Gannibal Vol.1 - Actualité manga

Gannibal Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 15 September 2020

Meian s'impose aujourd'hui comme un éditeur particulièrement actif sur le marché français, et qui affiche une volonté de plus en plus appuyée de proposer un catalogue varié. Après les séries guerrières telles que Kingdom ou Baltzar, la comédie fantastique avec Tombée du ciel, et la fantasy avec Konosuba, sans oublier les nombreuses rééditions de titres coréens, c'est au tour de l'horreur de faire partie de l'offre Meian avec Gannibal.

Première série de Masaaki Ninomiya, le titre est en cours de parution depuis 2018 dans les pages du magazine Manga Goraku de l'éditeur Nihon Bungeisha, avec sept volumes au compteur dans son pays d'origine. Un manga dont l'intitulé semble évocateur, mais Gannibal est-il un simple manga gore et horrifique jouant sur le cannibalisme ? Pas vraiment...

Avant de parler de la direction du titre, abordons son synopsis. Daigo Agawa, sa femme et sa fille emménagent dans le petit village de Kuge. Hameau perdu dans les montagnes, la bourgade ne manque pas de dépayser la petite famille. Les voisins semblent accueillant mais adoptent un comportement étrange à leur égard, et Daigo a bien du mal à faire valoir son rôle de policier dans ces conditions. Car c'est dans un but professionnel qu'il a intégré les lieux avec les siens : Le voilà en charge de remplacer son prédécesseur, disparu dans des circonstances mystérieuses. Au fil des jours, ses doutes envers les habitants de Kuge se renforcent, et les événements semblent confirmer les mises en garde laissées par le précédents policiers. Et si les habitants de Kuge était cannibales ?

La couverture de ce premier tome de Gannibal est presque trompeuse. Celle-ci met en avant un terrifiant vieillard qui semble vouloir se répaître de chaire humaine, mais le contenu de ce volume de démarrage se révèle bien plus subtile que ça. Masaaki Ninomiya plante ici les bases d'un thriller avant tout efficace dans le suspense qu'il intègre, notamment car les ingrédients sont distillés à tour de rôle et de manière habile. Alors, au fil de ces premiers chapitres, le lecteur fait connaissance avec les habitants du village de Kuge au même titre que l'agent Agawa et sa famille. Comme nous, ils assistent à des événements étranges et des réactions douteuses de certains habitants. D'un décès d'une vieillarde charcutée débute l'enquête du policier qui se demande si cannibalisme il y a dans ces montagnes.

La force de ce premier volume réside d'abord dans son ambiance, habilement dépeinte. Un climat de malaise règne tout le long de ce tome, notamment grâce aux réactions toujours plus étranges des habitants du village, une communauté soudée mais qui se ferme à un quelconque étranger. Et tandis que l'auteur s'amuse à nous faire douter de la nature cannibale de ces autochtones (ce dont on ne doute pas vraiment en fin de compte), les événements prennent de plus en plus d'ampleur au fil des pages, jusqu'à atteindre une sorte de point de non retour qu'on intervient relativement tôt au regard du nombre de tomes que comporte actuellement la série. Dès lors, l'intensité se renforce et le récit devient addictif. Pour son premier titre, l'auteur livre une jolie maîtrise du suspense, sur un fond qui sert aussi bien l'horreur du récit qu'un sous-texte particulièrement intéressant.

Car avec ce premier volume, Masaaki Ninomiya s'interroge sur le choc culturel d'une société moderne actuelle face à des rites qui seraient restés figés dans le temps. Aux yeux du lecteur, mais aussi de plusieurs personnages du tome, rien ne peut moralement justifier le cannibalisme. Mais l'approche faite de ce fossé culturel par ce premier volume met habilement en relief les décalages culturels qui deviennent donc des décalages moraux et psychologiques. L'idée est particulièrement intéressante, aussi il y a de quoi être curieux de voir de quelle manière le mangaka étoffera toute cette thématique sur le long terme. Pour celles et ceux que le sujet intéresserait, la courte série Initiation de Haruko Kashiwagi sera une lecture intéressante, puisqu'elle aborde la manière dont un village reculé vit encore ses rites sexuels ancestraux, culture bien mal vue du Japon actuel. La série étant en arrêt de commercialisation, la trouver sera en revanche compliqué.

On saluera aussi tout le cachet qu'a le style du mangaka, dont la patte sert parfaitement le récit. L'auteur apporte énormément de nuance à ses planche grâce à un travail du noir et des traits, tout en appuyant les faciès souvent inquiétants de certains personnages. Il y a un réel travail visuel sur l'ambiance, ce qui renforce efficacement notre plongée dans le troublant village de Kuge.

Meian ne s'y est donc pas trompé en accueillant Gannibal dans son catalogue, en guise de premier manga horrifique. Inquiétant mais jamais gratuitement violent, maniant subtilement son sujet tout en développant un sous-texte très intéressant, et peignant un suspense de plus en plus fort, ce premier volume nous marque comme il se doit. Un excellent début de thriller dont on en attend énormément, surtout avec une telle fin de tome qui donne envie de suivre la suive de l'enquête déjà périlleuse de Daigo Agawa.

Côté édition, l'éditeur livre une jolie copie. La fabrication est, comme à l'accoutumée, des plus plaisantes grâce à un papier épais, tandis que la traduction signée Vincent Marcantognini est vivante et efficace pour l'ambiance du titre.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction






MN Actus
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