Transparente Vol.1 - Actualité manga

Transparente Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 13 March 2020

Surtout porté par des mangas d'action/aventure populaires et plutôt "grand public", le catalogue des éditions Kurokawa sait également accueillir, de temps à autre, des oeuvres qui se démarquent de cela, Blue Flag en est encore un exemple récent. Ainsi, en ce mois de mars, l'éditeur propose de découvrir l'une de ces oeuvres apparaissant un peu plus "atypiques" dans son catalogue: Transparente, qu'il ne faudrait pas oublier à côté de la sortie-événement de la très attendue édition deluxe du grand classique FullMetal Alchemist. De son nom original Tômei Ningen no Hone, cette série bouclée en 4 tomes a été prépubliée en 2017-2018 dans le magazine numérique Shônen Jump+ de Shûeisha, et elle nous permet de découvrir pour la première fois en France Jun Ogino, un auteur officiant depuis déjà une dizaine d'années, mais étant discret avec peu d'oeuvres à son actif, et dont la plupart des précédents travaux tendaient surtout vers le shôjo-ai et le yuri. Ici, l'artiste sort donc de son "domaine de prédilection", en nous plongeant dans un drame réaliste sur fond de surnaturel...

Tout commence quand Aya Kinomiya, notre héroïne, a 9 ans. Ou plus précisément, quand elle se remémore un souvenir de ses 9 ans, l'un des seuls souvenirs presque heureux qu'elle a avec son père. Une partie de pêche où ce paternel semble plutôt bienveillant, mais il ne s'agit là que d'une illusion: en permanence, ce patriarche exerce sa loi à la maison avec violence. Sa mère, battue et rabaissée, n'a jamais son mot à dire, la moindre remarque lui vaut les colères du mari, et elle ne fait qu'encaisser en permanence pour protéger ses enfants. Quant au grand frère de la jeune fille, de trois ans son aîné, depuis toujours il reste "dans sa bulle", fait mine de tout ignorer de la situation pour ne pas s'en mêler, ne pas être dérangé, son silence étant alors, quelque part, tout aussi coupable que les actes du père. C'est dans ce climat que, jusqu'à ses 15 ans et ses dernières semaines de collège, Aya grandit, en prenant petit à petit conscience que sa famille ne tourne pas rond, par exemple quand elle surprend sa mère en train de se faire battre, ou quand elle voit d'autres familles où tout se passe bien. L'adolescente, sans le moindre point de repère heureux, a alors sur son entourage un regard on ne peut plus froid: elle a peur et hait son père, exècre ce frère silencieux, déteste l'école et ses camarades de classe qu'elle considère comme des hypocrites ne pensant en réalité tous qu'à eux... Seule sa mère, dont elle comprend peu à peu la situation, lui inspire de la sympathie. Mais dans le fond, elle ne supporte plus tout ça, à tel point qu'elle voudrait disparaître... et que c'est en partie ce qui lui est arrivé depuis déjà quelques années, dès lors qu'elle a découvert en elle le surprenant pouvoir de devenir transparente. Mais ce pouvoir, quel usage en fera-t-elle ?

Difficile de ne pas parler de ce premier tome sans évoquer son événement-clé, un drame froid arrivant à la fin du long premier chapitre d'environ 70 pages. Mais on va tout de même tâcher de ne pas spoiler ici, en abordant surtout les qualités d'une mise en place n'oubliant rien des grandes lignes. Au fil d'un récit narré directement par Aya elle-même (c'est vraiment elle qui raconte son histoire, en nous plongeant au plus profond de ses pensées, de son ressenti, de son regard sur le monde...), on cerne bien, dans les premières dizaines de pages, tout : sa situation familiale déplorable, la froideur avec laquelle elle voit les autres (hormis sa mère), cet étrange don de transparence qu'elle apprend à découvrir peu à peu via diverses "expérimentations" (elle peut passer de visible à transparent comme elle veut à condition de ne pas dépasser une certaine durée, tout ce qu'elle touche ou émet (y compris sa voix) ne peut être capté par personne d'autre quand elle est transparent...)... C'est assez clair, jusqu'à ce fameux événement-choc irréparable qu'elle se décide à commettre en fin de 1er chapitre en utilisant son pouvoir. Après le drame, pourtant, le ton ne change pas: pas d'émotion folle, et sous le prisme du récit narré par Aya l'ensemble reste toujours assez froid, presque déshumanisé parfois, ce qui devrait faire tout l'intérêt de l'oeuvre par la suite.

Car on devine bien que l'un des enjeux majeurs de la série sera sûrement de dépeindre les changements (ou non ?) d'Aya suite à ce qu'elle a commis, et la manière dont elle devra vivre avec. En cela, Jun Ogino distille pas mal de choses assez prometteuses. A son entrée au lycée, l'adolescente fait coup sur coup deux rencontres qui pourraient avoir leur importance, deux potentielles amies... si tant est qu'elle les laisse s'immiscer dans sa vie, elle qui cherche plutôt à les fuir car, quelque part, elle se sent presque inconsciemment ou à regrets coupable de ce qu'elle a fait. Tout en cherchant à poursuivre sa vie en frôlant parfois une "normalité" qu'elle n'a jamais connue, il y a toujours, en elle, tapi, cette chose qu'elle a commis, et qui semble toujours pouvoir la rattraper psychologiquement, comme le montrent les quelques visions qu'elle a de son père.

Se faisant donc facilement intrigant même s'il faudra vraiment accrocher au ton assez froid du récit, ce premier volume est porté par un style visuel... tout aussi froid. Avec des designs aux lignes plutôt épurées, les expressions très neutres de son héroïne (où seules les deux rencontres de fin de tome dénotent un peu), des décors tirés de photos pour un rendu réaliste, des aplats simples amenant des contrastes noir/blanc, et des trames très classiques avec peu de nuances, Ogino montre un côté sobre et peu chaleureux qui colle très bien à l'histoire, même s'il faudra clairement y accrocher, et qu'on y regrettera quand même de régulière irrégularités dans les anatomies ainsi que des trames vraiment trop simplistes par moments.

En somme, ce premier volume de Transparente pique la curiosité comme il se doit, au point d'assez facilement donner envie de voir de quoi la suite sera faite, surtout au vu de ce déclare Aya en toute dernière page.

En ce qui concerne l'édition, comme souvent Kurokawa sait attirer l'oeil ! La jaquette bénéficie d'astucieux éléments vernis translucides, collant bien à la transparence de l'héroïne, l'éditeur ayant poussé la chose jusqu'à glisser en quatrième de couverture une silhouette d'Aya qui ne peut être vue que grâce au vernis. A l'intérieur, papier et impression sont de bonne qualité, les choix de lettrage sont convaincus, et la traduction de Satoko Fujimoto est claire et s'adapte bien à la personnalité de l'héroïne.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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