5 Seconds Before a Witch Falls in Love - Actualité manga

5 Seconds Before a Witch Falls in Love

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 03 December 2021

Jusqu'à aujourd'hui, Zeniko Sumiya était une autrice inconnue dans nos contrées. Sa présentation aux lecteurs francophones s'est faite en cette fin d'année 2021, grâce à l'éditeur Meian qui semble vouloir se créer une vraie petite collection de romances entre femmes, une initiative amorcée avec le très joli Nos Différences Enlacées de Mikanuji.

Zeniko Sumiya entame sa carrière dans la deuxième partie des années 2010, avec Otogi no Mago. En parallèle, en 2018, l'artiste dessina l'histoire de deux femmes, une sorcière et sa chasseuse, dans un récit court, romantique et humoristique auquel elle donna une suite l'année suivante. Une autre histoire courte vint s'ajouter à l'équation en 2018, Demons Harem, une intrigue garnie de la même tonalité, avec une touche d'excentricité en plus, dans laquelle une demoiselle est la cible des intérêts amoureux d'une ange et d'une démone, toutes deux antagonistes. Ces trois intrigues furent prépubliées dans le magazine Comic Yuri Hime des éditions Ichijisha, donnant lieu à un recueil en un seul tome qui parut au Japon le 29 septembre 2020.

Si l'ouvrage semble, à première vue, proposer une seule et même histoire, il est en réalité un recueil de trois one-shot dont deux forment une suite. « 5 Seconds Before the Witch Falls in Love » et « 5 Seconds Before Falling in Love Witch a Witch » sont deux histoires complémentaires et constituent le cœur du volume, au point de lui donner son titre, là où « Demons Harem » est à part, car centré sur d'autres personnages. L'unique connexion vient alors des tonalités de ces récits, légers, drôles et naïvement romantiques, en plus de leurs dimensions fantastiques.

Les deux épisodes de l'histoire principale nous invitent à suivre Meg et Lilith. La première est une sorcière jeune en apparence mais en réalité âgée de centaines d'années, et la seconde sa chasseuse. Mais Lilith a bien du mal à mettre la main sur Meg, et cette dernière prend un malin plaisir à être sa proie de tous les jours. Ce jeu de chat et de la souris a pris des proportions si dérisoires que leur relation est devenue source d'amusement pour beaucoup, au moins que certains villageois soupçonnent une relation sentimentale entre elles. Evidemment, Meg réfute ces accusations, mais les événements à venir sembleront prouver le contraire.

La principale histoire de l'ouvrage, en deux temps, est aussi savoureuse que son concept est étonnamment simple. Jouant sur l'idée de chasse à la sorcière, la mangaka dépeint l'idée de la chasseresse et de sa proie tout simplement éprises l'une de l'autre, entretenant une relation conflictuelle candide jusqu'à se rendre compte, progressivement et mutuellement, de leurs sentiments. Le tout à travers quelques péripéties surnaturelles mais sont les enjeux sont toujours sans gravité, tout n'étant qu'un prétexte pour entretenir cette liaison particulière avec un peu de féérie. Le concept est sobre et dépossédé de toutes fioritures, et c'est justement dans cette simplicité que la recette fonctionne. L'histoire de Meg et Lilith est aussi drôle que touchante, pure et naïve, ce qui se traduit aussi par le dessin de Zeniko Sumiya très expressif et narré avec un certain dynamisme.
Finalement, notre principal regret réside dans le format même de l'intrigue : Les histoires courtes. La relation entre ces deux héroïnes aurait mérité une série, même courte, puisqu'il y avait matière à développer davantage leur union, et à croquer leur univers et leurs péripéties. Les deux chapitres qui leur sont consacrés sont une très jolie lecture, mais aussi frustrante tant on aurait aimé découvrir les deux attachantes femmes dans d'autres mésaventures.

Entre les deux chapitres dédiés à la sorcière à la chasseuse, l'histoire « Demons Harem » vient quelque peu casser le rythme en proposant un récit totalement détaché. Le choix n'est pas hasardeux, puisque l'ouvrage propose simplement les histoires dans leur ordre chronologique de parution.
Kanna Kamiari est une adolescente dont la pureté n'a d'égal le geste qu'elle fit pour deux créatures surnaturelles. Elle sauva la vie à l'ange Samaël et à la démone Belphégor, toutes deux en conflit perpétuel, mais qui se trouvèrent un point commun en tombant sous le charme de celle qui vint à leur rescousse. Toujours en train de se crêper le chignon, les deux entités apprécient néanmoins leur quotidien aux côté de Kanna. Mais l'arrivée d'une nouvelle élève toute aussi attachée à la jeune fille viendra causer quelques désagréments...

Avec « Demons Harem », rebelotte pour Zeniko Sumiya qui montre une fois encore son attachement aux bestiaires fantastiques et mythologiques, les détournant de tout caractère solennel pour créer une comédie teintée de romance. Mais cette fois, pas question de créer des sentiments réciproques, mais de narrer le quotidien de la jeune Kanna, condamnée par être aimée par deux créatures surnaturelles quand un élément perturbateur vient s'ajouter à l'équation avec cette nouvelle élève. Une nouvelle fois, la recette se veut simple, permettant une intrigue qui va à l'essentiel en jouant à la fois sur l'humour, l'amour et le suspense. Pour soulever ces petites ambitions supplémentaires, la narration se veut un peu différente, peut-être même confuse par moment, ce qui n'empêche jamais vraiment la compréhension du récit. Sans trop en dire, l'autrice réussit son coup en jouant justement sur deux tableaux, la comédie d'une part et le récit à suspense de l'autre, désamorçant l'un au moment propice pour montrer sa capacité à créer des récits légers et tout à fait grisant. Un coup réussi donc, même si l'histoire aurait mérité, elle aussi, un développement un peu plus ample, au moins dans un tome dédié.

Simples et enivrants, les histoires qui constituent l'ouvrage n'ont pas d'autre volonté que porter le lecteur dans ces petits univers romantiques et fantastiques. Et en dehors de la frustration quant au format, chacun des trois chapitres remplie son office et permet de découvrir l'aisance narrative de Zeniko Sumiya, douée pour planter des atmosphère. Autant dire qu'on aimerait retrouver la mangaka dans des mangas plus longs.

Côté édition, 5 Seconds Before the Witch Falls in Love profite du grand format déjà vu sur la réédition de Shigurui ainsi que sur Nos Différences Enlacées (pour ne citer qu'eux). Des dimensions idéales pour profiter de la patte de la mangaka, d'autant plus que le papier épais propre à Meian est de la partie. L'ouvrage est traduit par Diane Dézulier qui livre une jolie copie, notamment dans la retranscription de belles atmosphères des œuvres.
Une édition de très bonne facture donc, pour un prix toujours aussi alléchant de 6,95€ pour un format de ce type, ce qui est aujourd'hui très rare dans le manga.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Note de la rédaction






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