’histoire.


Ainsi, le choix des termes a été réfléchi, il est particulièrement important ?
Tout à fait !
 
 
 
Si vous aviez un pouvoir, quel serait-il ?
Etendre le temps, pour pouvoir retarder la date de ma deadline. (rires) Arrêter le temps conviendrait plus à mon éditeur, comme ça le temps serait figé autour de moi pour que je puisse continuer à travailler.


On s’est beaucoup demandé si vous vous êtes inspiré des super héros de comics américains pour votre histoire...
C’est vrai que j’aime beaucoup les comics et les histoires de super-héros, mais je n’ai pas particulièrement cherché à m’en inspirer.


De la même manière que vous avez effectué des recherches sur Dive, avez-vous eu besoin de vous documenter pour créer l’univers de Malicious Code ?
Effectivement, je me suis beaucoup documenté. A la base, je voulais centrer l’histoire sur Shinjuku mais étant donné que les locaux de mon éditeur sont à Shibuya, j’ai changé le cadre de ma série. J’ai ainsi profité des réunions avec mon éditeur pour prendre des photos des bâtiments et paysages de Shibuya. Pour l’anecdote, dans l’histoire, on aperçoit à un moment le commissariat de Shibuya. Mais si j’avais pris des clichés du commissariat, on m’aurait pris pour un individu suspect, je me suis donc contenté de prendre des photos de loin. (rires)


Avant de commencer la réalisation de Malicious Code, du fait que vous travaillez beaucoup avec votre éditeur, le scénario était-il complètement construit à l’avance ?
Lors de l’élaboration du dossier, mon scénario était très détaillé pour la première moitié de l’histoire. La seconde moitié était davantage floue, simplement écrite dans les grandes lignes. Le plus important était la recherche des personnages ainsi que les différents paramètres de l’histoire. En général, et ce fut le cas pour Malicious Code, le scénario d’une œuvre qui va être pré-publiée n’est qu’à moitié détaillée. La raison, c’est qu’on se donne la possibilité de faire des réajustements scénaristiques en fonction du public et de l’accueil des lecteurs.


De ce fait, la conclusion de votre récit est-elle à la hauteur de vos attentes ?
Très honnêtement, j’aurais souhaité un ou deux volumes supplémentaires pour développer ma série. (rires)
 
 


Nous apprécions beaucoup votre travail graphique, notamment en ce qui concerne les couvertures. Pouvez-vous nous expliquer votre manière de procéder ?
Lors de la création des couvertures, nous nous sommes réunis avec un graphiste et mon éditeur pour en discuter. Il fallait rendre la jaquette la plus attractive possible tout en respectant le budget imposé. Au Japon, un large bandeau couleur entoure les volumes, mais les couvertures sont en noir et blanc, c’est un choix graphique que nous avons fait ensemble.
La version française de la jaquette nous a été suggérée par Komikku, nous étions ravi que l’éditeur procède au marquage au fer chaud pour faire de belles jaquettes. Nous l’aurions fait aussi de notre côté, si nous avions eu le budget. (rires)


Lors de votre masterclass, vous avez affirmé être passé du dessin manuel au travail sur ordinateur. Pouvez-vous nous parler des différences entre les deux procédés ?
Lorsqu’on dessine au crayon, les pelures de gomme s’étendent sur le bureau et fondent avec la chaleur de l’ordinateur. Passer au dessin sur ordinateur a donc une dimension pratique.
Il y a aussi une différence concernant le matériel. Avec le dessin manuel, si on a plus de gomme ou de trame, il faut aller en acheter. Il n’y a plus de soucis de rupture de stock avec le dessin informatisé.
Le travail sur les personnages n’est pas différent d’un support à l’autre, la différence apparaît au niveau du remplissage et de l’encrage. Ce procédé permet à mes assistants d’agrandir l’image et de travailler avec plus de précision.


Limitez-vous le dessin sur ordinateur à certains aspects de la construction graphique ? Par exemple, l’utilisez-vous simplement pour la création des personnages ou l’encrage ?
Pour ma part, je dessine tout sur ordinateur. Mais lorsque je suis accompagné d’assistants peu habitués à l’ordinateur, comme je leur délègue une partie du travail, je les laisse faire leur part du boulot sur le support qui leur plaît. S’ils travaillent sur papier, alors on intègre le rendu à l’ordinateur une fois leur tâche accomplie.


Avez-vous régulièrement besoin d’assistants ?
Assez régulièrement, oui. Par exemple, sur Malicious Code, des assistants venaient m’aider cinq jours par mois.
 

Sachant que vous avez été vous-même assistant, aidez-vous vos collaborateurs ? Ou le manque de temps à cause des délais vous en empêche-t-il ?
L’idéal est d’avoir un assistant autonome et un assistant débutant que je peux former, mais les délais rudes rendent cette pratique impossible. Quand j’étais pré-publié dans un hebdomadaire, j’avais un assistant à qui je pouvais enseigner, un autre confirmé à qui je confiais une grande part de travail, et deux autres qui dessinaient bien. Pour Malicious Code, j’étais aidé par un ami doué à qui je pouvais confier une grande part de travail.


Lors de votre masterclass, vous avez dit enseigner le dessin, pouvez-vous nous en dire plus ?
Mon premier travail est celui de mangaka, mais cette situation n’est pas toujours facile à vivre car le temps qu’un ouvrage soit publié, il faut se serrer la ceinture. Ainsi, pour pallier à ces périodes difficiles, il me fallait trouver quelque chose en parallèle. Cela fait donc deux ans que je donne des cours de dessin dans une école spécialisée qui fonctionne comme une Université où le ratio d’élèves qui deviennent des auteurs publiés est élevé.
 




Pour la première fois, vous avez présenté la réalisation d’une planche à votre public. Quel fut votre ressenti ?
C’est assez difficile de savoir si mon intervention a plu ou non. J’ai procédé comme je l’avais prévu mais je ne sais pas si je me suis montré intéressant ou si je leur ai apporté les informations qu’ils souhaitaient recevoir.


Dans les bonus des volumes de « Malicious Code », vous expliquez les tenues vestimentaires de vos personnages. Seriez-vous un passionné de mode ?
Quand j’étais plus jeune, je m’intéressais effectivement à la mode. Mais à partir du moment où je suis devenu mangaka, j’ai laissé ce loisir derrière moi. Aussi, lorsque j’ai reçu mon invitation en France, j’étais paniqué car n’avais rien à mettre dans ma valise. Dans l’urgence, je suis allé faire du shopping à tel point que j’ai dépensé 50 000 yens. (rires)


Malicious Code étant terminé, pouvez-vous nous parler de votre travail actuel ?
Justement, mon éditeur et moi-même sommes en train de travailler sur un nouveau projet qui, je l’espère, sera aussi publié en France. Je ne peux pas vous en dire plus, mais c’est néanmoins un thème très original qui n’a jamais été abordé.


Un mot pour vos lecteurs français ?
J’ai eu l’occasion de faire la première séance de dédicace de ma vie en France, et non au Japon. J’ai été très agréablement surpris de rencontrer des fans chaleureux et adorables, vous rencontrer m’a beaucoup touché. Merci pour votre accueil et vos encouragements, vous me donnez la motivation pour persévérer par la suite !


Remerciements à l'auteur, à l'interprète et aux éditions Komikku.
 

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