En proie au silence Vol.4 - Actualité manga

En proie au silence Vol.4

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 12 November 2020

Chronique 2 :

Niizuma est prêt à soutenir sa professeure le plus sincèrement possible. Alors qu'il déclare ses sentiments à Misuzu au téléphone, cette dernière semble se sentir allégée d'un poids, et trouve le courage de s'affirmer et de s'opposer à celui qui la hante. L’étau semble se resserrer sur Hayafuji, notamment parce que les langues de ses victimes commencent à se délier. La contre-attaque n'en n'est peut-être qu'à ses débuts...

C'est l’écœurant Hayafuji qui est à l'honneur sur la couverture de ce quatrième tome d'En Proie au Silence. Un choix d'Akane Torikai qui n'a absolument rien d'anodin : Si un personnage dépeint sur une jaquette laisse pressentir une mise en avant positive, c'est tout le contraire en ce qui concerne le bougre violeur. S'il est si important, ce n'est pas parce qu'il est voué à nous étonner, mais parce cet opus marque peut-être le début de la fin de son impunité.

Après trois premiers volumes qui mettaient fortement l'accent sur les victimes du « dom juan », à juste titre, le vent tourne dans cette suite, comme l'amorçait la conclusion du troisième tome. La discussion par téléphone entre le lycéen qu'est Niizuma et sa professeure, Misuzu Hara, a un sens significatif sur la jeune femme. Akane Torikai livre un message assez clair : Un soutien de taille peut tout faire basculer, et il ne faut jamais cesser d'épauler les victimes et de les croire. Si les personnages introduits jusqu'à présent forment un cercle, celui-ci se referme peu à peu sur l'antagoniste de la série. La mangaka continue alors de jongler efficacement entre les points de vue pour amorcer une certaine justice qui va de pair avec le développement de ces personnages, sans pour autant traiter la menace Hayafuji par dessus la jambe. Bien au contraire, le message à ce sujet reste fort, le violeur étant un prédateur qui ne se laissera pas intimidé, et qui sera soutenu par la société. Ecoeurant, mais le discours reste pertinent et renvoi à la courte série Moi Aussi de Reiko Momochi qui aborde des idées similaires.

Toute l'intrigue centrale d'En Proie au Silence progresse donc à un très bon rythme dans cet opus qui confirme la direction prise par l'histoire, et cristallise les messages forts véhiculés par Akane Torikai, des idées qui poussent à forcément à se questionner sur la place des victimes. Mais au delà de l'histoire des crimes de Hayafuji se développe une intrigue plus positive, celle de Misuzu Hara et de son élève, Niizuma. Une banale histoire d'amour entre prof et élève ? Non, le traitement étant plus subtil que ça puisqu'il concerne deux individus qui se soulagent mutuellement de poids en répondant aux désirs de l'autre. Là aussi, la mangaka poursuit tout sa réflexion autour de l'enseignante, du poids des traumas qu'elle a subi sur son être, et sa vision actuelle des rapports humains. Absolument rien de lisse donc, et il ne pouvait en être autrement étant donné les complexités humaines abordées dans l’œuvre d'Akane Torikai.

Avec ce quatrième volume, En Proie au Silence a donc atteint la moitié de son histoire. Un récit sombre et psychologiquement rude, mais toujours mené avec intelligence et subtilité, qui nous pousse au questionnement en plus de condamner implacablement. La mangaka a des idées à décortiquer, tout en finesse, ce qui rend son œuvre marquante.


Chronique 1 :

"Je vous aime... Du coup, vos ennemis sont mes ennemis."


Ces simples mots, qui viennent de lui être adressés par Niizuma au téléphone, font naître en Misuzu quelque chose de nouveau, qu'elle n'avait pas ressenti depuis des années: le désir de repartir de l'avant, d'être suffisamment forte pour tout bonnement reconquérir son corps... bref, d'essayer de se sortir de ce silence qui l'a lentement mais sûrement broyée au fil du temps. Et forcément, cela passe par le besoin de se confronter à Hayafuji au plus vite. C'est alors d'elle-même que l'enseignante s'applique un peu du rouge à lèvre auparavant donné par Minako, comme pour réaffirmer avec force sa féminité et son désir de se réapproprier son corps, et qu'elle part à la rencontre de l'odieux homme qui abuse d'elle depuis tant de temps... Mais comment Hayafuji, qui ne supporte pas de perdre son contrôle sur les femmes, réagira-t-il ?

Ces conséquences, elles ne tardent pas à se montrer, mais pas directement sur Misuzu, puisque c'est auprès de sa fiancée que Hayafuji part chercher du réconfort... mais d'une manière bien à lui, c'est-à-dire avec brutalité et dans un rapport de domination assez inquiétant, et d'autant plus inquiétant quand on voit la réaction de Minako, simplement heureuse d'être enfin touchée par son fiancée qui la négligeait depuis si longtemps, quand bien même leur rapport ici s'apparente à une agression. Mais ce qui est peut-être encore plus terrible, c'est le résultat que finit par avoir ce rapport sexuel et que Minako annonce avec joie à Hayafuji pendant le dîner de fiançailles. Une conséquence dont on attend de voir le traitement par la suite, mais qui est si important dans ce qu'il implique qu'il devrait avoir un impact fort, chose qui se ressent aussi quand Minako l'annonce à Misuzu. Car avec cette nouvelle, faire tomber Hayafuji de son piédestal patriarcal reviendra peut-être plus que jamais à foutre en l'air la vie rêvée de Minako, si jamais cette dernière ne parvenait pas à faire la part des choses... On le sent bien, Akane Torikai semble vouloir crier à ses lectrices qu'à force de se murer dans le silence après des agressions, la situation ne peut qu'empirer jusqu'à prendre ce genre de proportion, alors mieux vaut briser la silence au plus vite.

Mais une nouvelle fois, la lecture est loin de se limiter à ça, ne serait-ce que pour l'évolution de Misuzu qu'on continue de suivre et qui sera forcément difficile, car elle ne peut se reconstruire aussi facilement après la déclaration de Niizuma. Il y a bien une réciprocité dans l'attirance a priori, mais la jeune femme peut-elle l'accepter ainsi ? Malgré son désir d'avancer, il y a forcément toujours des blocages, et il est notamment terrible de la voir déclarer qu'il n'y a absolument aucun moyen qu'elle puisse être heureuse, chose d'autant plus terrible quand on voit le léger sourire apaisé qu'elle semble afficher en disant ça, comme si c'était une chose qu'elle avait acceptée. Le chemin sera long... en pendant ce temps, la mangaka n'oublie pas d'aborder ses autres personnages. Tandis que Minako se persuade de son idéal de bonheur et reste silencieuse face à ce qui ne va pas, Reina, de son côté, veut se convaincre que Hayafuji est l'amour qu'elle a attendu si longtemps, et sans doute est-ce là une carapace de protection qu'elle se met pour ne pas être brisée. Entre Misuzu, Minako et Reina, ce sont bien différentes formes de silence, pour différentes raisons, que Torikai montre, mais évidemment aucune d'elles n'est saine, bien au contraire. Quant à Ayaka, la collègue de Reina voulant pousser cette dernière à réagir et à se battre pour toutes les femmes du monde, pourra-t-elle seulement faire quelque chose face à l'emprise de Hayafuji, malgré son caractère se voulant fort ? Enfin, on observe avec tout autant d'intérêt le cas de Mika et, peut-être plus encore, celui de Misakana, cette dernière restant assez intrigante et complexe à totalement cerner, encore plus au vu des toutes dernières pages.

Akane Torikai emballe le tout dans une narration restant vraiment percutante. La mangaka offre des moments de cynisme mettant vraiment mal à l'aise, ne serait-ce que quand Minako essaie de se convaincre qu'elle est heureuse pendant l'acte quand bien même elle voit la trace de rouge à lèvres sur le vêtement de Hayafuji. Et c'est aussi par son ton sans détours que l'autrice frappe à bien des égards, y compris via des détails qui n'ont pas à être tabous, comme quand Misuzu pense à l'absence de ses menstruations puis sent à nouveau le sang affluer dans son corps.

Le récit-choc de Torikai continue alors de frapper là où il faut, sans détours, avec force, ce qui n'empêche pas la mangaka de prendre son temps pour aborder les choses sous de nombreux aspects, sans prendre ses lectrices et lecteurs pour des idiots, afin de mieux les interpeller. Nous voici désormais à la moitié de la série, et il ne fait aucun doute qu'En proie au silence a encore beaucoup de choses à dire.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.25 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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