Comte de Monte-Cristo (le) - Actualité manga

Comte de Monte-Cristo (le)

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 14 March 2017

Après Les Misérables, l’excellente adaptation de Takahiro Arai du roman de Victor Hugo, l’éditeur Kurokawa se penche sur une autre adaptation d’œuvre littéraire française classique : Le Comte de Monte-Christo. Roman parmi les plus célèbres d’Alexandre Dumas, l’œuvre est adaptée en 2014 par le mangaka Ena Moriyama, auteur peu connu que nous découvrons pour la première fois en France. Si le roman d’origine est dense, c’est sur une one-shot de presque 280 pages que l’adaptation nous est proposée, une retranscription qui nécessitera quelques sacrifices…

De retour de voyage, le jeune capitaine Edmond Dantès est promis à un bel avenir. Fraîchement promu, il s’apprête à épouser l’amour de sa vie, la belle Mercédès. Le jour du mariage marque la descente aux enfers d’Edmond qui se retrouve enfermé au Château d’If, pénitencier perdu au milieu de l’océan. Accusé à tort d’être bonapartiste, Edmond garde espoir et clame son innocence, mais n’est jamais entendu… Il trouve néanmoins un allié de taille en la personne de l’Abbé Faria en qui il va trouver un père adoptif et une figure d’enseignement qui lui permettront, après son évasion, de mettre au point sa vengeance contre ceux qui ont provoqué sa chute…

L’œuvre d’Alexandre Dumas est une histoire de vengeance absolument passionnante, traitant de nombreux sujets tels que le contexte politique d’époque ou encore la Foi. Sur presque 280 pages, le lecteur est donc amené à suivre le destin sombre d’Edmond Dantès, jeune homme trahi par ses « amis » qui ont organisé son emprisonnement afin de s’emparer aussi bien de sa réussite sociale que de l’amour de sa vie. Le récit, particulièrement riche, passe ainsi par plusieurs phases toutes aussi captivantes à savoir la chute du héros, sa renaissance puis la mise en œuvre de sa vengeance, segment le plus long et complexe du titre. Bien qu’écourté, l’adaptation manga présente peut-être une porte d’entrée convenable sur certains points : elle permet de se familiariser aussi bien avec l’intrigue qu’avec les personnages et le fait que de nombreux éléments aient été omis de cette retranscription pousse indéniablement le lecteur vers le roman original s’il ne l’a pas déjà lu.

Adapter ce monument de la culture littéraire en un seul volume était donc un défi de taille, un challenge qui laissait son auteur, Ena Moriyama, sceptique tant il y avait à retranscrire et qu’un si court format a nécessité de nombreuses suppressions de l’œuvre d’Alexandre Dumas. Le mangaka se confie à ce sujet dans la postface de l’ouvrage, clamant aussi son amour pour l’heure original et malheureusement, on ne peut qu’être d’accord avec l’auteur par rapport au semi-massacre que peut constituer cette adaptation largement charcutée. Ainsi, la version manga du Comte de Monte Cristo voit directement son temps qui est compté, aussi le titre va toujours à l’essentiel sans prendre de détour, ne s’intéressant qu’aux éléments importants de l’intrigue. Il n’est donc pas toujours évident de comprendre l’œuvre si nous n’avons pas connaissance de l’intrigue originale, notamment à partir de l’instant où l’histoire est lancée et que les manigances d’Edmond font intervenir de nombreux personnages et des complots qui ont lieu sur différents tableaux. Il faut alors s’accrocher pour ne pas être égaré par moment tant tout va à 100 à l’heure. Même les lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec l’œuvre littéraire d’origine s’en rendront compte, le mangaka doit toujours aller à l’essentiel si bien que la narration se trouve très souvent confuse. Les personnages, nombreux, n’ont pas le temps d’être traités comme ils le devraient et c’est d’autant plus dommageable que nombre d’entre eux apparaissent comme des figures complexes et passionnantes. Mais pour s’en rendre compte, il faudra lire le roman en lui-même.

Le Comte de Monte-Cristo aborde de nombreux sujets, mais dans la version d’Ena Moriyama, ils n’ont pas le temps d’être abordés. La Foi est un thème fort dans l’œuvre puisqu’il marque l’éveil d’Edmond auprès de l’Abbé Faria, mais aussi les doutes que subira le héros lors de sa vengeance, point d’orgue de la finalité de l’histoire aussi. Pourtant, difficile de saisir tous ces éléments dans la version présente, la conclusion elle-même n’a pas les honneurs qu’elle mérite et fait passer Edmond pour un individu qui troque sa noblesse contre une pédophilie mal placée. Son lien avec Haydée est seulement évoqué et jamais développé, un gros point noir qui rend sa relation amoureuse avec cette dernière malvenue au final.

Néanmoins, l’adaptation d’Ena Moriyama a le mérite de proposer un style graphique particulièrement expressif. Malgré le fait que nombre de personnages masculins se ressemblent, le coup de crayon du mangaka est d’une grande finesse et retranscrit une élégance qui donne un certain charme à cette adaptation. Il est toutefois dommage que la mise en scène manque d’audace, mais étant donné que l’autrice a dû sans cesse aller à l’essentiel sans pouvoir développer la narration de son récit en même temps que le scénario, peut-on lui en vouloir ? On espère en tout cas pouvoir apprécier son style sur une série plus fournie où elle aura tout le temps de montrer l’étendue de son art.

Sur son édition, Kurokawa fait un boulot tout à fait convenable. Le pavé qu’est ce tome est vendu à prix correct étant donné le nombre de pages, la traduction de Nesrine Mezouane respecte l’œuvre d’Alexandre Dumas et l’impression, sur un papier fin, mais agréable, a bonne mine. On notera que dans son format et sa charte graphique, le one-shot se marie plutôt bien, dans les bibliothèques, avec l’adaptation des Misérables de Takahiro Arai… une envie de l’éditeur de poursuivre que les déclinaisons manga de chefs-d’œuvre de la littérature française ?

Adapter Le Comte de Monte-Cristo était presque un suicide créatif, le mangaka en avait conscience et a fait de son mieux sachant qu’il a réussi à gagner 5 chapitres dans son adaptation. Si l’histoire se montre globalement passionnante, on ressent bien la coupe de nombreux points importants du roman d’origine, et cette amputation dessert cette monture tant elle enlève la complexité voire la cohérence de l’intrigue d’une manière générale. Notons que ce manga a un certain mérite : il met en avant le côté captivant du scénario malgré la confusion qui règne et ainsi, il constitue un tremplin idéal vers le roman. Quel dommage qu’on découvre un mangaka au style intéressant à travers une œuvre qui ne lui a pleinement donné les moyens de montrer l’étendue de son talent…


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

9.5 20
Note de la rédaction
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