Seven Short Stories

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 08 April 2016

En vingt années de carrière, Nakaba Suzuki, l'auteur du populaire Seven Deadly Sins (mais aussi de Kongoh Bancho paru chez Kana) n'avait jamais eu l'occasion de voir paraître un recueil de ses nouvelles. C'est désormais chose faite avec Seven Short Stories, ouvrage paru au Japon en 2014 afin de surfer sur le succès de Seven Deadly Sins, et s'ouvrant d'ailleurs sur le chapitre pilote de la populaire série.

S'étalant sur près d'une soixantaine de pages, ce chapitre reprend grosso modo les grandes lignes du début de Seven Deadly Sins, de la rencontre entre Meliodas et Elizabeth jusqu'à l'affrontement contre le premier chapitre et le début de la quête pour retrouver les autres compagnons de Meliodas. Mais si l'essentiel du déroulement est le même, il est intéressant de voir toutes les différences qui peuvent se faire avec ce qu'est devenu ce passage dans la série : un aspect plus condensé et rapide, quelques changements de look chez les deux héros, un Méliodas plus sérieux et moins pervers, une Elizabeth carrément plus insouciante (au point de mettre des vents à Meliodas quand il lui parle, ou de se promener toute nue sans que ça la dérange... Il est d'ailleurs amusant de voir que si les petits gags un peu coquins typiques de l'auteur dans SDS sont là, dans ce pilote ils viennent plus d'Elizabeth que de Meliodas, rigolote inversion des rôles !), une sorte de gros mécanismes ambulants à la place de Mama Hawk pour bouger l'auberge... ce qui, pour ce dernier point, vous laisse facilement deviner quels sont les deux grands absents de ce début d'intrigue : Hawk et sa Mama ! En effet, ce n'est que plus tard que Nakaba Suzuki les a créés, et le moins que l'on puisse dire, c'est que leur absence se ressent instantanément en terme de fun.

Les deux histoires suivantes, faisant toutes les deux 25 pages, se nomment toutes les deux "Agneaux égarés", et sont toutes les deux de petites romances adolescentes, où les personnages principaux du premier récit deviennent des personnages secondaires du second. Au programme, rien que du très classique.
Dans la première histoire, un garçon effacé peine à réaffirmer son amour à celle qu'il aime depuis le primaire, qui lui a mis un vent à l'époque, et qui a bien changé depuis en devenant une adolescente d'apparence froide et sérieuse. De plus, de par leur caractère, tous deux sont des cibles de moqueries idéales pour leurs camarades. Mais le fait de se retrouver seuls dans la chambre de la jeune fille risque fort d'enfin leur permettre de dévoiler ce qu'ils ressentent réellement...
Dans la deuxième histoire, un collégien un peu prétentieux, se vantant d'être déjà sorti avec des filles alors que ce n'est pas le cas, voit son meilleur ami tomber malade et être emmené à l'hôpital, et se voit contraint de rester dormir seul avec la grande soeur de ce dernier, une lycéenne de première année tout ce qu'il y a de plus gentil... et charmante. Le gamin tombe sous le charme rapidement, sans de douter qu'une nuit complètement folle l'attend aux côtés de cette demoiselle qui cache bien son jeu...
Les deux récits ont beau être convenus, difficile de bouder son plaisir face à des personnages qui, en seulement une grosse vingtaine de pages, parviennent à se faire attachants, amusants ou touchants, encore plus quand le tout se pare d'une ambiance légèrement romantique.

Le récit suivant, le temps de 35-40 pages, nous plonge dans ce qui est sans doute l'histoire la plus étrange du recueil, de par son mélange inattendu qui transparaît toutefois dès le titre : "Cowgirls et soucoupes volantes". Suzuki nous y invite, dans une ambiance de western américain assez moderne puisqu'il y a des voitures, à suivre Emma, une petite cowgirl de 12 ans qui, depuis toute petite, voit constamment s'abattre autour d'elle le malheur. Les vaches de son père sont d'abord retrouvées toutes vidées de leur sang ce qui provoque la ruine familiale et la déchéance du paternel, des gens disparaissent mystérieusement autour d'elle dans un flash, puis un autre coup du sort s'abat sur son nouveau maître, avant qu'elle ne manque de se faire avoir par un homme peu rassurant... Serait-elle vraiment une enfant maudite ? Ou alors... la vérité est ailleurs ? Suzuki mélange avec malice l'Ouest américain et le surnaturel, pour un résultat également ponctué de petits clins d'oeil à X-Files, et que l'on aurait presque aimé voir s'étendre plus longtemps. Une petite curiosité, bien racontée et portée par une idée basée sur l'opposition entre deux registres qui n'ont rien en commun.

L'opposition entre deux registres, voire même trois, c'est aussi la marque fabrique du rigolo "Blizzard Accel", récit de 40 pages qui démarre à la façon d'une histoire d'arts martiaux, pour ensuite prendre une tournure de défi amoureux, tout en s'axant de plus en plus sur... du patinage artistique ?! Le mélange apparaît improbable, la magie de Nakaba Suzuki est une nouvelle fois de nous le conter habilement, malicieusement. Et même si la chute est aussi improbable que prévisible, l'ensemble peut compter sur ses trois personnages centraux fichtrement bien campés, entre le jeune héros volontaire et talentueux bien qu'un peu bébête par moments et doté d'un physique efféminé alors qu'il est redoutable en baston, la jeune patineuse tendre et gaga de son amoureux, et surtout le grand frère qui fait un joli sister-complex et part au quart de tour ! Notons qu'il s'agit d'une préquelle de la série du même nom, inédite en France, et parue au Japon de 2005 à 2007 sur un total de 11 tomes.

Sixième et avant-dernière histoire, "Memory of Moon" s'étire sur deux chapitres. Avec ses 60 pages passées, il s'agit du récit le plus long, mais également du plus poussif. Nous amenant dans ce qui semble être la Chine ancienne et centrée sur quelques conflits liés aux arts martiaux et à une rivalité amoureuse, il se pare d'une ambiance très sérieuse et dramatique que Suzuki peine un peu à rendre passionnante, la faute à un déroulement qui manque de peps et à des personnages qui ne parviennent jamais à attirer ne serait-ce qu'un peu de sympathie... Tout recueil à son histoire moins prenante, et pour votre serviteur, dans le cas de Seven Short Stories c'est celle-ci. Néanmoins, cela reste intéressant à parcourir pour observer l'auteur sur une ambiance un peu plus sombre et sérieuse. Notons qu'il s'agit d'une sorte de prologue à la série

Enfin, la dernière histoire, "L'impitoyable campagnarde", n'est rien d'autre qu'un gros gag de zizi en 4 pages, qui s'avère hilarant de par son mélange coquin/absurde/farfelu, et qu'on aurait bien imaginé dans des shônen 80s-90s comme Dragon Ball !

Côté dessins, les récits pouvant remonter jusqu'à plusieurs années, on constate forcément des variations dans la finesse du trait, notamment concernant "Blizzard Accel". On constate pourtant, quasiment toujours, une science certaine sur les décors très présents, sur les découpages rythmés, sur l'expressivité des personnages. C'est du bon travail, qui est souvent bien porté par une narration enlevée et une bonne gestion des événements. On ressent également le plaisir qu'a l'auteur à dessiner ses personnages féminins : qu'il s'agisse de la sérieuse et froide adolescente d'"Agneaux égarés 1", de l'attirante lycéenne aux jambes de rêve de sa "suite", de la jeune cowgirl, ou d'Elizabeth, elles ont toutes un certain charme qui leur est propre.

Un recueil d'histoires courtes d'un auteur réputé, c'est souvent un bon moyen de mieux appréhender tout ce dont est capable l'artiste. Ce Seven Short Stories ne fait pas exception à cette règle : même si certaines histoires paraîtront forcément moins prenantes que d'autres, il semble difficile de ne pas trouver son bonheur face à la variété des styles auxquels s'essaie Suzuki, à ses élans d'inventivité et à ses qualités graphiques et narratives. A posséder forcément pour tout fan du mangaka, d'autant que les différentes notes explicatives de Suzuki apportent encore quelques détails supplémentaires appréciables.

Côté édition, on a droit aux mêmes critères de qualités que pour Seven Deadly Sins : un papier souple et épais de couleur crème, une traduction très vivante et limpide de Fédoua Lamodière (qui officie aussi sur Seven Deadly Sins), un bon effort dans les choix de police... Et l'ouvrage comportant plus de 250 pages, on peut dire qu'il vaut sans mal son prix.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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