Gift +/- Vol.1 - Actualité manga

Gift +/- Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 22 Febuary 2017

Critique 2

Tamaki Suzuhara, 17 ans, lycéenne effacée le jour et préleveuse d’organes la nuit. Un psychopathe à la luxure facile viole une demoiselle effarouchée ? Okay, sauf que Tamaki se tient derrière : arme au poing. Elle électrocute le japonais libidineux au taser, le dépèce avec reconnaissance, puis range les organes sous plastique avant de les revendre à une sorte de chirurgien en exil. La jeune Tamaki pense donc faire une bonne action en découpant au scalpel les criminels pour remplir les « innocents » de leurs organes. Un marché noir très lucratif. Apparemment en situation de monopole, il se pourrait pourtant que d’autres viennent les concurrencer à moindre prix et sans guère se soucier du casier judiciaire de l’heureux donateur de fortune.

Une héroïne principale qui ne remplit que trop aisément le cahier des charges de l’ordinaire : adolescente neo-otaku faussement mystérieuse, mais néanmoins assez agréable. Prélever et conserver des organes est une chose qui requière savoir-faire et expérience : comment une fille de dix-sept années pourrait faire cela avec autant de compétence ? Manifestement, l’auteur n’aura pas pu résister à satisfaire les codes du genre au risque de lester un peu de crédibilité. De manière générale, à ce stade, les personnages se veulent communs, voire lisses ; notamment ce médecin de l’ombre en quête d’une ancienne patiente, lequel ne dégage rien de particulier : d’une apparence banale et à la personnalité inexistante. Les exactions s’enchainent sans raison apparente, mais l’ensemble demeure fluide dans sa narration. 

En matière de racolage, et en un seul ouvrage, il sera difficile de faire davantage sans sombrer dans l’outrance : angles de vue dévoilant les culottes lycéennes sous jupettes ; une héroïne confessant à voie haute sa virginité aux abords d’un lieu public ; un défile page après page, des poitrines pleines de seins expiant parfois leur lait ; de la prostitution de mineures dans des bars à hôtesses ; une folle qui abandonne ses nourrissons dans des sacs à ordures ; une fille qui appelle quelqu’un « papa » après s’être fait peloter par celui-ci ? Chaque situation scénaristique de prélèvement trouvera exclusivement son point de départ dans un évènement sexuel.

Depuis quelque temps, les mises en abîme racoleuses sont tristement devenues monnaie courante dans le monde manga et de la culture en général ; sans doute ces quelques auteurs et éditeurs pensent ainsi étendre davantage leur lectorat ; mais à quel prix ? Sur ce premier tome, « Gift » se voudra l’ambassadeur de cette mouvance douteuse : l’exaltation d’une vulgarité dictée par de soi-disant impératifs commerciaux qui à la réalité se retournent souvent contre ceux-là mêmes qui en furent aveuglés.

En ce qui concerne l’édition, le papier, l’ancrage, le lettrage et la traduction sont bons : le plaisir de lecture est présent. Le rapport qualité prix est correct d’autant que l’ouvrage a été imprimé en France : les lecteurs seront apprécier cela. Une ombre au tableau cependant : le choix de la couverture : celle de la version originale se voulait davantage raffinée, évocatrice et intrigante, notamment avec cette touche de bleu pétrole ; quel dommage... Une erreur d’aiguillage de la part de la maison Komikku qui songeait surement à bien faire ; mais à tort. Le trait de l’auteur est assez sobre et classique, mais sied plutôt bien l’ambiance générale choisie : quelques planches d’un flou crayonnent possèdent un très bon cachet.

Un ouvrage introductif presque pas mal ; la série pourrait néanmoins s’avérer particulièrement intéressante pour le cas où l’auteur parviendrait à se libérer des oscillations susévoquées tout en cessant de flatter les bas instincts. Aussi, tant sur la forme que sur le fond, il n’est point trop tard pour étoffer ces personnages, sortir des sentiers bien connus du récit fast-food, s’affranchir des structures narratives préétablies et délaisser l’exhibitionnisme sanguinolent au profit d’une suggestivité invitant davantage le lecteur à un imaginaire stimulant. Un ouvrage qui pourrait tout autant être l’annonciateur du pire comme de l’agréable : à suivre donc.


Critique 1


Actif depuis la fin des années 90, Yuka Nagate était jusqu'à présent surtout connu en France pour les dessins de Hokuto no Ken - La légende de Toki, un spin-off de Hokuto no Ken sorti au Japon entre 2007 et 2009. Mais l'auteur a par la suite poursuivi sa carrière avec quelques titres inédit en France, et aujourd'hui on le retrouve enfin dans notre pays dans un genre totalement différent avec Gift± (prononcez "Gift plus minus"), un récit aux accents médicaux pas comme les autres puisqu'il nous plonge dans un microcosme japonais illégal, aux côtés de la dénommée Tamaki Suzuhara.

Cette jeune fille, lycéenne de son état, mène une double-vie puisqu'elle est surtout spécialisée dans la vente illégale d'organes. Tandis que son associé Takashi gère le bon fonctionnement des choses et est en contact avec les clients, la jeune fille, elle, manie son scalpel et ses autres outils de travail avec une précision d'orfèvre... mais uniquement sur des criminels et autres rebuts de la société qui causent du tort aux autres. Leur credo est simple : prélever la vie des ordures pour en sauver plusieurs. Dans ce cadre, absolument rien n'est "gâché" dans les corps sacrifiés (le plus fraîchement possible, voire encore vivants si la situation l'exige), et tout est récupéré et gardé dans des glacières.
Leur principal client : un médecin illégal nommé Hayashi, recherché par la police depuis un drame survenu 3 ans auparavant... et qui, tout au long de ces trois années, n'a cessé d'essayer de retrouver la piste de Tamaki, avec qui il a un lien étroit, mais dont il ignore qu'elle n'est pas si loin de lui que ça...

Vous l'aurez compris, l'univers que nous propose la série s'inscrit dans les faces sombres et méconnues de la société et joue totalement sur la notion de moralité, des vies certes criminelles étant sacrifiées pour en sauver plusieurs. Sur cette base, Nagate développe une atmosphère sombre, jamais joyeuse (on notera bien par-ci par-là quelques pointes d'ironie, mais à part ça...), un brin poisseuse et morbide, mature avec ses cadavres et organes précisément représenté ainsi qu'avec son ton adulte (les scènes un brin érotiques sont régulières et ont généralement une réelle utilité dans le récit, hormis quelques brefs passages évitables).
L'auteur cherche volontiers à remuer son lecteur, mais cela ne l'empêche aucunement de conserver une volonté de réalisme rendant son récit d'autant plus troublant. Ainsi prend-il le soin d'évoquer la situation des greffes au Japon (chaque année 120 000 personnes y sont en attente de greffe, mais seulement 3000 d'entre elles reçoivent un précieux organe en bonne santé), certains problèmes comme les rejets, et certaines maladies comme l'atrésie biliaire. De même, son récit est bien pensé sur les détails : par exemple, de par leurs activités illégales, Takashi et Hayashi font attention aux mots qu'ils emploient pendant leurs conversations téléphoniques, en préférant parler de "baleine" pour les futures cibles ou de "boulettes de millet" pour les reins. Enfin, le réalisme de son univers urbain illégal lui permet aussi d'offrir un certain sur la société : adolescents préférant filmer le suicide d'une camarade plutôt que de la sauver, abandon maternel, proxénétisme et prostitution lycéenne... tout cela s'accompagne de quelques brèves scènes continuant de jouer sur l'immoralité ou l'horreur de certaines situations (un exemple à tout hasard, les bébés morts).

Dans l'ensemble, l'univers posé par ce premier volume est donc saisissant malgré quelques légères facilités scénaristiques (par exemple, comme par hasard c'est Tamaki qui découvre le bébé dans le casier), et il doit également beaucoup à son héroïne à la fois adolescente et "désassembleuse" de corps. Dès les premières pages, Tamaki intrigue de par son comportement a priori froid et solitaire, où elle cherche à empêche une élève de sauter du toit, rattrape sa main... avant de la relâcher sans remord, après lui avoir pourtant adressé des mots qui reviendront ensuite constamment dans le tome : la vie est précieuse, il faut en prendre soin. Sur le coup on n'a aucune information sur son passé, le fait que le Dr Hayashi la recherche et embauche un détective pour enquêter renforce l'aura de mystère de la demoiselle, et des questions se bousculent facilement. Quel est son lien avec Hayashi ? Que s'est-il passé pour elle trois ans plus tôt ? Comment a-t-elle acquis son don pour découper les gens aussi minutieusement ? Est-elle aussi froide qu'elle ne le laisse paraître ? Qu'est-ce qui l'a amenée à considérer la vie aussi précieusement ? Ce n'est que petit à petit que certains éléments de réponse arrivent et permettent de cerner un tout petit peu plus cette "chirurgienne" sans pitié camouflée sous un visage d'ange. L'enquête du détective permet d'amener quelques informations, les cibles et autres personnes auxquelles elle se frotte laissent parfois entrevoir ce qu'elle peut penser ou ressentir. Par exemple, derrière son côté solitaire, elle est un peu considérée comme une bonne samaritaine par ses camarades de classe puisqu'elle vient naturellement en aide à ceux qui ne prennent pas assez soin de leur vie. Et si elle fait tant pour sauver le bébé abandonné, c'est sans doute parce qu'il semble lui rappeler des choses...

Sur ce premier volume, tout en dressant un fil conducteur autour de Tamaki et de Hayashi, Nagate livre déjà deux récits où l'adolescente a du travail à faire avec son scalpel, puis il entame un troisième récit dans la dernière partie. Ces premiers cas sont parfaitement variés. Dans le premier cas, on a droit à un criminel-violeur-meurtrier abject qui est nickel pour une introduction, tandis que le deuxième cas est déjà plus nuancé : si Kana Aizawa a commis des horreurs, cela trouve des raisons un peu plus psychologiques dans son mal-être, dans son sentiment d'inutilité, et elle se considère elle-même comme une personne toxique, dès lors le rôle de Tamaki pourrait prendre une tournure différente du simple "désassemblement" de corps. Quant au troisième cas, il promet des problèmes plus retors, avec apparition d'un personnage supplémentaire en la personne de l'inspecteur Sakurada, et arrivée de concurrents pour Tamaki et Takashi...

Visuellement, Nagate livre un travail impeccable ! L'artiste réussit sa mission sur les scènes-choc, sanglantes et d'une précision chirurgicale (ha ha), avec un dessin au scalpel incisif (ha ha... bon, on va arrêter là avec les jeux de mots) : cela fait son effet tout en ayant le mérite de ne pas s'éterniser plus que de raison. Ce style sans fioritures et sombre est porté par un découpage et des cadrages limpides, et est ponctué de quelques partis pris visuels de temps à autre : quelques petits effets de flou pour accentuer la profondeur et focaliser le regard, et surtout de jolis lavis sur certaines pages ou double-pages.

Un univers prometteur, une atmosphère bien posée, une héroïne intrigante... Ce premier volume de Gift± est une réussite, qui nous plonge d'emblée dans un récit prometteur.

Komikku a soigné le rendu de son édition, avec une jaquette différente de la japonaise et qui donne plutôt bien le ton, d'autant qu'elle est dotée d'un vernis sélectif soigné et d'un logo-titre bien trouvé. A l'intérieur, le papier et l'impression d'Aubin sont impeccables, les choix de polices immersifs, et la traduction d'Arnaud Delage sans fausse note.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Alphonse

13.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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