8 Man Infinity Vol.1 - Actualité manga

8 Man Infinity Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 15 January 2020

Le nom de 8 Man (ou Eight Man) vous dit peut-être quelque chose: publiée entre 1963 et 1966, cette série du prolifique (mais inédit en France) Jirô Kuwata au scénario et de Kazumasa Hirai (à l'origine de Wolf Guy, dont un médiocre reboot était sortie chez Tonkam il y a quelques années) au dessin a connu, à son époque, son heure de gloire: parmi les premiers succès du Shônen Magazine de Kôdansha, adapté en série animée dans les années 60 puis en OAV en 1996, ayant connu de nombreuses rééditions dans son pays... En France, pourtant, hormis les OAV sorties chez AK Vidéo en DVD en 2001, cette oeuvre restait totalement inédite. Les éditions Black Box ont pris le pari de rectifier un peu cela, en publiant non pas la série d'origine, mais une suite en 6 volumes.

Cette suite, 8 Man Infinity, a été publiée au Japon de 2005 à 2007 dans le Magazine Z de Kôdansha, aux côtés de titres comme Strange Days - The Apocalypse of Devilman, Jabberwocky ou encore Le Chevalier d'Eon. Mais plus qu'une suite, il s'agit d'une oeuvre à part entière, née d'un désir de réinterpréter l'oeuvre en remplaçant le contexte de guerre froide des années 60 par quelques choses de plus dans l'ère du temps. Ce désir, on le doit à un scénariste déjà bien connu chez nous et qui n'a plus vraiment à faire ses preuves: Kyôichi Nanatsuki, à qui l'ont doit les histoires des séries Arms, The Arms Peddler ou encore Area D. Pour cette oeuvre, Nanatsuki s'est associé au dessinateur Takayuki Takashi, dessinateur à la carrière très discrète même s'il officie depuis le début des années 1990, et dont Black Box a l'intention de nous faire découvrir prochainement une autre oeuvre, Gründen.

Ici, on fait vite la connaissance de Kôichi Higashi, un simple coursier à vélo qui, depuis la mort de ses parents et en particulier de son père qui travaillait dans la police, a été élevé par son collègue et ami l'inspecteur Sekiguchi et sa fille Yuki. Le jeune homme, ayant une vie banale, a toutefois pour lui un certain sens de l'héroïsme (quitte à parfois faire peur à ses proches en risquant sa vie), n'hésitant pas, par exemple, à aller secourir un petit garçon en haut d'une tour, ou à sauver une fillette tombée sur une voie ferrée. C'est précisément dans ce dernier cas qu'il finit par perdre la vie: tombé dans le coma après avoir été touché par le train, il succombe à ses blessures peu de temps après à l'hôpital... avant de revenir mystérieusement à la vie ?! En effet, Anna Vallery, la fillette qu'il a sauvée, n'étais pas une enfant ordinaire: traquée par de puissants ennemis voulant récupérer sa marchandise, elle a avec elle ce qu'il reste de Hachiro Azuma, celui qui fut le légendaire "8 Man" dans les années 60. Après une vie faite d'actes héroïques mais aussi de souffrances (puisque, en étant devenu une machine, il n'a pas pu rendre heureux ses proches en tant qu'humain), l'heure est venue pour lui de dénicher son successeur, et Higashi semble avoir tous les critères. Ressuscité en tant que machine, en tant que "8 Man Neo", le jeune homme, épaulé par la petite Anna qui est elle aussi une machine, va devoir s'habituer à sa nouvelle condition, tout en devant faire déjà face aux sbires robotiques d'une mystérieuse organisation...

On peut dire que Nanatsuki est malin dans la mise en place de son intrigue, grâce à la manière dont Hazuma, le 8 Man initial, passe le flambeau à Higashi. Ainsi, tout en se raccrochant bien à l'oeuvre d'origine, 8 Man Infinity s'offre assez efficacement les quelques éléments à connaître de la première série, puis a bel et bien l'occasion de mettre en place par la suite sa propre histoire indépendante. Ainsi, il n'y a pas besoin d'avoir lu 8 Man pour profiter de 8 Man Infinity !

Pour le reste, donc, ce premier tome nous livre avant tout une mise en place, avec un contexte un peu plus moderne, qui semble ancré dans notre époque, à ceci près qu'on y trouve cyborgs et machines. L'auteur fait d'ailleurs bien la distinction entre ces deux terme,s puisqu'il y a bien une différence fondamentales entre les ennemis cyborgs et notre héros appelé machine, dans la mesure où on lui affirme qu'il n'a plus rien d'humain: désormais, son corps et robotique, les émotions qu'il ressent lui seraient dictées par un ordinateur quantique...

L'un des enjeux de l'oeuvre, on le devine bien, devrait alors être de voir comment Higashi apprendra à accepter sa nouvelle condition. Peut-il encore se considérer comme un humain ? Pourra-t-il faire le bonheur des proches auxquels il tient et qui tiennent à lui, comme Yuki ? Certains détails laissent présager des réponses difficiles, ne serait-ce que quand on entrevoit le drame de la condition de son prédécesseur Azuma, ou quand ce dernier affirme ceci: "Il maudira son destin, tout comme moi avant lui". On est donc facilement curieux de voir comment évoluera Higashi sur la longueur, et en attendant Nanatsuki installe également ici une trame pour l'instant très classique, à base d'organisation internationale ennemie en ayant après 8 Man et Anna pour d'obscures raisons, ce qui donne déjà lieu à quelques moments d'action basiques dans leur déroulement, mais intéressants pour les confrontations de notre héros et d'Anna contre des ennemis qui ne sont eux-mêmes plus vraiment humains.

Côté visuels, Takayuki Takashi offre de bonnes choses dans les designs, clairs et assez réussis, ainsi que dans la gestion du rythme (clairement, on n'a pas le temps de s'ennuyer. En revanche, il lui faudra hausser un petit peu le niveau côté décors et côté fluidité de l'action, afin de proposer des moments d'action plus intenses par la suite. Car même si le tout se suite très bien, le rendu global reste parfois un peu aseptisé et lisse.

En somme, 8 Man Infinity s'offre ici une bonne entrée en matière, qui, malgré quelques petites lacunes (surtout visuelles), installe peu à peu des choses intéressantes, surtout autour de la nouvelle condition de son personnage principal. Reste à voir comment tout ceci va se développer, mais pour le moment c'est emballant.

L'édition française est dans les standards de Black Box: grand format sans jaquette mais avec des rabats, couvertures inédites plutôt soignées et bien dans le ton de l'oeuvre, petite frise se dessinant sur le dos des tomes une fois ceux-ci rangés côte-à-côte. A l'intérieur, le papier est bien blanc, souple, et assez épais malgré une très légère transparence par moments. La traduction d'Aline Kukor est très fluide, de même que le travail d'adaptation/correction d'Alice Touch.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.75 20
Note de la rédaction






MN Actus
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