Après l'orage - Actualité manga

Après l'orage

Rédaction
Lecteurs
17 /20

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 28 Octobre 2009

« S’il est présent dans le nouveau paysage qui s’offre à moi … Même si le monde change, même si je change, tout ira bien … »

Taïfu, maintenant un nombre important de yaois tous les mois, sort Après l’orage, troisième titre du mois d’octobre. Shoko Hidaka, l’auteur, nous présente Sakaki et Okada. Le premier est un homosexuel convaincu : froid, détaché et pas vraiment sentimental, il porte un regard acéré sur les gens qui l’entourent et juge très facilement les autres ; il rencontre Okada grâce à son travail. Sakaki est en effet le président d’une société de décoration intérieure, et Okada est le responsable des plannings de l’entreprise faisant office de client. Néanmoins, l’homme sur lequel Sakaki va jeter son dévolu est résolument hétérosexuel ! Alors que tout semblait vain, le jeune homme se réveille le lendemain, après une tournée des bars particulièrement arrosée, dans l’appartement de celui qu’il commence à apprécier un peu trop. L’attitude d’Okada n’est pas sans déstabiliser Sakaki : tour à tour gentil et méprisant envers l’homosexualité, il ne se doute pas que l’homme qu’il a hébergé a des vues sur lui, d’où un enchainement mémorable de maladresses. Le vent de l’amour souffle de plus en plus dans l’esprit de Sakaki, qui tente de se faire une raison malgré le comportement suggestif d’Okada.

Les personnages du manga sont plus matures que la moyenne : ancrés dans la vie active, c’est dans leur vie quotidienne mais surtout professionnelle qu’on apprend à les connaître. Leur complicité mitigée, tour à tour bien marquée ou alors totalement absente, laisse un goût d’inachevé et au final le lecteur ne prend pas véritablement part à leur relation. Il reste là, en tant que spectateur et ne fait que suivre une histoire qui ne le concerne pas, qui ne cherche pas à le happer par des discours grandiloquents ou des situations improbables. Le ton de la narration est ainsi détaché, très réaliste mais peut être un peu froid envers le public … Cependant, on ne se lasse pas de suivre l’évolution du caractère de Sakaki, bien qu’Okada soit un peu négligé durant toute la première partie du manga. Son attitude envers son entourage, ses valeurs et ses pensées sont plutôt convaincantes, tout comme l’est sa réaction face au rejet d’Okada. La trame narrative est ainsi très classique : un hétérosexuel, un « gay », un rejet violent puis une phase d’approche et de conciliation pour enfin déboucher sur la déclaration enflammée du premier qui assure éprouver les mêmes sentiments que son partenaire. Si tout cela est cousu de fil blanc, la réalisation est très agréable : pas de lourdeurs, pas de longs discours à outrance ni de larmoiements, bref un ensemble assez authentique et mature. Une narration que l’on n’est pas prêt d’oublier tant elle diffère de nos habitudes de lecteurs : rien de bien original, mais une façon très habile de maîtriser l’histoire.

On appréciera également la présence de femmes en rôles presque principaux dans ce one shot : un détail qui prend toute son importance dans une histoire autour de l’homosexualité. Car la concurrence passe aussi par la gente féminine, qu’il ne faut pas négliger lorsque l’on traite des mœurs amoureuses. Après tout, la planète entière n’est pas sous influence homosexuelle, alors pourquoi l’oublier dans un manga ? Les dessins de l’auteur, eux, sont assez inégaux : Hidaka sait montrer qu’elle est capable d’allier subtilement les personnages et les arrières plans, pourtant la plupart des planches sont désespérément vides. Dans le registre des reproches, il faut souligner le cadrage un peu monotone de la mangaka : les plans sur les yeux des amoureux sont utilisés à tire larigot, sans se soucier d’un quelconque effet de répétition. Cependant, il faut reconnaître que le design des protagonistes est globalement satisfaisant : ceux-ci diffèrent bien les uns des autres, leurs styles sont facilement identifiables et leur physique n’est pas trop dénaturé. Les lunettes de Sakaki représentent le genre de détails qui rendent ce manga intéressant, tout comme les regards et expressions caractérielles des personnages. L’édition est fidèle à elle-même en ce qui concerne la qualité globale du titre : prix élevé, papier désagréable, ombres parfois trop pixellisées … Ceci dit, la couverture est attrayante et la traduction assez fluide. En résumé, Après l’orage se présente comme une bonne petite lecture, mettant en scène des sentiments et des réactions réalistes, sans exagérations superflues, mais à la base plus que classique. Un manga qui vaut le coup d’œil si l’on aime le genre.


NiDNiM


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
NiDNiM
15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs