Momo & Manji Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 12 April 2019

Mangaka ayant débuté sa carrière en 2009, Sawa Sakura est loin de se limiter au boy's love: ses talents s'étendent tout autant dans le shôjo ou le seinen, et elle a même publié sa série Kabuki Iza dans les célèbres magazines Fellows! et Harta d'Enterbain, réputés pour leur exigence graphique (ce sont les magazines de Bride Stories, minuscule, Rudolf Turkey...). Toutefois, s'il fallait chercher un point commun à la majorité de ses oeuvres, ce serait leur ancrage historique à une période qui semble la passionner et dans laquelle elle s'est plutôt spécialisée: le Japon d'Edo. Aussi, on est donc plus que curieux en la voyant arriver dans la collection Hana avec Momo & Manji, une série débutée en 2015 dans le magazine OnBlue des éditions Shôdensha, et qui allie cette part historique au... boy's love !

Plus précisément, cette oeuvre nous plonge à la fin de l'ère Edo, en plein été, à la découverte de deux personnages. L'un, Momoki, est un jeune homme qui fut autrefois un Kagema, un prostitué devant se plier aux exigence de ses clients, essentiellement des hommes mais aussi parfois des femmes. L'autre Manji, est un homme grand, élancé et tatoué qui l'a recueilli un jour de pluie après l'avoir trouvé en piteux état. Depuis, tous deux vivent ensemble en tant qu'amants, même si de temps à autre Momoki se remémore son passé.

La base de l'histoire est on ne peut plus simple: deux hommes sont amants au quotidien et vivent ensemble dans une époque parfois trouble mais où ils trouvent leur bonheur ensemble. Sawa Sakura ne cherche pas spécialement, du moins pour l'instant, à offrir un récit riche en événements, et pour cause: son objectif semble bel et bien de proposer le genre de tranche de vie assez simple qui peut lui permettre de surtout croquer en toile de fond tout un portrait de l'époque, un portrait qu'elle ponctue volontiers de régulières scènes un brin érotiques et sulfureuses. Et c'est bien en cela que le récit et immersif et captivant, car la mangaka ne lésine sur aucun effort pour bien distiller de nombreuses petites informations sur cette période historiques. Il y a bien sûr tout ce qui concerne la prostitution masculine en maison close, notamment via des chapitres nous faisant découvrir le passé de Momo, son apprentissage, sa formation sexuelle pointue passant par différentes étapes, les règles de conduite à respecter notamment avec les clients, les différences de rang... Cela occupe une belle place et est intéressant à découvrir, mais l'autrice est loin de se limite à cela et croquer également pas mal de petites choses plus ou moins détaillées, par exemple autour de certains modes de vie de l'époque, des Arts (kabuki, théâtre d'ombres, etc)...

Et tout ceci, elle l'emballe dans une style visuel souvent ravissant, ne serait-ce que pour sa rigueur dans nombre de décors, de cadres, d'objets et de costumes d'époque, derrière lesquels on devine un certain travail de documentation, ou tout du moins pas mal de connaissances. Surtout, la dessinatrice offre un design de personnage et certaines vues faisant beaucoup écho aux estampes, tout en trouvant un équilibre avec plus de modernité, par exemple pour les traits plus arrondis du visage ou des yeux de Momoki. Sawa Sakura s'applique à faire ressortir ses différents éléments visuels avec des cadrages variés, précis et souvent élégants, qui invitent régulièrement à observer les différents éléments qui composent les cases. C'est donc beau, très beau.

Se servant du boy's love pour dépeindre une tranche de vie à l'ère Edo instructive et réussie, ce premier tome de Momo & Manji séduit beaucoup, d'autant plus que le livre regorge de notes de l'autrice ou de la traductrice Laurie Asin, expliquant de façon claire et concise beaucoup de termes spécifiques. C'est très intéressant, immersif, et servi dans une jolie édition avec 2 premières pages en couleur, un papier assez souple et sans transparence, et une bonne qualité d'impression faisant suffisamment honneur à la rigueur et à la précision visuelle de la mangaka.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.25 20
Note de la rédaction






MN Actus
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