Alice in Mechaland - Actualité manga

Alice in Mechaland

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 11 May 2016

Alice, l'héroïne du roman Alice au Pays des Merveilles, a bien grandi. Depuis quelques années qu'elle a pu quitter le monde complètement fou dans lequel elle était tombée, elle a pu retrouver une vie normale tout en se forgeant un certain caractère. Mais alors qu'elle est peu à peu parvenue à oublier les étrangetés qui lui sont arrivées, le Lapin Blanc (appelez-le Avril) réapparaît devant elle pour réclamer l'aide celle qui, dans le Pays des merveilles, a laissé le souvenir d'une géante quasiment indestructible et effrayante. En effet, le Royaume de la Reine de Coeur a soudainement été attaqué par d'étranges robots pilotés par des humains. Un peu contre son gré, Alice se retrouve à nouveau plongée au Pays des Merveilles pour y mener une bataille qui ne la concerne pas vraiment... du moins le pense-t-elle, car rien ne dit qu'une fois le Pays des merveilles sous leur contrôle, les envahisseurs ne s'attaqueront pas au monde de la jeune fille !

Né en 1980, Hambuck est un jeune auteur taïwanais qui, après avoir travaillé un peu dans le design industriel, a changé de voie pour se diriger vers la bande dessinée, à même de lui apporter une plus grande liberté créatrice. Sa première oeuvre paraissant en France compte donc également parmi ses premiers manhuas sortis à Taïwan. Et dans un format entièrement inspiré du manga (lecture de gauche à droite, dessins en noir et blanc...), Hambuck nous propose ici une sorte de suite d'Alice au Pays des Merveilles, où l'univers créé par Lewis Carroll croiserait celui d'un autre grand classique de la littérature jeunesse anglophone : Le magicien d'Oz.

L'une des premières choses qui frappent à la lecture, c'est aussi l'une des plus grandes forces de l'album : le caractère d'Alice. Celle qui était autrefois une fillette plutôt pleurnicharde est devenue une jeune fille plutôt affirmée, et qui, d'un air un peu blasé assez délicieux, n'a certainement pas peur d'aller maraver du robot dans le Pays des Merveilles, même si ça ne l'enchante pas forcément, et que cela soit en faisant joujou avec une tronçonneuse ou en faisant parler ses poings une fois redevenue géante grâce au fameux champignon du roman original.
D'ailleurs, la miss a laissé un sacré souvenir de son passage dans le Pays des Merveilles, où elle est presque devenue une légende urbaine, un mythe inquiétant. Au sein du peuple des lapins, on la qualifie de monstre légendaire, gigantesque, capable de saccager des habitations et de manger nombre de choses (ce qui colle au roman d'origine)... Et on dit même que sa morve est corrosive (aaah, quand les légendes s'emballent !). De ce côté-là, Hambuck se montre plutôt imaginatif pour une "oeuvre de jeunesse", et on sent qu'il se fait plaisir.

C'est donc en ayant ce caractère et cette réputation que la jeune fille refait son apparition dans un Pays des Merveilles avec lequel l'auteur s'amuse beaucoup. En effet, Hambuck n'hésite pas à se réapproprier certaines figures à sa sauce pour porter un humour qui se veut très fun, et dans ce cas précis on pense surtout à Alice qui est devenue plutôt badass, mais aussi aux lapins qui s'avèrent assez géniaux. Dans leur mélange de crédulité/naïveté, de bouilles effrayées impayables et de moments de fausse bravoure laissant très vite place à une couardise/peur totale dès que l'ennemi attaque, ces derniers rappellent un peu une figure comme Tony Tony Chopper de One Piece. D'autres personnages d'Alice au Pays des Merveilles et du Magicien d'Oz viennent vite enrichir un peu tout ça, Hambuck allant des soldats cartes de la Reine de Coeur à  Dorothy, la Magicienne d'Oz, en passant par le Chapelier fou ou le Lièvre de Mars. Malheureusement, ces autres figures n'ont pas vraiment le temps d'être pleinement exploitées, et si le Chapelier s'en sort assez bien en offrant quelques rebondissements fun et en étant l'un des éléments centraux d'une chute étonnante, ce n'est pas le cas des autres caractères cités, finalement très peu mis en avant. C'est d'autant plus frustrant concernant la principale figure ennemie, Dorothy, qui apparaît tardivement dans le one-shot et n'a pas le temps d'être développée, ce qui donne l'impression que les inspirations du Magicien d'Oz sont largement moins marquantes que celles d'Alice au Pays des Merveilles.

Ce sentiment est sans doute une conséquence du principal problème de ce manhua : son arrêt qui semble un peu prématuré. En effet, ne comptez pas avoir une réelle conclusion de cette guerre, car la fin d'Alice in Mechaland reste très ouverte là-dessus. Dans l'interview que nous avons eue avec lui lors de sa venue à Angoulême en janvier dernier, Hambuck expliquait avoir dû limiter Alice in Mechaland à un seul tome, car son éditeur n'aimait pas trop l'oeuvre, et cela se ressent forcément dans l'aboutissement général et dans l'exploitation de la plupart des personnages. Néanmoins, certaines thématiques trouvent un achèvement, et on peut même dire que le final intrigue au plus haut point concernant une idée qui remet en cause de façon intéressante ce qu'Alice a vécu ces dernières années. Une idée qui pourrait apporte beaucoup à l'oeuvre, si Hambuck a un jour l'occasion de lui offrir une suite...

Pour le reste, l'auteur offre un rendu visuel qui privilégie surtout le dynamisme et le fun, et de ce côté-là ça s'avère tout à fait correct avec des planches vives et expressives. Le design des personnages s'avère plutôt efficace, que ce soit côté humains, animaux humanisés, robots ou autres. Dans sa perspective de privilégier le dynamisme, l'artiste offre des décors qui restent très basiques, voire sont souvent absents pour laisser place à du blanc ou à des lignes de vitesse. On note malgré tout une narration qui passe parfois du coq à l'âne. En somme, on sent qu'il s'agit d'une oeuvre de début de carrière, perfectible, mais ne manquant pas de charme.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

12 20
Note de la rédaction






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